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Venez, on annule le prochain Ballon d'or

Par Mamadou Junior Diop
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Venez, on annule le prochain Ballon d'or

La Coupe du monde devait nous aider à faire émerger un favori et transformer, comme elle en a souvent l’habitude, la course au Ballon d’or en formalité. À la place, elle a surtout réussi à rendre le débat encore plus compliqué. Aucun joueur ne semble vraiment se détacher pour soulever la récompense individuelle suprême. Alors, au lieu de la donner à quelqu’un par défaut, pourquoi ne pas simplement l’annuler ?

Le 26 octobre prochain à Londres, peu importe le vainqueur du Ballon d’or, il restera cette impression d’un choix effectué sans que le champion primé ait coché toutes les cases. Pas parce que les candidats sont mauvais, au contraire, mais parce qu’aucun ne réunit à la fois les performances individuelles, les résultats collectifs, la régularité sur l’ensemble de la saison et l’impact dans les plus grands rendez-vous. Et c’est encore plus gênant lors d’une année de Coupe du monde, cette compétition qui s’est souvent chargée de désigner elle-même le futur lauréat.

Plusieurs candidats, aucun patron

Commençons par Rodri. Oui, l’histoire est belle. Il revient d’une rupture des ligaments croisés, retrouve son meilleur niveau au meilleur moment, remporte la Coupe du monde et termine meilleur joueur de la compétition. Au mois de juillet, rien à dire : Rodri a probablement été le meilleur joueur du monde. Le problème, c’est qu’une saison ne dure pas un mois. Or, le Ballon d’or est censé récompenser le meilleur joueur de l’exercice 2025-2026, pas seulement celui de la Coupe du monde. Il existe déjà un trophée pour cela, et Rodri l’a justement remporté. On peut toujours ressortir le classique : « Non, mais regarde Paolo Rossi en 1982 », « Non, mais regarde Ronaldo en 2002. » C’est vrai, dans les deux cas, leur Coupe du monde avait largement suffi à faire oublier une saison en club presque inexistante. Mais l’existence de ces précédents ne fait pas disparaître le débat : Rodri a été le meilleur joueur de la Coupe du monde, pas forcément celui de toute une saison.

Si on ne regarde que l’individuel, donnons-le à Kylian Mbappé. Meilleur buteur de Liga, meilleur buteur de Ligue des champions et meilleur buteur de la Coupe du monde. Mais à la fin de chaque compétition, les autres sont repartis avec le trophée. Le Real Madrid a terminé la saison sans titre majeur et la France n’a même pas atteint la finale du Mondial. Le Ballon d’or est une récompense individuelle, bien sûr, mais les résultats collectifs comptent aussi. Harry Kane possède alors peut-être le dossier le plus complet. Des buts à ne plus savoir quoi en faire, des trophées avec le Bayern et une bonne Coupe du monde. Sauf qu’au moment où son immense saison devait devenir une évidence, il n’a pas été le personnage principal du parcours anglais. Ce rôle a davantage appartenu à Jude Bellingham, plus présent dans les grands moments et devenu le visage de l’Angleterre lorsque le tournoi s’est élevé. Sa saison est celle d’un prétendant au Ballon d’or, mais sans produire le moment de Ballon d’or.

Et pourquoi pas Ousmane Dembélé ou Michael Olise ? Dembélé a encore réalisé une grande saison avec le PSG, un back to back en Ligue des champions, et son Mondial est statistiquement réussi. Mais à part sur quelques séquences, à quel moment a-t-il vraiment donné l’impression de prendre le tournoi en main ? Ce ne sont ni un triplé face à une Norvège remaniéeni un but contre l’Irak qui vont soudainement transformer sa compétition. Chez les Bleus, le patron est resté Mbappé. Et au PSG, Kvaratskhelia a terminé meilleur joueur de la Ligue des champions. Olise, lui, a terminé meilleur passeur de la Coupe du monde avec sept offrandes, après une saison immense au Bayern et un titre de meilleur joueur de Bundesliga. Son problème n’est donc pas le niveau. Son problème, c’est qu’il n’a pas toujours réussi à transformer son influence en gestes décisifs dans les plus grands matchs dans cette Coupe du monde.

Et si un outsider le prenait ?

Normalement, le champion du monde doit fournir la solution. Sauf que l’Espagne a en partie gagné parce qu’elle n’avait pas besoin de dépendre d’un seul homme. Rodri a été élu meilleur joueur du tournoi. Fabián Ruiz, lui, a gagné la Ligue des champions et la Coupe du monde, en plus des autres trophées parisiens. Du point de vue collectif, personne ne fait mieux. Mais quand Fabián Ruiz devient le candidat le plus logique au Ballon d’or, c’est peut-être que le système a un problème. L’Espagnol a manqué une bonne partie de la saison avec le PSG. Et surtout, il a remporté les deux plus grandes compétitions de l’année sans être considéré comme leur meilleur joueur : Kvaratskhelia a pris cette distinction en Ligue des champions, Rodri au Mondial.

Puis il y a Lamine Yamal. Une Liga, une Coupe du monde et un talent que personne ne discute. Son influence ne se mesure évidemment pas seulement avec les statistiques. Mais il termine quand même le Mondial avec un seul but et sans décrocher la moindre récompense individuelle. Yamal est peut-être le joueur le plus talentueux de cette liste. Mais le Ballon d’or n’est pas censé récompenser le joueur le plus talentueux. Il est censé récompenser celui qui a réalisé la meilleure saison. Et dans ce cas, pourquoi ne pas citer Lionel Messi, qui reste en embuscade ? À 39 ans, il a encore réalisé un grand Mondial, en portant presque à lui seul l’Argentine vers une nouvelle finale de Coupe du monde. Huit buts en marchant, dans un tournoi où il aurait même pu être élu meilleur joueur. Problème : au-delà de ne pas finir champion et de ne pas avoir pesé dans la finale, il joue en MLS. On ne peut pas passer onze mois dans un championnat de seconde zone et venir soulever le Ballon d’or simplement parce qu’on s’appelle Lionel Messi. Et puis, huit Ballons d’or, c’est déjà bien. Il faut savoir en laisser un peu aux autres.

Kvaratskhelia, par exemple ? Puisque personne n’a profité de la Coupe du monde pour se détacher, l’absence de favori pourrait finalement profiter à celui qui n’y était pas. Le Géorgien reste le meilleur joueur de la dernière Ligue des champions, avec dix buts, six passes décisives et plusieurs performances qui ont directement permis au PSG d’aller au bout. Mais il n’a pas disputé le Mondial et sa saison en championnat n’a jamais atteint le même niveau que ses soirées européennes. Cette année, le trophée n’ira donc pas à celui qui a rendu tout autre choix impossible, mais au candidat dont les électeurs auront décidé d’oublier le principal défaut… Alors autant l’annuler. France Football a bien montré en 2020 que c’était possible, au moment précis où Robert Lewandowski devait probablement le gagner.

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Par Mamadou Junior Diop

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