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Rodri, le joueur d’or

Si les Espagnols n’ont fait qu’une bouchée des Bleus ce mardi à Dallas (0-2), ils le doivent notamment au meilleur joueur de l’année 2024, qui a su rappeler qu’il était parfois bon d’entretenir sa mémoire. Eh oui, on parle bien de Rodri !
Que faisiez-vous le lundi 28 octobre 2024 ? Qu’a-t-il bien pu se passer ce jour-là pour ce que cette question saugrenue surgisse sur votre écran ? Allez, un petit coup de main. Alors que la planète foot se retrouve divisée en deux pour le lauréat du Ballon d’or, Rodri chipe le précieux au nez et à la barbe de Vinícius Júnior. Dès lors, deux écoles semblent s’opposer : celle du vainqueur « collectif », et celle qui tend plutôt à souligner les prouesses individuelles. Depuis, on a eu le loisir de se réjouir du sacre d’Ousmane Dembélé face à Lamine Yamal en octobre dernier, blâmant presque le type de ne pas la jouer assez perso. Souvent dépeint comme l’un des lauréats les moins mémorables, le milieu de Manchester City s’est pourtant réveillé cet été, au meilleur moment d’une carrière, pour piquer la planète foot d’une vérité : certains joueurs sont faits d’un autre bois et le resteront.
L’ordre du phénix
Alors que les caméras de cette Coupe du monde sont braquées sur l’intrépide Lamine Yamal, Rodrigo Hernández Cascante s’était préparé à réaliser un retour des plus inattendus. Le brassard bien en place autour du bras, le trentenaire savait que ses nombreux pépins physiques (notamment sa rupture des ligaments croisés en septembre 2024) l’avaient réduit à une figure de second plan sur la scène internationale malgré son statut de capitaine de la Roja. Rien à fiche : le natif de Madrid renaît de ses cendres pour déplumer ses adversaires. Au fil des matchs, la sentinelle d’1,90 mètre a repris les rênes de l’entrejeu ibérique, allant même jusqu’à en devenir le métronome indispensable : il n’a manqué que trois petites minutes de compétition, c’était face au Cap-Vert (0-0). Après une performance décevante, son sélectionneur Luis de la Fuente était monté au créneau pour le défendre : « Rodri est le meilleur joueur du monde. Même à 50 % de ses capacités, il reste supérieur à la plupart des milieux de terrain. Il nous apporte clarté, vision et équilibre : c’est une source d’inspiration. »
Même à 50 % de ses capacités, Rodri reste supérieur à la plupart des milieux de terrain. Il nous apporte clarté, vision et équilibre : c’est une source d’inspiration.
Souvent à l’initiative du pressing appliqué des Espagnols, le Skyblue au sourire Colgate sait donner un nouveau souffle lorsque le jeu s’avère irrespirable, comme face à la Belgique en quarts de finale (2-1). Avec 98 passes réussies en 118 ballons touchés, Rodri a épaté son monde en exécutant ce qu’il sait faire de mieux : aérer le jeu. En déplaçant le bloc d’une aile à l’autre jusqu’à créer des espaces, le bonhomme crée le danger et confirme sa maîtrise du cuir ainsi que celle de ses copains (63,8% de possession en moyenne depuis le début de la compétition).
C’est notamment ce qui a posé problème aux Bleus (0-2) : grâce au vainqueur de la Ligue des champions 2023, les champions d’Europe en titre ont su imposer un faux rythme qui a particulièrement dérangé la bande de Kylian Mbappé. Les Tricolores se sont battus contre un moulin à passes que même Miguel de Cervantes n’aurait osé imaginer. Auteur de 58 passes réussies sur 67 tentées ce mardi, Rodri culmine désormais à 655 passes réussies dans cette édition, un total inédit depuis que ce type de données est recensé (1966), selon Opta.
Celui qui anesthésie les adversaires
Si cette Espagne fait toujours peur, c’est aussi parce que Rodri s’est réapproprié les principes tactiques de Pep Guardiola pour les adapter aux stratégies de Luis de la Fuente. Chez le désormais ex-coach de Manchester City, la possession n’est jamais une fin en soi : elle sert à contrôler les espaces, les distances entre les joueurs et les supériorités qui finissent par ouvrir des brèches. Le taulier de l’entrejeu espagnol s’en inspire et innove, ajoutant la corde de l’agressivité à cet arc déjà bien solide. Associé à Dani Olmo et à Fabián Ruiz, l’ancien de Villarreal a étouffé toutes les tentatives de l’équipe de France. Le trio porte l’Espagne, et incarne un renouveau qui ne repose plus uniquement sur la virtuosité technique, mais aussi sur une maturité et une précision que la Roja avait un peu perdues.
C’est peut-être là que réside la plus grande évolution de Rodri. Longtemps perçu comme le meilleur lieutenant de Guardiola, l’ex-Colchonero est devenu le visage d’une Espagne qui cherche encore à confirmer son retour au premier plan après son sacre à l’Euro 2024. Il n’est plus seulement celui qui oriente le jeu : il rassure, absorbe la pression et impose son tempo dans les grands rendez-vous. Là où Lamine Yamal électrise les foules, le capitaine castillan anesthésie les adversaires. Finalement, le meilleur joueur de l’année 2024 n’avait peut-être plus rien à prouver individuellement : c’est son équipe qui avait besoin d’un Ballon d’or déjà convaincu de sa propre valeur. Et si l’Espagne va au bout, Rodri aura peut-être offert à son trophée le prolongement collectif que beaucoup lui refusaient.
La FIFA se la joue NBA pour les futurs champions du mondePar Suzanne Wanègue

















































