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Jour de défaite nationale

Par Théo Denmat, au AT&T Stadium de Dallas
5' 5 minutes
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Jour de défaite nationale

L’équipe de France est totalement passée à côté de sa demi-finale contre une Espagne supérieure dans tous les domaines, à Dallas (0-2). Les Bleus voient leur rêve de Coupe du monde s’envoler et joueront le match pour la troisième place, samedi.

France 0-2 Espagne

Buts : Oyarzabal (22e SP) et Porro (58e) pour la Roja

Préparez-vous : ça s’appelle tomber de haut et ça fait mal. On l’avait vu si belle, cette équipe de France, que personne n’avait mis les jambières en chaussant ses rollers, et le ramoneur avait décidé de redescendre du toit à même la façade. Tout s’était si bien passé jusque-là. Là : l’Espagne en demi-finales de Coupe du monde. Que les Bleus n’auront pas jouées. Au bout de 90 minutes de désordre – en témoigne le match d’Olise – en étant dominée de la première à la dernière minute, l’équipe de France s’incline 2-0 et offre la terrible impression de sortir d’un Mondial sans jamais avoir été dans le match, alors que la peur de ses hommes se disputa à leurs imprécisions techniques et aux espaces laissés au cœur du jeu. Elle et ses promesses, elle et sa bonne ambiance, son histoire avec son sélectionneur, ses adjoints dévoués, son Ballon d’or, son quatuor offensif : cette équipe de France là va jouer un dernier match en Amérique, oui, mais celui dont personne n’a envie, à Miami, pour la troisième place. Ensuite, elle rentrera chez elle avec des regrets dans la gorge, parce qu’elle en sera remplie, et quelques hommes pleureront dans leur chambre ou les bras de leurs parents. Zidane prendra les choses en main, et la vie continuera. On déteste y penser, mais y avait-il la place pour autre chose ce soir ?

Sous Tramadol

Évidemment, c’était une rencontre pour les grands, une demi-finale de Coupe du monde, bordel, « le plus grand match de ma carrière », annonçait hier Lamine Yamal en conférence de presse, celui d’autres aussi, s’ils avaient pu le dire. L’attaquant du Barça avait décidé d’exciter les nerfs de tout le monde en avant-match – ce qu’il avait déjà fait avant de rencontrer le PSG cette saison, faisait probablement en U12 et fera aussi dans 50 ans, en maison de retraite – et fit fleurir deux heures avant le coup d’envoi une story pour le moins « provocatrice » sur son Instagram, à mi-chemin entre le petit con et le grand champion, une capture d’écran de son but contre les Bleus en demi-finales de l’Euro 2024. Un monde parallèle, voulait-on dire à ce moment-là, peut-être pas tant que ça, malheureusement : Digne voulut dégager un ballon chaud et lui frappa dans la cuisse, penalty transformé par Oyarzabal (0-1, 20e).

La pause fraîcheur qui suivit servit à foutre le début de match à l’eau : Olise, dont la tension avait déjà été pointée par Deschamps après le match contre le Sénégal, avait à peu près tout raté sauf la cheville de Rodri, ce qui aurait pu lui valoir un rouge (15e), et le faux rythme que l’on voyait sur la pelouse bénéficiait au contrôle du milieu par le trio Olmo, Ruiz, Rodri, des lances à incendie. C’est comme si le quatuor offensif français était revenu en maternelle et que Dembélé cherchait à mettre des ronds dans des triangles et dessiner sans dépasser les bords. Il y avait autant de bons choix devant que de Y dans Hawaï, et l’on parut bien cons, depuis tout là-haut, à avoir présenté cette équipe-là comme un cador européen, au regard du vide absolu sur la pelouse à la fin de la première période. Ça n’était même pas une grande Espagne, mais c’était une minuscule France, 0,07 xG à la mi-temps et surtout 22 secondes en moyenne à la récupération de balle, assez de temps pour qu’un serveur de Dunkin vous serve quatorze cafés bien chauds. Quelques olés descendirent des tribunes par moments sur les possessions espagnoles, et des Napoléon et des Asterix en costume baissèrent la tête. Le dos de Saliba finit par lâcher, lui qui avait déjà tenu si longtemps, et il apparut rapidement qu’il était impossible de faire pire. En réalité, tout ça rappelait la finale de 2022 contre l’Argentine, souvenir dont tout le monde se serait passé. On ne savait pas qu’on était venus voir jouer Sochaux, et l’on manque ici un peu de respect à Sochaux.

L’Espagne en maîtrise

C’est dur de voir une équipe jouer avec la peur, parce qu’on ne peut rien faire d’autre que constater la catastrophe en direct, et que si les changements avaient insufflé une énergie nouvelle aux Bleus contre l’Albiceleste à l’époque, c’est surtout parce que Mbappé avait déchiré son costume de journaliste du Daily Planet que l’équipe de France était revenue dans le match. Le problème, c’est que le coup de Superman ne marche pas à chaque fois. L’entrée de Manu Koné à la place d’Adrien Rabiot, bon mais averti, devait donner plus de corps et d’allant au milieu français en seconde période, il donna encore plus de déséquilibre, pendant qu’Olmo s’amusait sur la balancelle. Il aurait fallu dix joueurs de plus pour déstabiliser Laporte et Cubarsí, quand l’Espagne alla à deux seulement marquer le but du break, Olmo et Pedro Porro (0-2, 58e).

À force de se faire balader – et puisqu’on avait du temps pour réfléchir –, ce fut presque de moins en moins douloureux : il n’y a jamais de hasard à passer 90 minutes à côté de son match. Deschamps fit rentrer l’intégralité du banc, aurait tenté Djorkaeff s’il avait pu, mais, de là où il était, il lui aurait fallu un bras immensément plus long pour relever toutes ces têtes basses. Mbappé plusieurs fois (64e, 66e, 90+7e) et Doué (81e) tentèrent leur chance sans succès, et la fin du match fila comme un film sans suspense, sans héros, sans structure. L’équipe de France est éliminée de la Coupe du monde après s’être fait rouler dessus par une Espagne qui affrontera l’Angleterre ou l’Argentine pour sa deuxième couronne mondiale, et on vous le répète: préparez-vous, ça s’appelle tomber de haut. Et ça fait mal.


France (4-2-3-1) : Maignan – Digne (T. Hernandez, 72e), Upamecano, Saliba (Lacroix, 30e), Koundé – Rabiot (Koné, 46e), Tchouaméni – Barcola (Doué, 57e), Olise (Cherki, 72e), Dembélé – Mbappé. Sélectionneur : Didier Deschamps

Espagne (4-2-3-1) : Simon – Cucurella, Laporte, Cubarsí, Porro – Rodri, Ruiz (Pedri, 78e) – Baena, Olmo (Merino, 78e), Yamal – Oyarzabal (F. Torres, 74e). Sélectionneur : Luis de la Fuente.

L’Espagne double la mise

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