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Lamine Yamal est tout sauf banal

Par Mamadou Junior Diop
4' 4 minutes
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Lamine Yamal est tout sauf banal

Un but, aucune passe décisive en six matchs. Non, Lamine Yamal ne réalise peut-être pas la Coupe du monde que l’on attendait de lui. Mais à 19 ans, il reste le joueur qui oblige toutes les défenses adverses à s’adapter. Son seul crime : avoir placé la barre si haut qu’un bon match ressemble désormais à une contre-performance.

Arlington, huitième de finale, Portugal-Espagne. Yamal ne marque pas et ne délivre pas de passe décisive. Pourtant, le Portugal fait de chacune de ses prises de balle un feu à éteindre. Nuno Mendes, l’un des rares latéraux capables de lui tenir tête, multiplie les courses et les efforts avant de sortir blessé à la 56e minute. L’Espagnol ne domine pas, mais il continue de peser : trois tirs, deux cadrés, des replis défensifs et cette impression que le match peut basculer dès que le ballon arrive sur son pied gauche. Le tout avec une préparation loin d’être idéale. Le 22 avril, une blessure aux ischio-jambiers lui fait manquer la fin de saison et entretient le doute sur son état de forme au début du Mondial. Pour son retour contre le Cap-Vert, il ne joue que 25 minutes et reconnaît ensuite ne pas être encore prêt à tenir un match entier. Yamal n’est pas devenu quelconque : il nous a simplement habitués depuis deux ans à voir un adolescent réaliser des choses que personne (ou presque) n’avait produites à son âge et semble aujourd’hui devoir le payer.

Mbappé n’est pas la norme

Des exploits dont les Français se souviennent encore. Son enroulé dans la lucarne de Mike Maignan en demi-finales de l’Euro restera dans les annales. Un an plus tard, rebelote, avec un doublé en demi-finales de Ligue des nations, encore face à la France. Sa précocité le condamne forcément à être comparé à Kylian Mbappé. Mais Yamal n’est pas Mbappé, et Mbappé ne représente pas la norme. En 2018, le Français avait marqué quatre fois, signé un doublé en huitièmes et trouvé le chemin des filets en finale à seulement 19 ans. Une anomalie, comme Pelé en 1958. Demander à Yamal de reproduire ce tournoi, c’est transformer une exception en minimum syndical.

Lamine doit calmer un peu cette anxiété qu’il a parfois de vouloir prouver. Mais il est très important pour nous, parce qu’il fait avec et sans ballon.

Rodri

Et puis il y a tout ce qu’on lui reproche autour : ses déclarations, son ego, son goût pour le défi. « Ils ne nous ont pas battus depuis l’Euro, ils ne peuvent pas être meilleurs que nous », a-t-il toisé avant le match puis de nuancer : « Ils ont un gros niveau, sont en pleine forme et ont de grands joueurs, mais je ne crois pas qu’on puisse dire qu’ils sont plus forts que tout le monde. Pour moi, personne n’est au-dessus de personne. » Oui, Yamal parle beaucoup. Mais dans un football de plus en plus aseptisé,  il apporte aussi de la rivalité, un personnage et un peu d’ego. Jusqu’ici, il a généralement répondu sur le terrain.

Même un mauvais Yamal reste un problème

Dans ce Mondial, sa finition n’est pas au rendez-vous, certes, mais son influence reste considérable. Yamal oblige presque constamment ses adversaires à défendre à deux, et cette attention ouvre des espaces ailleurs. Contrairement à l’Euro 2024, il ne bénéficie plus, sur l’autre aile, d’un Nico Williams installé et en pleine possession de ses moyens. Álex Baena dépanne sans offrir la même percussion. La capacité espagnole à créer un déséquilibre repose donc beaucoup plus sur le numéro 10 du Barça. Même contre le Portugal, dans l’un de ses matchs les moins brillants, son utilité ne faiblit pas. Il multiplie les replis pour aider son latéral, tout en continuant d’attirer la défense adverse. Rodri l’a bien résumé : « Lamine doit calmer un peu cette anxiété qu’il a parfois de vouloir prouver. Mais il est très important pour nous, parce qu’il fait avec et sans ballon. »

Face à la Belgique, il s’est rapproché du Yamal que l’on connaît : plus tranchant, plus libre dans ses prises de balle et de nouveau capable d’attirer plusieurs joueurs sur une seule accélération. Il ne marque toujours pas et ne délivre pas de passe décisive, mais repart avec le trophée d’homme du match. Même lorsque la ligne statistique finale reste vide, le danger, lui, est bien visible. Le verdict semble pourtant déjà rendu : son tournoi serait « raté ». Il serait peut-être temps d’arrêter de lui reprocher de ne pas être monstrueux tous les soirs, ou alors de lui demander de prolonger son « mauvais » Mondial un match encore.

Mais d’où viennent ces secondes de décalage avec la télé d’à côté ?

Par Mamadou Junior Diop

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