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Le foot sous canicule, un nouveau sport extrême

Alors que les températures ne cessent de monter au fil des étés et des saisons, la réalité du dérèglement climatique pourrait bientôt rattraper et chambouler le football. La tenue de la prochaine Coupe du monde, organisée à cheval entre l'Espagne, le Maroc, le Portugal, l'Argentine, l'Uruguay et le Paraguay en première ligne ?
13 juillet 2026, sur la plage de Sant’Ambrogio, au nord-ouest de la Corse, là où Italiens et Français du continent adorent passer leurs vacances d’été. Sur la plage, au sable fin et exposée au soleil qui trône dans un ciel intégralement bleu, un France-Italie s’organise. Deux équipes de 4, des tongs pour faire les cages et des bâtons pour délimiter un terrain sauvage. Mais très vite, les acteurs se retrouvent rattrapés par la réalité : impossible de jouer au foot sous 40 degrés et ce malgré l’air de la mer. Le sable brûle les doigts de pied et le soleil tape sur des organismes humains bien trop faibles pour supporter une telle chaleur.
On l’a compris, jouer au foot quand il fait trop chaud relève vite de l’inconscience et/ou de l’exploit, et pas seulement pour les amateurs. Tandis que le réchauffement climatique ne cesse de s’accentuer et de décimer un peu plus chaque été notre planète, c’est à se demander sérieusement si la Coupe du monde que nous venons de vivre ne fut pas l’une des dernières compétitions internationales de l’histoire du foot à pouvoir se dérouler entre juin et juillet.
Les joueurs en première ligne ?
Alors que le mercure a régulièrement frôlé les 40 degrés lors de cette Coupe du monde américaine, de réels risques existent pour la santé des footballeurs. explique les risques auxquels s’exposent les sportifs dans ces conditions. « Bien qu’il n’y ait pas de seuil universel, une température au-dessus de 30 degrés et un air très humide empêchent la sueur de s’évaporer, ce qui fait que le corps ne se refroidit plus, explique le docteur Anthony Calcar, médecin de l’équipe de France U15 et de la section féminine du FC Metz. Dès lors, une température corporelle très élevée, au-dessus de 39 degrés, peut très clairement mener à une urgence vitale. »
Les pauses fraîcheur duraient 3 minutes, et c’est beaucoup trop court. Il faudrait au moins le double de temps pour vraiment faire chuter la température corporelle.
Le médecin fustige également des mesures de précaution et des pauses fraîcheur qui n’ont pas été, selon lui, bien appliquées lors de cette Coupe du monde pour assurer la santé des joueurs. « Sur cette Coupe du monde, les pauses fraîcheur duraient 3 minutes, et c’est beaucoup trop court, explique-t-il loin des considérations des publicitaires. Il faudrait au moins le double de temps pour vraiment faire chuter la température corporelle et éviter tout risque de gros coup de chaleur. »

Charger le mule sous un tel cagnard peut avoir des effets dévastateurs sur le long terme. « Un cœur surmené, un sang épaissi par la déshydratation, des muscles qui peuvent se détruire et des reins abîmés. D’autant plus que ces signes arrivent tard et que les footballeurs ont tendance à forcer malgré les alertes. » Bref, la chaleur crée un beau bordel qui fait déjà débat dans d’autres sports. Récemment, Tadej Pogačar, glouton du cyclisme moderne, a appelé à modifier le calendrier pour que des tours qui se courent dans les régions chaudes et en plein été – comme l’est actuellement le Tour de France – alors que l’hexagone est régulièrement sujet à des températures terriblement élevées, puissent être plus supporters,
La Coupe du monde 2030 (et la suite) à l’épreuve du feu
Il faut également garder en tête que le climat ne peut, pour l’instant, que se dégrader. Températures extrêmes, tornades dévastatrices et épisodes orageux à répétition, voilà à quoi pourraient ressembler nos futurs étés. Richard Piccoli, expert en risques climatiques, est clair : « Les orages sont le marqueur de l’évolution des températures. Donc, des températures plus élevées ne peuvent qu’amener des orages plus violents, dangereux et récurrents ». De quoi déjà s’inquiéter pour la prochaine Coupe du monde, organisée en 2030 au Portugal, en Espagne et au Maroc (en plus de trois matchs en Argentine, Paraguay et Uruguay). « Les températures actuelles dépassent tous les modèles alarmistes qu’on avait pu prévoir il y a 30 ans, avertit Richard Piccoli. Pour la Coupe du monde 2030, les matchs, joués en Andalousie ou dans certaines régions du Maroc, pourraient prendre l’air de traversées du désert. À l’échelle de la vitesse du réchauffement climatique, on sera déjà dans un nouvel univers dans quatre ans. Atteindre des températures proches, voire au-dessus des 50 degrés dans des pays comme le Maroc, l’Espagne ou le Portugal d’ici quelques années, ça n’est même plus une hypothèse, mais bien ce que peuvent prédire certains modèles ».
Atteindre des températures proches, voire au-dessus des 50 degrés dans des pays comme le Maroc, l’Espagne ou le Portugal d’ici quelques années, ça n’est même plus une hypothèse, mais bien ce que peuvent prédire certains modèles.
Et si la solution de la clim‘ pourrait plaire à certains, nous sommes aussi en droit de ne pas vouloir normaliser un outil aux conséquences environnementales catastrophiques, d’autant plus dans un sport comme le football, où la dette climatique est déjà assez conséquente. De plus, l’expert rappelle très justement que : « La climatisation sert uniquement à reproduire un climat dans un espace clos. Autant dire qu’elle serait inefficace dans des stades ouverts et aux dimensions énormes ». Et ça tombe encore une fois assez mal pour la prochaine Coupe du monde. Bien que les principaux stades devraient être rénovés en vue de la compétition, certaines enceintes resteront sans toit. Autant dire que les matchs qui se joueront au stade olympique de Séville en plein cagnard, où 41 degrés sont annoncés ce mercredi, auront une atmosphère assez… spéciale.

La FIFA ne semble pas en avoir grand-chose à faire de tous ces enjeux climatiques qui, pourtant, sont voués à remettre en question tout le modèle sur lequel s’est fondé, au fil des années, le football moderne. Si Raymond Piccoli partage que l’une des seules solutions de long terme serait « d’organiser les compétitions internationales sur une fenêtre allant de novembre à avril », de nombreuses contraintes liées au calendrier des clubs viennent évidemment rendre peu imaginables ces changements dans un futur proche. La prochaine Coupe du monde 2030, elle, commencera le 8 Juin, entre Asuncion, Buenos Aires et Montevideo avant de rejoindre les régions méditerranéennes. Un nouveau scandale écologique qui ramènera des milliards à la FIFA mais qui renforcera l’idée que la dette que possède le football envers l’écologie est énorme. Et que celle-ci pourrait bientôt mettre fin au rythme effréné du football moderne.
Et King Kev s’en est alléPar Arsène Belgodère-Soria




















































