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Les pauses fraîcheur : comme une odeur de renfermé

Par Ulysse Llamas, chaud
4' 4 minutes
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Les pauses fraîcheur : comme une odeur de renfermé

En guise de répétition pour le Mondial américain, le Brésil-France de Boston a généralisé la présence des pauses fraîcheurs pendant chaque période. N’ayant pas pour seul but de réhydrater les acteurs du jeu, ces préalables à des coupures publicitaires modifient la manière d’appréhender un match de foot. Et malheureusement, c’est pour le pire.

Dans Astérix chez les Bretons, le village gaulois est sur le cul : les Bretons s’arrêtent à 17 heures. Qu’il pleuve, qu’il vente ou que tout le monde se foute sur la gueule, ils font une pause à 5 o’clock, pm. C’est l’heure du thé. C’est dans leurs mœurs. Personne ne les fera changer. Cette scène a peu ou prou existé lors de Brésil-France, répétition générale de la Coupe du monde américaine. Après 21 minutes de jeu et des poussières, Monsieur Guido Gonzales Jr. a sifflé le début de la pause après une légère faute de Malo Gusto. « C’est la pause fraîcheur ? Ah, mais il ne fait pas… » a interrogé Bixente Lizarazu sous les 18 degrés de Boston, avant de reprendre : « [Cet été], ça sera nécessaire. Là non. » Rebelote en seconde période, après une horrible passe de Theo Hernandez : « Ah c’est la pause. » Bixente Lizarazu a du mal. Il n’est pas le seul. Carlo Ancelotti peut lui effectuer trois changements d’un coup. Didier Deschamps choisi plutôt d’exprimer ses réserves sur cette évolution du jeu. « C’est bien pour vous, le diffuseur, d’avoir cette page de pub (TF1 a gardé l’antenne pendant cette pause, NDLR), mais ça change le football. D’avoir ces trois minutes, ça casse tout. »  Oui, tout.

Les trois unités

Tout le grand village du foot peut légitimement s’opposer à ce qui est en réalité une coupure publicitaire, puisqu’elle a été décidée indépendamment des conditions climatiques. Le foot s’apprête à tourner la page de ce qu’il est : un sport avec deux mi-temps, sans coupures. Un sport de mouvement et d’espace. Il possède ses unités d’action (un ballon, deux buts et deux équipes), de lieu (un stade) et de temps : 1h30, séparée en deux depuis l’intronisation de la loi 7 des lois du jeu : « Un match se compose de deux périodes de 45 minutes chacune. Il est possible de réduire cette durée en cas d’accord entre l’arbitre et les deux équipes participantes avant le coup d’envoi et conformément au règlement de la compétition. Les joueurs ont droit à une pause entre les deux périodes ne dépassant pas 15 minutes […]. » C’est la loi et on ne divise pas une chapelle en paroisse aussi facilement, même quand on s’appelle Arsène Wenger ou Gerard Piqué. Le foot a ceci de village gaulois qu’il est peu perméable aux évolutions.

Il est chaud pour faire des bêtises.
Il est chaud pour faire des bêtises.

Le risque des quarts temps

Ces pauses trouveront bien leurs avantages et leurs partisans : les footballeurs se désaltèrent, comme il est de coutume quand il fait chaud depuis le Mondial 2014. Ils font un point tactique (« Ce qui est nécessaire, c’est de recadrer la tactique brésilienne », commentait Grégoire Margotton jeudi). Et cet été, certains pourront plonger dans leurs piscines ou retourner leurs légumes sur la plancha pendant ces breaks.

Le football dit tranquillement au revoir à son essence. Il change de paradigme. Le foot ne peut se permettre d’accepter des modifications de règles contraires au jeu sous prétexte qu’il soit joué aux États-Unis. Mais, comme c’est le cas lors de chaque avancée scientifique, car quelqu’un a bien du découvrir que la terre était ronde avant Galilée, il faut insister sur le contexte social qui l’accompagne. Ce contexte, c’est le Mondial américain, dans un pays de sports coupés (hockey, baseball, basket, football…). L’hégémonie de Gianni Infantino, prêt à tout pour faire rentrer quelques ronds dans la machine et votant de cette réforme, témoigne que cette décision n’est pas synonyme de progrès. Le foot ne doit pas se disputer en quatre quarts temps. Imagine-t-on des sélectionneurs proposer des phases tactiques arrêtées après les coupures, comme on le fait au basket ? Ou des shows interminables pendant les mi-temps ? Il n’y a pas qu’une poignée d’irréductibles gaulois réfractaires pour s’y opposer, puisque même Didier Deschamps s’y met.

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Par Ulysse Llamas, chaud

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