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Jude Bellingham, la star programmée à la conquête de l’Angleterre

En France, nous avons Kylian Mbappé ; en Angleterre, ils ont Jude Bellingham. Le joueur de 23 ans brille depuis le début de la Coupe du monde et rêve d’offrir une deuxième étoile à un pays qui ne s’est pas toujours retrouvé en cet exilé passé par Dortmund et posé au Real Madrid. Voici son portrait dressé en novembre 2023 dans So Foot.
Le problème avec ceux à qui tout réussit, c’est qu’ils finissent par devenir agaçants. Quelque chose de l’ordre de la jalousie, ou d’un renvoi à ses propres limites et à la banalité de son existence, qui peut vite dériver vers la frustration et la mauvaise foi. En ce début de saison 2023-2024, voici la seule éventuelle menace qui plane sur Jude Bellingham – avec, bien sûr, l’indéfectible risque de blessure. Un joueur dont brosser le portrait revient à peu de chose près à évoquer Mère Teresa au plus haut de sa popularité. Côté club, le golden-boy anglais, deuxième plus gros transfert de l’histoire de la Casa Blanca (103 millions. En 2019, le club en avait déboursé 115 pour… Eden Hazard, NDLR) trône sur la Liga (meilleur buteur), le Clásico (son doublé à Montjuïc a torpillé le Barça) et la Ligue des champions (comeilleur buteur). Il rayonne dans son maillot du Real Madrid floqué du mythique numéro 5 de Zizou et est adulé par le public du Santiago Bernabéu.
Si Jude était une action en Bourse, et que j’avais mis un euro sur lui quand il a quitté Birmingham, je pourrais arrêter de travailler.
Carlo Ancelotti, qui a déjà coaché neuf Ballons d’or au cours de sa carrière, n’a pas tardé à se ranger lui aussi du côté des fanzouzes. « Les supporters du Real Madrid ont de la chance d’avoir Jude Bellingham, louait-il début octobre, après un doublé de son Pichichi contre Osasuna. Je suis très heureux qu’il soit là. Tout le monde l’est. » C’est peu de le dire : avant Jude, seul Cristiano Ronaldo avait réussi à marquer dix buts en autant de matchs sous le maillot merengue. De quoi faire oublier pour de bon le transfert raté de Kylian Mbappé aux socios… Même romance côté sélection. À son propos, Gareth Southgate déclare qu’il n’est « pas idiot » de penser que l’héritier du numéro 10 des Three Lions soit, à l’heure actuelle, le meilleur joueur de la planète. En clair : Jude Bellingham, 20 piges, a le monde à ses pieds. Une nouvelle cote que Thomas Meunier, son coéquipier au Borussia Dortmund entre 2020 et 2023, résume ainsi : « Si Jude était une action en Bourse, et que j’avais mis un euro sur lui quand il a quitté Birmingham, je pourrais arrêter de travailler. »
« No one is better than me »
L’ascension du nouveau Midas du football mondial commence à Birmingham, loin des spot-lights de Londres ou de Manchester, et très loin des paillettes de la Premier League. En juin 2019, alors qu’Aston Villa, porté par son nouveau héros Jack Grealish, fête sa montée dans l’élite, l’éternel rival Birmingham City termine une nouvelle saison morose à la 17e place de Championship, après avoir été pénalisé de neuf points pour avoir enfreint les règles financières mises en place par l’English Football League. En cause, des pertes excessives, en bonne partie dues à l’explosion des salaires sous les ères Gianfranco Zola et Harry Redknapp. « Le club était dans une situation vraiment délicate et se battait depuis quelques saisons pour ne pas être relégué, resitue Neil Cottrell, vice-président de l’association de supporters Blues Trust, qui suit son club de cœur depuis plus de 60 ans. On n’allait nulle part, on n’avait pas d’argent… C’est dans cette équipe souffrante que Jude Bellingham est arrivé. »
Nommé entraîneur du club au début de la saison 2019-2020, l’Espagnol Josep Clotet décide d’apporter du sang neuf à son effectif dès la préparation. Les finances dans le rouge l’obligent à mettre le nez dans le centre de formation. Le staff lui parle alors d’un surdoué qui domine les catégories de jeunes. Problème : Jude Bellingham a 15 ans à peine. Pas de quoi refroidir le Catalan, spécialiste de la post-formation, raison pour laquelle Michael Laudrup l’avait intégré dans son staff à Swansea quelques années plus tôt. « Avec les préparateurs physiques et le département médical, on avait établi un plan très précis, pour éviter qu’il ait le moindre problème, explique Clotet. Après quelques semaines, le préparateur physique vient me voir et me dit : “Tu vois notre plan ? Tu peux l’oublier. Il s’entraîne déjà avec la même intensité que les pros.” C’était comme s’il avait attendu ce moment toute sa vie. »
À l’époque, Maxime Colin, aujourd’hui à Metz, est l’indéboulonnable latéral droit des Blues, où il est notamment apprécié pour sa capacité à répéter les efforts dans son couloir. « Les premiers jours, en présaison, il y a pas mal de tests physiques, rejoue le Français aux neuf saisons en Championship, dont six à Birmingham City. J’avais l’habitude d’être parmi les premiers. Et là, ce gamin me tient tête dès le départ. Sur le moment, ça m’a un peu choqué… » La success-story commence véritablement le 6 août 2019. Ce jour-là, Bellingham devient, à 16 ans et 38 jours, le plus jeune joueur de l’histoire du club à commencer un match officiel, en Coupe de la Ligue, contre Portsmouth. Trois semaines plus tard, il inscrit son premier but, contribuant à renverser Stoke City à St Andrew’s (2-1), avant d’offrir les trois points aux siens lors du match suivant, sur la pelouse de Charlton (1-0). « Lui et moi, on avait un petit rituel, sourit Paco Herrera, l’adjoint de Clotet à Birmingham. Avant chaque match, je lui criais : “Jude, dis-moi qui est le meilleur !” Il me répondait : “No one is better than me.” Il était très jeune, c’était un moyen de lui donner confiance, même si en réalité, il avait déjà conscience de l’énorme potentiel qui était le sien. »
Jude a brisé le moule traditionnel du joueur spécialiste d’un poste. C’est à la fois le 10 parfait, le 8 parfait et le 6 parfait.
Il n’est pas le seul, d’ailleurs, puisqu’en tribune, les supporters ne tardent pas à se débarrasser de leur spleen. « Il fallait être aveugle pour ne pas voir son immense talent, sourit Neil Cottrell, des étoiles encore plein les yeux. Les supporters les plus âgés, comme moi, ont ressenti la même excitation que lors des débuts de Trevor Francis, au début des années 1970. » Légende des Midlands, Francis, plus jeune joueur à avoir débuté avec Birmingham City avant d’être dépassé par Bellingham, était resté dans l’histoire en devenant le premier joueur à être transféré pour plus d’un million de livres. C’était pour rejoindre Nottingham Forest, à qui il offrira sa première C1, en inscrivant de la tête le seul but de la finale en 1979. « La différence, c’est que Francis était un buteur, il ne fallait pas lui en demander plus, compare Cottrell. Jude, lui, pouvait jouer partout. À vrai dire, il pouvait remplacer n’importe quel titulaire sur le terrain et être meilleur que lui. »
Sauron, Makélélé, et le Pelé des Midlands
Comme le dit si bien Kylian Mbappé, « le football il a changé ». Et à l’instar de Wemby au basket, Bellingham fait partie de cette nouvelle génération d’athlètes dont on pourrait croire qu’ils ont été créés par un enfant de 10 ans ayant décidé de tricher à son jeu vidéo préféré en créant l’hybride ultime. L’Anglais du futur porte ainsi la tunique immaculée du Real Madrid, et les socios merengues croient parfois apercevoir une réincarnation de Zinédine Zidane, à laquelle on aurait fusionné quelques-uns des attributs de Claude Makélélé. « En fait, il a l’envie d’un 10, tout en ayant les capacités physiques d’un 6 ou d’un 8, décortique l’ancien latéral du PSG Thomas Meunier. Il a gardé son âme de Championship, mais avec un toucher et une élégance méditerranéenne. Ce n’est pas un James Milner, quoi. » La preuve : la saison dernière, aucun milieu de terrain des cinq grands championnats n’a rentré autant de dribbles et fait autant de passes dans la surface de réparation que Jude Bellingham.

« Il a brisé le moule traditionnel du joueur spécialiste d’un poste, analyse Clotet. C’est à la fois le 10 parfait, le 8 parfait et le 6 parfait. » Buteur, passeur, à l’aise dans les petits comme dans les grands espaces, et capable de vous décocher un missile dans le money time, le métis serait donc une sorte de version ultime du footballeur total. Voire mieux, selon René Maric, coach adjoint de Marco Rose, lors de la deuxième saison du phénomène dans la Ruhr. « S’il continue à progresser, il peut ambitionner d’atteindre le niveau de Zidane dans les petits espaces et celui de Steven Gerrard dans les grands, s’enthousiasme le technicien autrichien, biberonné dans la galaxie Red Bull. Est-ce qu’il en sera capable ? C’est très difficile, mais s’il y parvenait, ça ferait de lui un footballeur unique. »
S’il continue à progresser, il peut ambitionner d’atteindre le niveau de Zidane dans les petits espaces et celui de Steven Gerrard dans les grands. Ça ferait de lui un joueur unique.
En réalité, il semble qu’il le soit déjà. Sa perfection dépasserait même les frontières du terrain, puisque selon Lucien Favre, son premier coach au BvB, Bellingham serait aussi un jeune homme « toujours désireux d’apprendre. C’est magnifique d’avoir des joueurs comme ça ». Pour ne rien gâcher, le jeune Anglais au sourire ultra-bright serait également doté d’un sens de l’humour « très britannique, largement tourné sur l’autodérision », selon Meunier, sous le charme, comme tous ceux ayant croisé sa route.
Dans ce florilège de compliments, tous pointent vers la même direction : Stourbridge. C’est là, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Birmingham, dans ce que Neil Cottrell qualifie de « ville-dortoir, tranquille, loin d’être un épicentre du football », que Jude a vu le jour le 29 juin 2003. Située en plein cœur du Black Country, cette ville peu instagrammable comptait parmi les plus industrialisées du Royaume à la fin du XIXe siècle. Les spécialistes les plus avisés de l’œuvre de J.R.R. Tolkien assurent d’ailleurs que l’auteur du Seigneur des anneaux s’est inspiré de ce coin de l’Angleterre pour créer le Mordor, le fief inhospitalier de Sauron, le légendaire Seigneur des Ténèbres de la saga. Mark et Denise Bellingham, eux, y ont conçu Jude et Jobe, lui aussi passé professionnel à Birmingham City, avant de rejoindre Sunderland cet été, à 17 ans. « Pour comprendre Jude, la clé, ce sont ses parents », rencarde Otto Addo, ancien joueur reconverti « talent manager » au Borussia Dortmund, et plus spécifiquement en charge de l’accompagnement des jeunes dans leur découverte du plus haut niveau.
Fort de ses plus de 700 buts inscrits en près de 900 matchs pour différents clubs des environs de Birmingham, Mark Bellingham, ancien sergent de police, est qualifié dans la région de « Pelé du foot amateur » local. L’homme a quitté les commissariats et les terrains gras des Midlands pour se consacrer à la carrière de son fils, dont il est devenu l’agent. Une histoire familiale qui ressemble fort à celles des Mbappé, et dans laquelle Denise, la maman, ancienne employée dans les ressources humaines, joue aussi un rôle central. « Tout ce que Jude fait ou dit, son professionnalisme, la manière dont il se protège de l’extérieur, ça vient d’eux », confirme Addo. À commencer par son plan de carrière, soigneusement préparé pour éviter tout risque de se griller, dans un pays qui n’aime rien d’autre que de tomber sur ses jeunes footballeurs starisés trop tôt.
Alors, quand les cadors de Premier League viennent un à un le draguer dès sa première saison pro achevée dans la ville des Peaky Blinders, Bellingham surprend tout le monde en optant plutôt pour l’exil et le Borussia Dortmund. Le choix des parents, évidemment. « Leur décision n’avait rien à voir avec l’argent, assure Maxime Colin. L’idée, c’était d’avoir le meilleur club pour qu’il puisse progresser tranquillement. Quand il était allé visiter les installations de Manchester United, Sir Alex Ferguson et Éric Cantona étaient là pour l’accueillir et lui sortir le tapis rouge. Ils voulaient le convaincre de signer, mais il est parti dans un club moins huppé, tout simplement parce que c’était la bonne étape pour lui à ce moment-là de sa carrière. »
« Tu ne sais pas faire une putain de passe, t’es nul à chier »
Finalement, Jude n’aura donc joué qu’une seule saison avec son club formateur. Largement suffisant pour que Birmingham City décide de retirer son numéro 22. Il faut néanmoins attendre que le « Projet Bellingham » soit délocalisé en Bundesliga pour que ce dernier prenne véritablement forme. À l’époque, le clan décide de se scinder temporairement en deux. Mark reste à Birmingham pour veiller sur Jobe, quand Denise part vivre avec Jude dans la Ruhr, une région pluvieuse et industrielle dans laquelle le duo n’est pas franchement dépaysé. Alors que toutes les stars du football moderne deviennent des chefs d’entreprise entourés de nuées de conseillers en tout genre, Bellingham reste attaché au modèle de la petite boîte familiale. Au Borussia, Denise est l’ombre de son fils. C’est elle qui l’emmène tous les jours à l’entraînement, s’occupe de son alimentation, gère les sollicitations médiatiques.
Lors du Mondial 2022, Conor Coady, le défenseur des Three Lions, révèle à la presse que le milieu offensif du BvB est la cible des moqueries de ses coéquipiers pour avoir concédé que sa mère faisait toujours son lit. « Ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas le mec qui va faire des folies et se retrouver dans les tabloïds en Angleterre », sourit Maxime Colin. C’est le propre de cette nouvelle vague, portée notamment par Mbappé et Haaland. Des cyborgs à la fois couvés par l’entourage et programmés pour ne jamais faire trop de vagues en dehors du terrain. « Jude et ceux de son âge savent qu’à la moindre erreur, au moindre écart, ils se feront démonter, sourit Colin. Ils ont appris des erreurs commises par certains par le passé. » Plus qu’une question générationnelle, Otto Addo, habitué à voir défiler à Dortmund les jeunes promesses venues de tous les horizons, voit surtout dans cette « Mbappisation » de la com des footballeurs une banale affaire de sociologie bourdieusienne. « Ce n’est pas comme si les générations précédentes étaient toutes terribles, relativise l’ancien international ghanéen. Il y a toujours des joueurs qui ont plus de difficultés à s’adapter au monde pro. Peut-être qu’ils venaient de milieux sociaux où les parents avaient moins le temps de s’occuper de leur éducation… »
Qui dit discours lissé et engagement gnangnan ne dit pas forcément manque de personnalité. Au pays de la Wurst, l’ado de 17 ans impressionne par son adaptation express, mais surtout par une maturité déconcertante. « C’est le jeune joueur le plus vieux du monde », plaisante ainsi Edin Terzić, son dernier coach au Borussia. Pour sa première saison au BvB, le Benjamin Button anglais se permet même de casser un record de précocité en devenant le plus jeune capitaine de l’histoire de la Bundesliga. Un statut acquis par sa capacité à décider seul du sort de son équipe sur le terrain, mais pas seulement. « En Allemagne, l’ancienneté compte encore, explique Meunier. Il y a toujours quelques règles, on fait gaffe au nombre de matchs joués et à ce genre de choses… Mais Jude, c’est un mec qui fait bouger les lignes. Il avait déjà cette aisance à l’oral et cet esprit d’entreprendre, alors que beaucoup de joueurs de son âge se contentent de rester un peu en retrait. »
René Maric va plus loin : « Sincèrement, il est implacable dans tous les aspects, lâche celui qui vient tout juste de quitter Leeds United. Jude est mature, éduqué, et surtout extrêmement intelligent. À l’entraînement, il interprétait facilement ce qu’on lui demandait. Il ne se contentait pas de résoudre facilement les problématiques auxquelles il était confronté, il les anticipait en étant constamment dans l’autocritique. Il s’interrogeait toujours sur ce qu’il pouvait faire de plus pour avoir un impact sur le jeu. C’est ce qui explique qu’il ait évolué aussi rapidement. » C’est aussi ce qui explique qu’il soit aussi exigeant avec les autres qu’il l’est avec lui-même.
Bellingham est né pour jouer au Real Madrid.
Nico Schulz, de dix ans son aîné, en sait quelque chose. Lors de la saison 2021-2022, en seizièmes de finale retours de Ligue Europa, l’international allemand prend la foudre de son jeune coéquipier, agacé d’être sur le point de se faire éliminer par les Glasgow Rangers malgré ses buts à l’aller (2-4) et au retour (2-2). Filmée en gros plan, la scène fait enfin saliver les médias britanniques, qui se chargent illico d’assurer la traduction : « Tu ne sais pas faire une putain de passe, t’es nul à chier », hurle le prodige anglais à son latéral, dont l’expérience au Borussia n’ira guère plus loin. « Il l’a allumé, tout le stade l’a entendu, rigole Meunier. Mais lui, il s’en fout. La saison dernière, on en était venu à jouer certains matchs en se disant : “Si Jude ne fait pas la différence, on ne pourra pas gagner.” »
Les bisous et les impatients anglais
À 20 ans, le talent de Bellingham est devenu trop grand pour le BvB. L’aventure dans la Ruhr se termine sur une fausse note, avec ce titre bazardé à la dernière journée, faute d’avoir su battre Mayence au Signal Iduna Park (2-2). Un couac que l’Anglais – élu meilleur joueur de la saison en Buli –, alors de retour de blessure, a vécu sur le banc. Parce qu’il avait déjà donné sa parole au Real Madrid, et qu’il ne fallait prendre aucun risque ? Toujours est-il que la pilule a du mal à passer dans la presse allemande. Selon elle, l’Anglais cristallisait les tensions dans le vestiaire du Borussia pour son trop grand amour de la lumière. Concrètement, Jude attendait patiemment que ses coéquipiers rentrent sagement au vestiaire pour s’offrir des bains de foule solitaire face au mur jaune. « Et alors ? Il fait la même chose au Real Madrid, et tout le monde adore ça », balaye Otto Addo.

Il n’empêche, la lune de miel vécue par Bellingham avec les Merengues interroge. Derrière les bisous trop rapides sur l’écusson, les pompeuses déclarations d’amour envers « le plus grand club du monde », et ses pas de danse de toreros improvisés lors d’un match contre Getafe, les mêmes doutes resurgissent : Jude en ferait-il trop ? Pep Clotet, Catalan biberonné aux exploits de Cruyff, se souvient d’un lendemain de Clásico à Birmingham. « Je lui ai demandé : “Alors, t’es pour quelle équipe ?” Il m’a tout de suite répondu : “Moi coach, ça a toujours été le Real.” Ce n’est pas comme s’il faisait semblant. Dans son esprit, il y avait Birmingham et le Real. »
Un club triomphant, immaculé de blanc et qui serait dimensionné pour lui, selon son coéquipier Nacho : « Bellingham est né pour jouer au Real Madrid. » Malgré son penchant pour le Barça, Clotet n’est pas non plus loin de le penser : « Le Real, c’est le top de l’habileté technique, le top de la performance, le top de l’élégance, s’incline le Catalan. Forcément, c’est l’exemple pour les joueurs comme Jude. » Ce qui n’a évidemment pas échappé à Mark et Denise, dont le plan continue de fonctionner à merveille. Alors, pourquoi ne pas surjouer un peu l’idylle ? « Je pense qu’il a conscience du business qu’il peut créer, indique Thomas Meunier, pas dupe. Aujourd’hui, il est au Real Madrid, il sait qu’il y a du marketing derrière tout ça. Rien ne vaut plus que de bonnes prestations, bien sûr. Mais si tu peux ajouter à ça ce petit côté qui fera que les supporters t’aimeront et seront derrière toi, pourquoi ne pas le faire ? »
Jack Grealish est peut-être plus authentique. Normalement, un jeune de son âge se crée une vie sociale, il sort parfois le soir. Chez Bellingham, on dirait que cet aspect-là n’existe pas dans sa vie…
Tout va donc bien pour Mister Perfect dans le club le plus parfait de la planète, où Jude Bellingham possède déjà sa chanson – « Hey Jude » – et vient d’annoncer vouloir rester « dix ou quinze ans ». De quoi faire grincer quelques dents en Angleterre, un pays réputé pour être autocentré sur son football. « C’est vrai que c’est un peu loin des yeux, loin du cœur, souffle Neil Cottrell, le vieux supporter des Blues de Birmingham. Et c’était encore plus le cas lorsqu’il était en Allemagne… » Contrairement à tous ses coéquipiers en sélection, le Madrilène n’a jamais mis un pied en Premier League. Lors du dernier Mondial, il était d’ailleurs le seul des 23 Anglais à évoluer à l’étranger. Un frein à sa success-story outre-Manche, où Bellingham souffre aussi du déficit de popularité de sa ville d’origine. « Birmingham a toujours été dans l’ombre de Londres, en quelque sorte, poursuit Cottrell. Liverpool, par exemple, a pu développer son image de marque via son club de football ou les Beatles. Birmingham, au contraire, peine à se construire une identité propre. »
Même dans sa propre ville, le numéro 10 des Three Lions pâlit de la comparaison avec Jack Grealish, considéré comme le « Brummie » par excellence. Ici réside peut-être la plus grande faille du « projet Bellingham », un produit global sans véritable ancrage local. « Je n’aime pas dire du bien d’un ancien joueur de Villa, mais dans un sens, Jack Grealish est peut-être plus authentique, c’est vrai, reconnaît à demi-mot le vice-président des Blues Trust. Normalement, un jeune de 18, 19 ou 20 ans se crée une vie sociale, il sort parfois le soir. Chez Bellingham, on dirait que cet aspect-là n’existe pas dans sa vie… » En quête d’une première ligne à inscrire à son palmarès, l’exilé a, comme toujours, un plan pour se faire adopter pour de bon par ses compatriotes. Et cette fois-ci, il ne s’agit pas d’aller applaudir le kop en solo, ni d’embrasser l’écusson. « Signer au Real et être Mister Perfect, ce n’est pas encore assez, juge Maxime Colin. Lui veut tout gagner. Il va vouloir le Ballon d’or. Surtout, il va vouloir remporter un titre avec l’Angleterre, parce que ça fait un moment qu’ils n’ont rien gagné… » Spoiler : Mark et Denise sont au courant.
Angleterre-Argentine : toujours plus que du footPar Paul Piquard
Article publié dans le n°211 de So Foot en novembre 2023
Tout propos recueillis par PP, sauf ceux de Maric et Herrera, tirés de El Pais.












































