Premiers ! Venus comme ils sont - dynamiteurs devant et fragiles derrière -, les Bleus ont dominé une Norvège presque venue pour se faire battre (4-1) grâce à un triplé de Dembélé, lui et sa spécifique Robben. Un seizième face à la Suède se profile.
Norvège 1-4 France
Buts : Aasgaard (21e) pour les Norvégiens // Dembélé (6e, 20e, 33e) et Doué (90e+4) pour les Bleus
Il y a les pour, il y a les contres : l’équipe de France a-t-elle fait un bon match ? Découpez le terrain en deux et vous obtiendrez deux réponses différentes, ces Bleus-ci présentant les avantages de leurs inconvénients et les inconvénients de leurs avantages, au soir d’une première place de poule pour laquelle tout le monde aurait signé voilà trois semaines. Ça suffit, bien sûr, pour soumettre une Norvège bis (4-1), après un Irak trop faible et un Sénégal branché 45 minutes, et l’on se félicitera autant de l’efficacité retrouvée d’Ousmane Dembélé, auteur d’un triplé, que l’on se méfiera des erreurs individuelles à répétition qui rythment depuis trop longtemps maintenant les matchs de la défense française. Nos hommes reverront les seizièmes de finale d’une Coupe du monde et Deschamps dès demain, en espérant que cette victoire ait pu lui donner un semblant de baume au cœur : c’est bien là l’important.
Coiffeur pour mèches blondes
Match des coiffeurs on attendait et, un instant, on crut s’être trompés de salon : alors qu’était annoncé un nouvel épisode orageux dans le ciel de Boston, un bis repetita de nature à allonger cette rencontre décisive pour le classement du groupe I, le coup de tonnerre vint finalement du banc de la Norvège, où l’on annonça à une heure du coup d’envoi que les onze titulaires de la rencontre contre le Sénégal allaient s’asseoir. Exit Haaland, Sorloth, Ødegaard et même le gardien titulaire, Orjan Nyland, place à Egil Selvik, portier de Watford, 16e de Championship, 65 buts encaissés en championnat cette saison. Comprendre que ces mecs-là étaient d’abord venus pour se faire masser le crâne, message reçu 5/5 par une équipe à qui Didier Deschamps avait confié « une mission » en son absence d’après Aurélien Tchouaméni, de retour comme titulaire aux côtés de Manu Koné, Maxence Lacroix constituant la seule véritable nouvelle mèche sur le caillou français.
Ainsi, le premier coup de ciseau de Mbappé sur la barre, après 22 secondes seulement, donna le ton de la coloration à venir, les Bleus harcelant le dos de Bjorkan, latéral gauche fautif sur l’ouverture du score de Dembélé (1-0, 7e) et pris de la même manière par le même homme quelques minutes plus tard (2-0, 20e). Asgaard profita d’un relâchement aussi coupable que compréhensible pour réduire la marque (2-1, 22e), et Dembélé a parfait sa spécifique Robben en soulevant une troisième fois la moumoute de Bjorkan (3-1, 32e). Du reste, on peut évoquer la première période à l’envers d’Upamecano et celle à l’endroit de Manu Koné, aussi déséquilibrant pour l’adversaire que pour l’équipe de France, dont les projections donnèrent des occasions (4e, 45e), mais aussi des trous de tondeuse au milieu de terrain, dans lesquels Larsen s’engouffra parfois (cette volée à la 15e). Alors que tout le monde était parti se chercher un hot-dog à la mi-temps, on vit Erling Haaland allonger sa foulée sur le vert émeraude du Gillette Stadium, dont on se dit qu’il portait décidément bien son nom.
Maignan de retour
Au contraire de la bouillie de Philadelphie, trop hachée pour raconter grand-chose de l’équipe de France, ce match-ci aura au moins eu, en deuxième période, le mérite de prouver à qui en avait besoin que Mike Maignan était bien rentré dans son Mondial. Inquiétant contre les Lions de la Teranga, invisible face aux Lions de Mésopotamie, il lui aura fallu affronter les Løvene (les Lions) norvégiens pour sortir le fusil tranquillisant, d’abord en arrêtant le penalty de poussin de Larsen (47e), puis en multipliant les parades sur situations chaudes (71e, 74e).
Tout ceci nous fait dire que chaque match, dès lors, présentera ses dangers, et que cette équipe de France semble aussi prête pour aller au bout que pour se faire sortir en huitièmes après avoir touché quatorze fois le poteau. Les changements divers (Cherki, Barcola, Konaté, Mateta, Gusto) et l’enclenchement du mode gestion eurent raison du hard-rock de la première période, troqué pour une drôle de danse à deux où le temps finit par couler lentement jusqu’au but de la tête de Désiré Doué (4-1, 90e+4). Pour ceux qui ne le savent pas, cette Coupe du monde a instauré pour tradition de passer un classique de la chanson française à chaque après-match dans les stades où jouent les Bleus. Ce vendredi, les baffles du Gillette Stadium diffusèrent Emmenez-moi, et tout le monde comprit de quel endroit parlait Charles Aznavour.