- Mondial 2026
- Gr. I
- Norvège-France (1-4)
Grégory Poirier : « Avec cette force offensive, la France doit accepter certains déséquilibres »

Ancien coach du Red Star, qu’il a mené en barrages cette saison, Grégory Poirier apporte son éclairage tactique après les matchs de l’équipe de France dans cette Coupe du monde. Après le match contre une équipe très remaniée de Norvège, le technicien parle d’accepter les déséquilibres, de l’importance de Rabiot pour l’équilibre et s’interroge sur les latéraux.
Peut-on tirer des enseignements d’un match face à cette équipe de Norvège remaniée ?
Non, parce que je trouve que la France, quand ils font un peu de rotations, ça reste très compétitif. Quand la Norvège prend le risque d’enlever trois joueurs majeurs, à moins de tenir à 0-0 jusqu’à la pause… Le match n’était plus du tout le même, tout ce qu’on avait dit dans l’analyse de cette rencontre qui permettrait d’en savoir un peu plus, ça n’a plus de sens. Là, on n’a pas joué une grosse équipe de la Coupe du monde. Maintenant, c’est très bien joué de la part de Deschamps d’avoir insisté avec Dembélé, qui était sorti assez tôt en seconde période contre l’Irak. Aujourd’hui, on a la confirmation de l’animation offensive sur la partie haute, au niveau des couloirs de jeu avec des percussions. Dès qu’il arrive à trouver sa zone de confiance, Dembélé montre que c’est le meilleur joueur du monde et ce qui est intéressant, c’est de réussir à légitimer son image de Ballon d’or. L’équipe de France en avait besoin. En face, ils voient Mbappé, qu’on aurait pu économiser un petit peu, Dembélé qui devient énorme, etc. Ils doivent se poser des questions !
C’était le même quatuor offensif qu’en ouverture contre le Sénégal et on sent déjà une meilleure compréhension entre les uns et les autres, à commencer par Mbappé et Dembélé qui se marchent moins dessus. Qu’est-ce qu’ils font mieux ?
Le replacement à droite de Dembélé a été opportun pour deux raisons. Déjà, ça a permis d’avoir la qualité de passe d’Olise – même si lui et Doué peuvent encore être plus tueurs dans la finition –, qui a la capacité à alimenter les excentrés ainsi que Mbappé qui va très vite et qui a une très bonne culture des appels. Olise, Mbappé et Dembélé, c’est tout trouvé et en fonction de l’adversaire, de la profondeur et de la percussion, il y aura un match entre Doué et Barcola. Il aura des options différentes, mais au niveau du quatuor offensif, on est la meilleure équipe du monde. C’est un choix fort de garder ce quatuor et donc une réussite. Il a voulu leur donner beaucoup de confiance avec des défenses peut-être pas très fortes en face. Avant, on disait toujours que pour traverser un championnat ou une compétition, il fallait une bonne défense. Avec les nouvelles générations, c’est plutôt avoir de la qualité offensive et la capacité à se procurer des occasions à n’importe quel moment et ça, on l’a, c’est notre force. En revanche, les deux défenses ont été en difficulté sur les transitions avec des pertes de balle, notamment la France, qui va devoir progresser là-dessus. Il faut l’accepter, on doit soit s’appuyer sur une super animation offensive, soit sur une super assise défensive.
Par sa maîtrise et sa culture du placement, Rabiot amène plus d’équilibre à l’équipe.
Le staff doit-il quand même chercher davantage d’équilibre ou tout simplement accepter le déséquilibre et l’idée qu’il faut marquer deux, trois ou quatre buts quitte à s’exposer à en prendre un ou deux ?
On a l’habitude d’être très solide défensivement avec Deschamps, mais là, on a cette force offensive, donc il faut accepter certains déséquilibres, on a tellement de talent. C’est con ce que je vais dire, mais Rabiot qui est plus offensif que Tchouaméni aide plus dans cette gestion de l’équilibre parce qu’il va avoir une telle maîtrise technique que dans son jeu de position, il va savoir déséquilibrer l’adversaire mais aussi temporiser, garder le ballon et prendre le temps de mettre un marquage préventif. Et dans sa doublette, avec Tchouaméni ou Koné, l’autre est vraiment concentré sur les tâches défensives. Par sa maîtrise et sa culture du placement, il amène plus d’équilibre à l’équipe. Dans les ressorties, on a aussi vu Koundé en difficulté. Quand le 6 vient demander sur les planches ou sur l’aide au porteur, c’est toujours plus facile quand c’est Rabiot qui sait très bien se positionner, et l’autre milieu est plus concentré sur le contre effort à la perte.
Dans l’animation défensive de l’équipe, les latéraux sont encore à la peine. Est-ce que ça peut être le gros point faible de cette équipe ?
Tout le monde l’a vu aujourd’hui, les adversaires l’ont vu aussi. Ce sera normalement la Suède, mais il va falloir améliorer sur ce match les un-contre-un défensifs, les pertes de balle dans nos sorties sous pression, c’est l’enjeu. Personnellement, j’aurais aimé voir Malo Gusto contre la Norvège, mais Koundé a fait les trois matchs, donc je ne vois pas un changement sur le latéral droit en seizièmes. À ce poste, ça aurait été bien d’avoir un peu de fraîcheur. Dans l’axe, ils ont aussi été un peu moins bons dans l’ensemble. Après, je suis content de la performance de Mike Maignan, il avait besoin de ces arrêts.

Pour rester sur les latéraux, peut-il y avoir une interrogation autour de Theo Hernandez pour la suite du tournoi ?
Je pensais que Digne allait commencer ce match pour amener de la continuité et de la confiance, mais ça veut sans doute dire que Theo Hernandez part devant en vue des seizièmes. Les latéraux en général, c’est la grande interrogation. Sur les gros matchs, je pense quand même que Koundé sera bon dans le un-contre-un défensif. Malo Gusto anime mieux le couloir offensivement, mais j’imagine qu’il veut de l’équilibre et des joueurs très bons défensivement.
Cette Norvège bis a touché quasiment le même nombre de ballons que les Bleus dans la surface adverse et s’est procuré plusieurs situations, faut-il s’inquiéter de ces lacunes en cas de match contre une équipe beaucoup mieux armée offensivement ?
En tout cas, c’est le match que j’ai le moins aimé. J’avais trouvé beaucoup d’humilité, de détermination et de concentration défensive contre l’Irak, et là, même offensivement, j’ai trouvé qu’on n’était moins tueurs. C’est aussi un match qui peut nous installer dans un certain confort. Après, c’est une compétition longue, on ne peut pas tout le temps être bon et cette équipe de France reste très forte dans l’approche mentale. Deschamps va se servir de ce match pour mettre en avant les situations concédées par les Bleus (le penalty, le but encaissé, etc.). Puis, il y a beaucoup de grands joueurs, comme Mbappé, Dembélé, Olise, qui ont l’habitude des matchs couperets et qui peuvent appuyer sur le bouton.
Peut-on imaginer voir un autre visage des Bleus, peut-être plus prudent, notamment en première période, dans ces rencontres à élimination directe ? Un peu comme la première mi-temps contre le Sénégal.
C’est comme une nouvelle compétition dans la compétition et ça peut faire penser à cette première mi-temps contre le Sénégal ce qui va nous arriver contre la Suède. (Il souffle.) Je pense quand même qu’on est très fort. Sans être flamboyant, on arrive à gérer des périodes où on n’est pas très bien en restant efficaces. Quand on voit la mentalité du sélectionneur et l’expérience des joueurs, il n’y a pas trop d’inquiétude. La France fait toujours partie des grands favoris, avec une ou deux équipes. L’Allemagne ne doit pas non plus être rassurée par son match contre l’Équateur, par exemple. On a quand même beaucoup d’armes et la bonne approche pour aller loin dans cette Coupe du monde.
Guy Stéphan : « Il faut assumer notre déséquilibre »Propos recueillis par Clément Gavard







































