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Pourquoi le foot allemand accepte aussi facilement la domination du Bayern Munich

Comme chaque année ou presque, le Bayern Munich se prépare à fêter un titre de champion d’Allemagne qui ne lui a échappé qu’une fois lors des 13 dernières saisons. Avec 14 points d’avance sur Dortmund, encore battu le week-end dernier, le Rekordmeister sait qu’il porte bien son nom. Pourtant, les plaintes ne sont pas nombreuses en Bundesliga face à cette hégémonie qui rendrait jaloux le PSG. Comment expliquer ce fatalisme allemand ?
En Allemagne, le Bayern Munich évolue dans une catégorie à part. Sportivement, évidemment, avec 12 titres de champion lors des 13 dernières saisons de Bundesliga (et bientôt 13 sur 14), le Bayer Leverkusen 2024 se présentant comme la seule exception confirmant la règle imposée par le Rekordmeister. Sur le plan économique, aussi. Les chiffres de l’analyse publiée en janvier 2026 par la Deloitte Football Money League, le classement des clubs de foot selon leurs revenus, montrent à quel point le Bayern possède une grande avance sur ses concurrents nationaux.
Lors de l’exercice 2024-2025, sans tenir compte des revenus liés aux transferts, l’ogre bavarois a enregistré un chiffre d’affaires de 860,6 millions d’euros, arrivant ainsi 3e au classement mondial. Soit plus que le Borussia Dortmund et Stuttgart réunis (531,3 millions pour le premier, 296,3 millions pour le second), qui sont actuellement dans le top 4 de la Bundesliga. Oke Göttlich, président du club de Sankt Pauli et vice-président de la Fédération allemande de foot (DFL), pose une évidence : « Avec la commercialisation croissante du football, la compétition sportive est de plus en plus remplacée par une compétition économique. En conséquence, le succès commercial d’un club détermine de plus en plus sa performance sportive, ce qui permet de maximiser la probabilité de succès sur le terrain. » Comme si les autres clubs allemands, par fatalisme, ne pouvaient plus faire autrement qu’accepter la domination quasi totale du Bayern.
La règle du 50+1 plus précieuse que le suspense
Dans les débats sur la manière de rééquilibrer les conditions économiques pour les clubs de tête en Bundesliga, l’abolition de la règle du 50+1 est régulièrement évoquée. Celle-ci, qui existe uniquement sous cette forme en Allemagne et en Autriche, empêche tout investisseur privé de posséder plus de 49% des parts d’un club et donc de le contrôler. Certains dirigeants y voient un frein à l’investissement et réclament sa suppression. Récemment, le président du Bayern, Herbert Heiner, s’est positionné en faveur d’une fin de cette règle, estimant que chaque club devrait « pouvoir décider lui-même ».
Je ne veux pas d’une Premier League où un club comme Newcastle, parce que les Saoudiens y investissent de l’argent, se retrouve soudainement en haut du classement.
Monika Hundehege, membre du conseil d’administration du fan-club du Borussia Dortmund Münchner Borussen, est quant à elle très critique envers ces propositions : « Je regarde l’Angleterre et je me dis : je suis une fan traditionnelle de la Bundesliga allemande, et je ne veux pas d’une Premier League où un club comme Newcastle, parce que les Saoudiens y investissent de l’argent, se retrouve soudainement en haut du classement alors qu’il luttait contre la relégation les années précédentes. »

Elle redoute des investissements massifs comme le Qatar au PSG, « un cirque de milliards qui n’a plus rien à voir avec mon football ». Concrètement, si le maintien du 50+1 signifie que le football allemand perd en compétitivité, elle peut l’accepter : « Pour moi, l’important est que le football reste un sport populaire et donc accessible à toutes les couches de la société. Quand je regarde les prix des billets en Angleterre, où il faut payer 180 livres pour n’importe quelle place de tribune… Non, je ne veux pas de ça. » En gros, la domination du Bayern passera toujours mieux qu’une transformation profonde du foot allemand, de son accessibilité et de son histoire populaire.
Le boss de Sankt Pauli partage la même vision des choses. « Ils contredisent ainsi un élément essentiel du football européen en tant que sport populaire, enchaîne-t-il. Les clubs ont été fondés à l’origine au sein de la société et sont donc ancrés localement ; ils ont pour mission d’agir de manière sociale, démocratique et transparente. » La règle du 50+1 protégerait ainsi le football allemand de cette évolution observée un peu partout dans les grands championnats européens.
Il faut aussi dire que le dernier accord sur les droits télévisés de la Ligue des champions rapporte encore beaucoup plus d’argent aux mêmes clubs, comme toujours.
Selon Oke Göttlich, il ne faut pas non plus se tromper : une ouverture aux investisseurs étrangers ne permettrait pas de relancer la concurrence au sommet de la Bundesliga. « Si, après la fin du 50+1, des investisseurs entraient dans des clubs allemands, ils finiraient par constater que la répartition des droits télévisés favorise le Bayern et diraient : “Ce n’est pas juste”, explique-t-il. Il faut aussi dire que le dernier accord sur les droits télévisés de la Ligue des champions rapporte encore beaucoup plus d’argent aux mêmes clubs, comme toujours, et que la répartition des droits télévisés allemands ne représente à côté de cela que de petites miettes. » De quoi continuer de creuser les inégalités.
Les play-off, une « solution » très lointaine
En février 2022, Donata Hopfen, alors présidente de la DFL, avait avancé une proposition plus pragmatique pour apporter davantage de suspense dans la course au titre en Bundesliga. Dans un entretien accordé au journal BILD, elle suggérait que des play-off puissent à l’avenir décider du champion, comme en Belgique (qui va abandonner ce système à l’issue de cette saison). « Au sein de la DFL, cela n’a pas vraiment été discuté sérieusement, tempère Oke Göttlich, qui siégeait déjà à l’époque au présidium de la Deutsche Fußball Liga. C’est évidemment une bonne manière d’avoir plus de suspense dans la compétition et de la rendre moins prévisible, car le titre dépendrait davantage de la forme du jour lors d’un ou deux matchs. »

La proposition n’a d’ailleurs pas rencontré beaucoup d’enthousiasme dans le foot allemand et au sein des différents clubs. L’alliance de supporters Unsere Kurve a fermement rejeté l’idée. Monika Hundehege, la fan du Borussia, reconnaît avoir personnellement une certaine sympathie pour ce système, tout en comprenant pourquoi la majorité y était opposée : « Beaucoup disent que l’équipe qui est première après 34 journées mérite aussi, finalement, d’être championne d’Allemagne. Pour la plupart des gens, ce principe de justice est plus important que le désir d’avoir davantage de suspense. »
Face aux nombreuses résistances des supporters et des dirigeants à toute réforme structurelle du football de clubs en Allemagne, la domination du Bayern Munich semble donc appelée à durer encore quelque temps. Monika Hundehege souligne toutefois qu’un autre champion reste possible, elle qui n’a pas vu Dortmund prendre la couronne depuis 2012. « Les supporters du BvB ne sont pas fatalistes, assure-t-elle. Il y a toujours l’espoir que cela finisse par arriver et que l’on termine devant le Bayern. Comme il y a trois ans, quand nous avons perdu le titre lors de la dernière journée contre Mayence, ou comme le Bayer Leverkusen en 2024 : ils ont eu une saison où tout s’est simplement parfaitement aligné. » Dans quelques semaines, ce sera pourtant bien le Bayern qui fêtera son 13e sacre en 14 saisons à coups de chopes de bière versées sur le crâne de Vincent Kompany. Les supporters des autres clubs pourront toujours se consoler avec une chose : ils n’ont pas à payer 180 livres pour aller au stade.
Le Bayern gifle Mönchengladbach et se rapproche d’un nouveau sacre en BundesligaPar Jonas Emrich
Tous propos recueillis par JE, sauf mentions
























































