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Dembélé, 60 capes d’invisibilité

Il est gaucher, il est droitier, il est Ballon d’or, il est double champion d’Europe, il est l’un des plus anciens joueurs de cette équipe de France. Mais comme d’habitude dans une grande compétition avec les Bleus, Ousmane Dembélé est là sans être là.
Personne ne l’y obligeait, mais Patrick Vieira a décidé de se mouiller, samedi dans les colonnes de L’Équipe, lorsqu’on l’a lancé sur le phénomène Michael Olise, son ancien poulain à Crystal Palace : « Il a un potentiel à la Zidane. C’est un futur Ballon d’or, tout simplement. La Coupe du monde va lui donner la confiance en plus et après, il explosera totalement aux yeux du monde. » Juste un éloge de plus pour un joueur qui rend tout le monde chèvre en ce moment, encore plus depuis son match classieux face au Sénégal mardi. Mais voilà : à force de fantasmer, on en oublierait presque que l’actuel détenteur de la sphère dorée est déjà un Français, qu’il partage le vestiaire bleu avec le joueur du Bayern Munich, et qu’il était lui aussi titulaire face aux Lions de la Teranga.
Planqué or
On ne saura jamais ce que ça fait, mais on sait que ça doit être spécial : la semaine passée, Ousmane Dembélé (29 ans) a atterri aux États-Unis pour disputer un Mondial dans la peau du meilleur joueur de la planète. C’est en tout cas ce qu’indique le CV ; dans les faits, il n’est ni la star de cette compétition, ni la star de cette équipe de France. Et la rencontre de la semaine passée, qu’il a traversée sans émerger, a renforcé ce sentiment.
Attendre des espaces, ce n’est pas son truc, il correspond moins au jeu de Deschamps.
Il y a pourtant eu ce tournant, à la fin du deuxième quart-temps, lorsque Didier Deschamps a collé quelques tartes dans le vestiaire et passé un coup de chiffon sur son tableau noir ; mais à la reprise, ce sont par exemple Olise – recentré, au détriment de son acolyte – et Jules Koundé qui ont pris davantage d’épaisseur. Le double vainqueur de la Ligue des champions, lui, est resté assez loin des radars (40 ballons touchés en 80 minutes) et a laissé son back-up Bradley Barcola, à qui il offre toute l’année des caviars en Ligue 1, lui voler la lumière. L’ancien coach du Red Star Grégory Poirier, dans son analyse de la rencontre publiée dans nos colonnes, lui trouve des excuses : « Dembélé correspond au jeu de Luis Enrique, il a des ancrages très forts, alors qu’attendre des espaces, ce n’est pas son truc, il correspond moins au jeu de Deschamps. »

À Waltham, jusqu’à ces dernières 48 heures, c’était souvent au milieu d’une question sur Olise que le nom d’Ousmane Dembélé était prononcé. Mais les interrogations sur leur complémentarité, les permutations et le rôle à confier à l’un ou à l’autre nous détournent du sujet : l’ancien crack du Stade rennais n’a pas attendu l’explosion du Franco-Anglais pour décevoir en sélection. Les stats ne disent pas tout, mais elles existent tout de même : Ous’, 29 ans et 60 apparitions en équipe nationale, affiche à peu près les mêmes chiffres qu’Olise, 5 ans et 42 capes de moins. Sept buts et quatre passes décisives pour l’un, sept buts et trois passes décisives pour l’autre. Le maître à jouer du Paris Saint-Germain attend encore un véritable match référence dans une grande compétition internationale – on retient tout de même son entrée remarquée face au Portugal, en quarts de finale du dernier Euro, ou ses quelques passes décisives distribuées dans des matchs plus ou moins relevés, au Qatar –, là où Olise a déjà tout saccagé pour sa première en mondovision, mardi dernier.
Son grand pote et capitaine, Kylian Mbappé, que certains veulent opposer à Dembouz, est monté ce dimanche sur l’estrade à Philadelphie pour défendre la prestation de son gars contre le Sénégal : « J’ai revu le match deux fois, une fois tout seul et l’autre avec les analystes vidéo. Sur la première mi-temps, c’est le meilleur offensif des quatre. Il arrive à fluidifier le jeu, il est le plus en vue de nous quatre. Sur le premier but, la passe de Michael, elle existe parce que “Ous” attire Niakhaté et ouvre l’espace pour que je puisse m’infiltrer dedans. Ousmane est très tranquille, c‘est le Ballon d’or, il a la confiance de tout le monde et il connaît parfaitement le paysage médiatique autour de l’équipe de France. Il ne faut pas oublier qu’il a été blessé en fin de saison. » Dans la foulée, Deschamps a contrasté l’analyse, parlant d’une « première mi-temps difficile, comme l’équipe de France » et appelé à ce qu’il « puisse se libérer un peu plus ». Le sélectionneur a, surtout, commencé à perdre patience à la quatrième question portant sur l’ancien virtuose du Borussia Dortmund.
🇫🇷 Deschamps rassure sur Dembélé !#beINFWC2026 pic.twitter.com/jK3FnP28by
— beIN SPORTS (@beinsports_FR) June 21, 2026
Le poste d’observation et la « fatigue psychologique »
Aujourd’hui, on peut réaliser que ce Ballon d’or – mérité, bien évidemment – a d’exceptionnel que Dembélé l’a raflé sans en avoir véritablement l’étoffe, notamment au vu de la place qu’il occupe chez les Bleus face, au hasard, à un Kylian Mbappé. D’ailleurs, depuis ces larmes versées au théâtre du Châtelet, l’enfant d’Évreux n’a pas forcément pris plus d’importance – aux yeux du grand public – qu’il n’en avait auparavant. Quand des gamins de Boston et ses alentours viennent assister, tout excités, à un entraînement des Tricolores, c’est le nom de Kyks qui est scandé pendant une heure. Comme toujours, face aux caméras, ce dernier laisse peu de place aux autres : lorsqu’il ne prend pas part à la séance, Kyks reste protagoniste, grimpant au poste d’observation pour observer ses coéquipiers, en compagnie de l’analyste vidéo et sous l’œil de journalistes pantois. En match comme dans tout le reste, Dembélé ne fait pas de vague, laissant Rayan Cherki assurer le show sur les pelouses de la Bentley University. Mais il tient toujours son rôle dans le groupe, comme l’explique William Saliba : « Quand on n’est pas sur le terrain, on rigole bien. Il y a beaucoup de gens marrants dans cette équipe de France. Les noms, vous les connaissez : Ousmane, Marcus, Kylian… »
C’est à nous aussi de le mettre dans les meilleures conditions et d’essayer de le trouver le plus rapidement possible pour qu’il s’exprime le mieux.
Seuls N’Golo Kanté (mars 2016) et Lucas Digne (mars 2014) sont là depuis plus longtemps que Dembélé (septembre 2016), qui est aujourd’hui quelqu’un dont la voix porte dans l’effectif. L’arrière gauche, qui côtoie le loustic depuis dix piges, a été amené à évoquer le décalage entre le Dembélé du PSG et celui de sélection : « Le niveau du joueur, il reste le même. On parle quand même du Ballon d’or, c’est un joueur exceptionnel. Il y a des animations et des équipes qui sont différentes. Barcelone et Paris, ce sont des équipes avec énormément de possession de balle ; là, sur le premier match, on en avait un peu moins. C’est à nous aussi de le mettre dans les meilleures conditions et d’essayer de le trouver le plus rapidement possible pour qu’il s’exprime le mieux. »

Déjà bien timide en prépa face à l’Irlande du Nord le 8 juin, Dembélé avait alors été secouru par son sélectionneur, au micro de La Chaîne L’Équipe : « C’est une reprise pour Ousmane, avec tout ce qu’il a eu. Saison compliquée au PSG, […] sa blessure (en finale de Ligue des champions), même s’il a bien récupéré. Mais il y a la fatigue psychologique aussi. » Le Ballon d’or est-il finalement un fardeau, lorsqu’on évolue sous le maillot bleu ? Pour rappel, Karim Benzema n’est, à ce jour, jamais réapparu en sélection après son sacre d’octobre 2022.
France-Irak : une Phil’ d’attentesPar Jérémie Baron, aux États-Unis











































