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Grégory Poirier : « Dembélé correspond moins au jeu de Deschamps  »

Propos recueillis par Clément Gavard
7' 7 minutes
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Ancien coach du Red Star, qu’il a mené en barrages cette saison, Grégory Poirier apporte son éclairage tactique après les matchs de l’équipe de France dans cette Coupe du monde. Après le succès contre le Sénégal, le technicien analyse les deux visages des Bleus contre les Lions de la Teranga.

Les Bleus ont montré deux visages bien différents contre le Sénégal. Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné pour l’équipe de France sur la première période ?

Le jeu de position et l’animation offensive ont été défaillants. C’est surtout cela qu’ils ont réglé en deuxième période. En première, il y avait trop de joueurs qui venaient au ballon. Autant lors des 5-6 premières minutes, j’étais assez enthousiaste, quand Koundé rentrait à l’intérieur, Mané était très gêné sur le joueur à charger entre lui et Olise. Les Bleus se sont impatientés, ils avaient peut-être besoin de rentrer dans leur compétition, de se rassurer. Tous les joueurs offensifs sont venus créer du surnombre en bas, alors qu’il n’y avait pas une grosse ligne de pression en face. Il aurait fallu des positions beaucoup plus hautes… On a vu Olise venir chercher les ballons très bas à un moment, ça manquait de joueurs entre les lignes en haut pour poser des problèmes au Sénégal, donc il forçait les passes de temps en temps et il n’y avait pas les appels de sacrifices dans les demi-espaces ou la profondeur pour trouver des déplacements de jeu et des passes obliques. Dembélé était deuxième attaquant plutôt que troisième milieu, donc on n’avait pas de numéro 10 ni de troisième milieu. Finalement, l’équipe avait une maîtrise stérile et basse.

La connexion entre Olise et Mbappé va être énorme pendant cette Coupe du monde, mais il faut la garder axiale : le pied gauche d’Olise et la profondeur de Mbappé.

Grégory Poirier

Durant ces 45 minutes, les quatre offensifs ont touché un ballon dans la surface adverse. Ce sont eux qui n’ont pas fait ce qu’il fallait ou c’est lié à l’animation de l’équipe ? 

Les deux. On sait que l’animation offensive de la France, elle est surtout performante quand il y a des espaces créés par l’adversaire. Vous en aurez toujours moins sur un début de match contre un bloc rigoureux, organisé et pas fatigué. Dans tous les matchs de l’équipe de France, l’animation offensive est moyenne en début de partie. Deschamps ne privilégie pas un jeu de position pour trouver des décalages, il laisse un peu faire une succession d’actions individuelles. On peut le lui reprocher, mais ça a l’avantage d’être très équilibré et de ne pas prendre de but bête, même si ça aurait pu arriver sur une perte de Saliba. Il sait qu’au fil du match, ça va s’ouvrir, c’est sa façon de construire ses rencontres. Ils n’ont pas un cadre précis sur le jeu de position, mais ils ont aussi été impatients. C’est ce que Deschamps a réglé à la pause.

Qu’est-ce que son équipe a changé autrement au niveau tactique sur la seconde période ? On pense forcément au décalage d’Olise dans l’axe. 

Olise est un joueur qui a une culture de la passe, ça lui a offert beaucoup plus d’angles de passes. En première période, il rentrait un peu intérieur pour Koundé, qui n’est pas un animateur. On a finalement vu une bonne connexion entre Olise et Mbappé. Il faut la garder axiale, cette connexion, elle va être énorme pendant cette Coupe du monde : le pied gauche d’Olise et la profondeur de Mbappé. Après, c’est embêtant parce qu’il y a le Ballon d’or dans le chantier et il faut trouver une solution pour lui. Le changement collectif, c’est surtout d’avoir mieux occupé le terrain sur la largeur avec les cinq couloirs de jeu et des joueurs restés dans leurs positions hautes.

 

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Après ce match, le 4-2-3-1 reste-t-il fragile pour cette équipe de France ? 

Je suis convaincu que c’est le bon système. Il ne faut pas non plus oublier le banc, à l’image de l’entrée de Barcola, même si j’ai des doutes sur la capacité de Cherki à arriver dans un match quand tout se passe bien. Le 4-2-3-1, c’est le meilleur système, mais avec deux enseignements : Olise dans l’axe et avoir de meilleurs repères dans nos attaques placées pour trouver plus de décalages face à un adversaire bien organisé. Deschamps a trouvé quelques complémentarités aujourd’hui et on aura sans doute Olise en 10 au prochain match.

En France, on analyse ce match par le prisme français, mais quel rôle a joué le Sénégal dans les deux visages français ? 

C’est une très bonne question parce qu’il ne faut pas oublier le rapport de force. Le Sénégal a presque manqué de confiance, il faut être tueur quand on joue contre l’équipe de France. Ils n’y ont pas assez cru. L’adversaire a aussi mis beaucoup d’énergie sur les prises à deux, les deuxièmes ballons et les duels, mais les espaces s’ouvrent au fil du match et de la répétition des situations. C’est en deuxième période que le Sénégal aurait dû faire preuve de beaucoup plus de rigueur et de concentration. Ils manquent un peu de constance sur un match entier, même si ça ne se joue pas à grand-chose sur le poteau… Sur ces tournois, je fais aussi toujours attention à la confiance des attaquants : Jackson ne marque pas et Mbappé la prend tout de suite.

Mbappé correspond beaucoup plus au profil d’un entraîneur comme Deschamps que Luis Enrique.

Grégory Poirier

Mbappé a encore été décisif en Coupe du monde, dans un moment où la question de son utilisation est omniprésente. Son registre, ça doit être de prendre la profondeur plutôt que de trop toucher le ballon ?

Sa force, c’est la profondeur. Après, il ne faut jamais oublier qu’un joueur a besoin de toucher des ballons pour garder son rapport avec la balle et de la confiance. Maintenant, je suis convaincu que Mbappé correspond beaucoup plus au profil d’un entraîneur comme Deschamps que Luis Enrique. Il ne va pas avoir à presser tout le temps, il va attendre les espaces laissés par l’adversaire et ça correspond à un bloc médian. En revanche, dans un jeu de position comme pouvait le demander Luis Enrique avec une réactivité à la perte, ce n’est pas ce qu’il affectionne, à l’inverse de Dembélé. Lui correspond à fond à ce jeu, il a des ancrages très forts, alors qu’attendre des espaces, ce n’est pas son truc, il correspond moins au jeu de Deschamps. Luis Enrique, c’est provoquer les erreurs, en mode pression et dans la création de supériorité, c’est un football complètement différent. Alors oui, pour Mbappé, il faut qu’il reste dans son registre, mais dans cette configuration de jeu, c’est le meilleur joueur du monde.

Avec le confort d’une victoire pour son entrée en lice, quels sont les points que l’équipe de France doit travailler pour la suite de sa compétition ?

La tournure des évènements lors de ce premier match, c’est très positif. Deschamps, il faut qu’il fasse du Deschamps. Il ne faut surtout pas qu’il invente, il a été très loin dans chaque compétition. En tant que spectateur, on veut toujours plus de liens et de jeux combinés, mais la force de l’équipe de France, c’est que c’est une machine à gagner. Ce qu’il peut faire, c’est jouer sur la confiance de Barcola, Doué, Mbappé. Il sera aussi important de garder tout le monde concerné, à savoir être vigilant que Cherki et Dembélé soient toujours enthousiastes et investis, cela va compter sur la durée du tournoi. C’est une grosse gestion managériale. Enfin, c’est peut-être aussi voir l’amélioration des latéraux. La première période, on avait des doubles largeurs, mais il n’y a eu qu’un seul dédoublement à la 43e minute et il y a eu très peu de prises de demi-espaces. Hernandez a essayé de trouver le long de la ligne, mais ça n’a pas marché. Koundé, c’est toujours un central à droite, tant qu’il faut aller chercher le score, ça peut être dur dans l’animation des couloirs. Si tu regardes bien, à part Olise et Rabiot, on avait beaucoup de droitiers dans le jeu entre Saliba, Upamecano, Tchouaméni et ça ouvre les épaules, donc tout le monde joue un peu plus à droite et on n’a pas assez trouvé Doué en première période. Le jeu sur les côtés peut être beaucoup mieux, on a trop cherché de joueurs à l’intérieur.

France-Sénégal : les téléspectateurs étaient au rendez-vous

Propos recueillis par Clément Gavard

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