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- France-Sénégal (3-1)
Michael Olise, dix de retrouvé

Objet de curiosité médiatique depuis l’arrivée de l’équipe de France aux États-Unis, Michael Olise est ressorti de la victoire des Bleus face au Sénégal (3-1) avec un trophée d’homme du match et la gueule de celui qui tient les clefs du camion.
La faune du Loch Ness, la carrière de Mickaël Vendetta, les pierres de Carnac, les statues de Pâques, la Zone 51, la famille Méchinaud, la pyramide de Gizeh, la brouille entre Simon et Garfunkel, l’Atlantide, l’assassinat de JFK, les lignes de Nazca et la mort d’Alexandre le Grand ont tous un point commun avec Michael Olise : ce sont des mystères non résolus à ce jour. C’est un drôle de bonhomme avec une drôle d’attitude comme le foot en fait peu, suivi d’autant d’admirateurs que de questions, et dont la discrétion hors-terrain contraste avec l’évidence de lecture de son talent sur la pelouse.
Mardi encore, au MetLife Stadium d’East Rutherford, le Franco-Britannique fut l’alpha et l’oméga d’une équipe de France à deux visages, barbante à en crever en première période, unifié en seconde une fois qu’il fut replacé en position théorique de 10, dans une volonté « d’apporter du liant », dira Didier Deschamps en conférence de presse d’après-match. Entre les lignes, on comprit aussi dans ses mots que l’enjeu avait peut-être saisi le joueur du Bayern Munich au moment de jouer le premier match de sa vie en Coupe du monde, pression qu’un coup de gueule dans les vestiaires à la mi-temps a envoyé valser, et qu’il n’était par conséquent pas si indifférent à ce qui l’entoure que le récit qui est fait de lui.
Un suppo et Olise
« Pour Michael, pouvoir se mettre entre les deux lignes, défense et milieu, lui permet de trouver les attaquants avec ses prises de balle et sa qualité de passe, détaillait Deschamps en conférence de presse. Plus il touche de ballons, mieux c’est. » Replacé en meneur de jeu, il a terminé la rencontre avec deux passes décisives, aurait pu en glisser une troisième ou ajouter un but, mais surtout 93% de ses 27 passes réalisées dans le dernier tiers du terrain réussies, un chiffre de brute épaisse.
Olise est quelqu’un d’un peu plus discret, mais quel joueur, franchement…
Il n’y en avait ainsi tellement que pour lui en après-match que question fut posée à Pape Thiaw de savoir ce qu’il avait pensé de la comète en la voyant passer près de son banc. Réponse laconique : « Quand ils se sont mis entre les lignes, on n’a pas su garder l’équilibre ». Ce qui signifie deux choses : 1) Olise personnifie désormais l’équipe de France – « ils », pour le désigner « lui » ; 2) ce type-là vous change une rencontre à lui tout seul. La mauvaise nouvelle rejoignant la bonne : relativement nouveau dans le groupe France (sa première sélection remonte au 29 août 2024, quand il était un jeune homme plus vert encore), son influence en construction dans le collectif Bleu confère aussi à cette équipe un avantage conséquent sur des adversaires qui ne savent pas comment maîtriser le garçon, étant donné que lui-même n’est encore totalement sûr de comment devoir jouer.

La prestation face au Sénégal s’inscrit dans un contexte global de grand questionnement sur Olise, le joueur, et Michael, l’homme. Ce fut le refrain de toute cette semaine en conférences de presse, dans le grand bal des questions de gratte-papiers désireux de remplir leurs canards avec quelque chose de nouveau. Comment se renseigner sur quelqu’un d’inactif sur ses réseaux sociaux, imperméable aux appels du pied du Real Madrid et des sponsors ? Alors chacun tenta sa chance, tantôt auprès de Lucas Hernandez, Manu Koné, Warren Zaïre-Emery ou N’Golo Kanté. En substance, ça donnait : « Michael Olise est un joueur que l’on connaît peu, très discret, comment pouvez-vous nous le décrire ? » À deux doigts de la bouteille à la mer.
Le préposé à l’exercice remplissait alors sa tâche avec application, « à la Olise », dirions-nous, à savoir en peu de mots, comme si eux-mêmes apprenaient encore à connaître l’animal, dont Deschamps avait dit de ses deux premières sélections en A qu’elles furent frappantes de discrétion et de timidité. « Olise est quelqu’un d’un peu plus discret, mais quel joueur, franchement… » (Hernandez) ; « Olise ne célèbre pas, c’est sa façon d’être. Mais c’est quelqu’un de très jovial qui aime faire des blagues. Il est très calme. » (Manu Koné) ; « Une personnalité vraiment atypique » (Mbappé) ; « Il aime être tout seul » (Cherki). Le plus à même de dévoiler une partie de la vérité de Michael Olise eut été Jean-Philippe Mateta, attaquant français qui évolua le plus longtemps avec le bonhomme à Crystal Palace, mais sa réponse, dépourvue de développement, ne permit pas d’en apprendre davantage qu’il « prenait toujours les bonnes décisions », un refrain répété par Mbappé en zone mixte, qui louait la « facilité » d’évoluer à ses côtés : « Il a toujours la tête levée […] donc je savais qu’il allait me voir à chaque fois que j’allais faire des mouvements. »
« On dirait un mec de l’e-sport »
Il faut de tout pour un groupe, cette mini-société mouvante, colérique et bienheureuse, où l’on vit aux entraînements ouverts au public le caractère léger de Rayan Cherki, de même que l’importance relationnelle de Lucas Hernandez et Ousmane Dembélé, loin des clans qui avaient marqué l’Euro 2020, comme le confiait Mbappé en début de semaine au Parisien. À ce titre, le caractère de Michael Olise semble se rapprocher de la tempérance de N’Golo Kanté, le genre de personnalités autour desquelles se soudent les équipes saines, mais fracassés par les collectifs viciés (Gourcuff en 2010). Une partition comme celle livrée au MetLife ne peut qu’être bon signe pour la « vie de groupe », tandis que son français perfectible s’améliore de vidéo de la FFF en vidéo de la FFF, à la vitesse de croisière à laquelle il nous a désormais habitués à sauter les étapes, comme les pur-sang au Jeux olympiques.
C’est un joueur que je qualifierais de discret plutôt que nonchalant. Disons que Mbappé, c’est plus facile de le détester.
En Amérique, à la sortie de l’arène d’East Rutherford, plusieurs supporters français se pâmaient d’ailleurs sur la prestation rayonnante du Munichois – laquelle, de facto, condamne Dembélé à l’aile – qualifiée par Jérémie, 36 ans de « soyeuses et hyper efficace ». Parce que la cote d’amour d’une équipe tient aussi à ce qu’elle donne à voir d’elle-même et, dans le meilleur des cas, l’impression d’être composée de types biens (l’énorme différence entre les effectifs 2022-2023 et 2024-2025 du PSG), le cru Bleus 2026 semble être un millésime d’hommes que l’on aime aimer. « C’est un joueur que je qualifierais de discret plutôt que nonchalant, estimait Mathéo, 21 ans, sur le parvis du stade, et qui ne fait pas parler de lui dans le négatif. Disons que Mbappé, c’est plus facile de le détester. » « On dirait un mec de l’esport, tellement timide qu’il n’aime pas parler en public, ajoute Maxence, 40 berges. Il me rappelle beaucoup Kevin Durant, ‘I love ma mama’, le mec jamais sur un yacht, jamais en boîte. » Les supporters français, en recherche permanente de chouchous et d’hommes auxquels s’identifier, auront sans doute des facilités à se projeter sur un profil comme le sien, comme il était facile de se retrouver dans la légèreté et l’ouverture d’Antoine Griezmann. Deux styles, deux ambiances : dans les sous-sols du Metlife Stadium, après avoir montré sa gueule au monde et avant de monter dans le bus des Français, on vit passer Olise avec sa capuche, sans un sourire, et ça provoqua le nôtre.

Par Théo Denmat, au Metflife Stadium (East Rutherford)











































