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Une France en mode diesel croque le Sénégal

Par Théo Denmat, au Metflife Stadium (New-York)
6' 6 minutes
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Une France en mode diesel croque le Sénégal

Après une première période abominable, l’équipe de France a changé de visage pour réussir son entrée en matière contre le Sénégal (3-1), dans le New Jersey. Kylian Mbappé a lancé sa Coupe du monde en dépassant Olivier Giroud (et Just Fontaine) et les Bleus se rapprochent déjà des seizièmes de finale.

   France 3-1 Sénégal

Buts : Mbappé (66e et 90e+6) et Barcola (82e) pour la France // Mbaye (90e+5) pour le Sénégal

Comme d’habitude, l’équipe de France a proposé une immonde entrée en lice dans une compétition internationale. Il y avait à peu près tout ce qu’il ne devait pas y avoir et que l’on redoutait pourtant tellement, Mbappé brouillon, Dembélé maladroit, Doué invisible, Olise sur le terrain comme dans la vie : timide. On se dirigeait avec certitude vers ce que la presse aime appeler une crise de confiance, et les joueurs un petit bordel : et puis, soudain, aussi soudainement qu’on replace le roi au cœur et que les cavaliers se déploient sur un échiquier, les Bleus se sont mis à jouer. Difficile de dire ce qui en fut le plus à l’origine, du positionnement plus haut d’Olise à la prise à un probable déclic mental dans les vestiaires de la mi-temps. Mais ce fut aussi brusque que beau et rassurant, et les trois buts de ce soir ont de quoi faire naître l’espoir que cette équipe-ci, avec les bons hommes aux bons endroits, n’est pas si loin de sa vérité et d’un équilibre offensif ; la clef de son histoire en Amérique.

Coupe d’immonde

Ainsi donc, nous y voilà : début d’après-midi outre-Atlantique, Times Square est à quelques kilomètres, on verrait presque l’Empire State Building depuis les plus hauts gradins du vertigineux MetLife Stadium, 80 000 places de démesure où France et Sénégal effectuent ce mardi une rentrée des classes comme il en arrive tous les quatre ans, avec la pression de bien faire, celle d’être à la hauteur, de rendre « fier le pays », pour reprendre les mots de Lucas Hernandez en conférence de presse. Une prise de température qui valait bien de balancer Le Chasseur de Michel Delpech dans les enceintes du stade quelques minutes avant le début de la rencontre, alors que les Bleus formaient déjà un cercle de parole, bras dessus, bras dessous, chanson que l’on prit comme un clin d’œil alors que la semaine fut rythmée par les questions sur le coup de fusil que fut cette entame de Mondial 2002 ratée par les Bleus face au même adversaire. Cette fois-ci seulement, le chasseur et le chassé sont probablement plus difficiles à distinguer. Les compositions sont classiques, la météo clémente, la pelouse clairsemée. Les ambitions dans le jeu aussi.

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Puisque la chasse est d’abord une question de camouflage, il faut tirer son chapeau au schéma français, parfaitement masqué en première période. Doué est le seul à justement coller à sa ligne de touche, ce qui le rend trop esseulé, Olise est timide, Tchouaméni trop mécanique, Hernandez sans jus… l’armada offensive française est planquée dans les hautes herbes avec des fougères qui lui tombent sur la gueule, à l’exception notable d’un Dembélé volontaire – il était, à l’échauffement, particulièrement agité – mais maladroit sur cette passe mal dosée pour Mbappé lancé en profondeur (14e), cette frappe de loin (18e), ou ce qui aurait dû être une balle de contre-attaque pour Désiré Doué (45e+2).

Le contrôle du champ de bataille est bleu, mais le Sénégal a le tranchant plus affûté, en particulier Ismaïla Sarr et Nicolas Jackson, qui offre sa première suée de la compétition aux trois cents kilos de muscles d’Upamecano et à Mike Maignan, lequel manque de se shooter dans le pied après une frappe sur le premier poteau (24e). Saliba hurle ses consignes, le milieu manque de repères et d’idées, le jeu d’air et les ailes de vent. En face, on avait presque oublié qu’ils étaient surnommés les Lions : Ismaïla Sarr loupe un but tout fait après un bon débordement côté gauche de Sadio Mané, et l’on se dit que dans la palanquée de purges offertes par les Bleus de Deschamps en ouverture de compétitions internationales, celle-là se place pour l’instant comme la plus inquiétante.

Olise sous magie, Mbappé sous Coupe du monde

Et puis, parce que Deschamps est un coach qui coache, que la mi-temps est parfois l’occasion de sortir la chevrotine et Olise un formidable joueur, la deuxième mi-temps nous a offert tout ce que la première avait retenu. C’est comme si les Bleus se secouaient enfin les plumes, et que le meneur de jeu du Bayern Munich, plus haut sur le terrain, était enfin en position de balancer les caramels et distribuer les chouchous. Il faudra s’y reprendre à quatre fois pour trouver la faille, Mbappé trouvant d’abord cette perdrix de Mendy sur sa route (52e), avant de se voir justement refuser un penalty après consultation de la VAR (57e) et qu’il n’ait le pied trop court (63e). Peu après l’heure de jeu, la France se détache enfin, récompensant un deuxième acte plein d’un allant retrouvé et d’un potentiel offensif enfin salivant (1-0, 66e).

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Alors voilà, il suffisait peut-être de ça pour débloquer le canon, rendre le doigt plus léger sur la gâchette. Libérés d’une pression qui semblait peser sur leurs épaules, les Bleus survolent à partir de là une deuxième période à sens unique. Même Barcola, pourtant si maladroit devant le but en cette fin de saison avec le PSG, trouve l’ouverture d’un piqué de faucon (2-0, 81e), histoire de donner quelques certitudes au sélectionneur sur les capacités de ses deuxièmes lignes.

Comme l’instant était à la fête, on a fait rentrer Rayan Cherki, les lignes se sont distandues, et Ibrahima Mbaye a inscrit le but du 2-1 si utile à Didier Deschamps pour rappeler à tout le monde qu’un instant de relâchement se paye cash (2-1, 90e+5). La fin de match fut une apothéose pour le spectateur désintéressé : un coup de canon de Mbappé alors que le ralenti de la réduction du score était encore en train de tourner sur les écrans du stade (3-1, 90e+6), et une cagade évitée par Maignan à quelques centimètres près. L’homme du match s’appelle Michael Olise, Mbappé est désormais le meilleur buteur de l’histoire de Bleus, et sa prestation de grand chasseur de but l’a probablement soulagé autant que nous. C’est Michel Delpech qui sera content.


   France (4-2-3-1) : Maignan – T.Hernandez, Saliba, Upamecano, Koundé – Rabiot, Tchouaméni – Olise, Dembélé (Barcola, 80e), Doué (Cherki, 87e) – Mbappé. Sélectionneur : Didier Deschamps.

   Sénégal (4-3-3) : Mendy – Diouf, Niakhaté, Koulibaly, Diatta – Camara (Diarra, 75e), I.Gueye (Ciss, 88e), P.Gueye (Ndiaye, 84e) – Mané, Sarr (Mbaye, 75e), Jackson (Dieng, 84e). Sélectionneur : Pape Thiaw.

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