Dans une finale cadenassée à triple tour et rendue irrespirable par l’agressivité argentine, c’est l’Espagne qui décroche sa deuxième étoile mondiale grâce à un but de Ferran Torres en prolongation. Avec 20 tirs à 2, et à 11 contre 10, c’est la moindre des choses.
Espagne 1-0 (AP) Argentine
But : Ferran Torres (106e) pour la Roja
Expulsion : Enzo Fernández (90e+3) pour l’Albiceleste
Cent six minutes passées à se prendre en pleine face le mur argentin, mais surtout sa propre insuffisance. Cent six minutes passées à proposer un football que son vis-à-vis a refusé, systématiquement. Il y avait deux équipes sur l’affiche, mais une seule sur la pelouse, ce dimanche, pour l’ultime et plus important match de cette aberrante Coupe du monde 2026. L’Espagne a tiré, tiré, tiré, patienté, souffert presque autant qu’elle a fait souffrir son adversaire, et puisqu’elle voulait la bagarre, l’Argentine a eu la bagarre. Nico Williams a envoyé bouler Nahuel Molina, Ferran Torres a flairé le bon filon, et c’est d’une frappe sourde, bête et méchante qu’il a vaincu Dibu Martínez, enfin (1-0).
Voilà comme s’est écrite, à New York, une nouvelle page de l’histoire de la Roja, deux ans après la victoire de cette même génération à l’Euro, et seize après la reprise d’Andrés Iniesta, déjà après une interminable finale, à Johannesbourg. L’Argentine n’a pas tenté de frappe avant les deux heures de jeu, Lionel Messi n’a touché qu’une quarantaine de ballons avant l’ouverture du score, et la Pulga n’aura pas de deuxième médaille d’or autour du cou au moment de tirer sa révérence. On dirait bien que le foot a gagné, cette fois-ci.
Madonna, Trump et Enzo Fernández
Mais d’abord, si on commençait par la seule chose qui intéressait les locaux, cet après-midi ? Au milieu du milieu du temps réglementaire de cette partie, puisque personne ne s’était encore décidé à tout faire péter, il y eut ce qu’aucune finale de Coupe du monde n’avait encore jamais connu, mais ce que le Super Bowl offre tous les ans : un half time show, au sens américain du terme, avec tout ce que cela implique. Le terrain recouvert d’un patchwork de mauvais goût, les 67 balais de Madonna pilotés par R9 et Ronnie, puis les sept beaux gosses de BTS, Justin Bieber et sa guitare featuring Ted Lasso, Shakira, Burna Boy et leur banger de l’été, avant Pelé ressuscité, des enfants qui sautent, du bleu, du jaune, du rouge, et un feu d’artifice à 16h13, à mi-parcours d’une finale de Coupe du monde pas encore débloquée, donc. Ça valait bien les 27 minutes et 24 secondes d’entracte, ou les 20 000 euros que certains audacieux avaient laissés tomber dans le panier billetterie pour assister à ce (faux ?) choc au sommet.
Auparavant, sous un soleil à faire fondre vos appareils électroniques — pardon pour les trous dans ce compte rendu — et après Post Malone et IShowSpeed, on a d’abord cru, naïvement, qu’on assisterait à du sport, et que Dani Olmo, Rodri et tous les autres allaient pouvoir se frotter à quelque chose de cordial. Le jeu si sévère et cruel des hommes de Luis de la Fuente s’est doucement mis en place, Lamine Yamal, contré par les deux Martinez, a débuté sa prestation de tête à claque (3e), frustré le reste du match par Nicolás Tagliafico et Nicolás González – pas plus habiles, mais forcément plus malins que Lucas Digne – mais surtout sa fatuité.
L’Argentine, déjà chauffée à blanc, a tout de même envoyé quelques ouvertures pour permettre à Unai Simón de briller par son sens de l’anticipation. Pendant ce temps, les stars ont défilé à l’écran, tellement qu’en s’amusant à les lister, on s’embarquait dans une mission impossible : il y avait pêle-mêle du Pharrell, Anya Taylor-Joy, Adrien Brody, Chalamet & Kylie, Matt Damon, Serena Williams, Wemby, Rihanna & ASAP Rocky, Jay-Z et Beyoncé, Carlos Alcaraz, mais aussi, évidemment, Zinédine Zidane. Trump, lui, se laissait deviner, derrière une grosse vitre en gradins. Et puis, déjà, on aurait pu se dire que l’après-midi allait être longue, en voyant Oyarzabal (39e) et Cucurella (42e) écraser.
Dibu, côté pile
La suite, après ces 27 minutes et 24 secondes, on peut se l’imaginer à travers les yeux de Dibu Martinez. L’ami de Randal Kolo Muani a parfois perdu le fil de sa finale, à contresens de celle d’il y a quatre ans, mais s’est montré tout heureux de voir les tentatives espagnoles lui tomber dans le bec, inlassablement (20 tirs espagnols, 12 dans la cible). En revanche, à la fin du temps réglementaire, juste après le bête deuxième carton jaune reçu par le tout aussi bête Enzo Fernández (90e+3), lorsque Leandro Paredes a ponctué son entrée d’équarrisseur par une faute aux 20 mètres sur Ferran Torres, il fallait avoir les cannes pour aller chercher l’enroulé de Yamal (90e+4). Même chose après les trois coups de sifflet, quand une caresse de Pedri, toujours aussi délicieux, a trouvé Nico Williams (94e).
Face à une escouade qui n’allait de toute façon pas proposer moins de jeu à dix qu’à onze (25 fautes argentines, du jamais-vu dans un Mondial depuis… les 26 fautes de l’Albiceleste en finale 2022, évidemment) la sérénité affichée tant bien que mal par les Espingouins commençait à s’étioler, et on savait malgré tout – c’est bien le pire – que l’Albiceleste, comme d’habitude, était capable de le faire : avant les tirs au but, ou pendant. 90e+6 : les bières ont volé pour rien, dans les tribunes rouge et jaune, quand Williams s’est vu refuser une ouverture du score Merinesque, pour une « faute» quelque part au milieu des coups de billard. Heureusement pour les soiffards, il restait quelques pintes à vider, une mi-temps de prolongation plus tard, lorsque le frère d’Iñaki a poussé le cuir, de la tête, à Ferran (1-0, 106e), déclarant trop tard le début du match du champion sortant, cette fois-ci incapable de faire naître un nouveau miracle. D’un Torres, celui de 2008, à l’autre, celui de 2026, se déplie désormais une bonne partie du palmarès espagnol : en moins de 20 ans, la Roja a pris trois Championnats d’Europe, et deux Coupes du monde.
Espagne (4-2-3-1) : Simon – Porro, Cubarsí, Laporte (E. García, 99e), Cucurella – Rodri (Zubimendi, 99e), Ruiz (Pedri, 62e) – Yamal, Olmo (Merino, 75e), Baena (Williams, 75e) – Oyarzabal (Torres, 62e). Sélectionneur : Luis de la Fuente.
Argentine (4-4-2) : E. Martínez – Montiel (Molina, 58e), Romero (Medina, 70e), L. Martínez (Otamendi, 44e), Tagliafico – De Paul (Simeone, 70e), Mac Allister, E. Fernández, González (Paredes, 46e) – Álvarez (Senesi, 102e), Messi. Sélectionneur : Lionel Scaloni.
Les grands récits de Society: Sur les traces du trésor perdu de Daech
Les grands récits de Society: Sur les traces du trésor perdu de Daech
Jusqu’à la fin de son califat, l’État islamique était l’organisation terroriste la plus riche du monde. Depuis qu’il a été chassé, on se bouscule pour retrouver le supposé trésor qu’il aurait dissimulé quelque part en Syrie ou en Irak. Suivez-nous à sa recherche.