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- France-Espagne (0-2)
Lucas Digne, gare aux angles morts

L’une des images de la débâcle française face à l’Espagne (0-2) restera ce low kick de Lucas Digne dans le buffet de Lamine Yamal, premier tournant d’une partie qui n’aura jamais souri aux Bleus. Triste, pour un soldat qui vit une drôle de semaine, et que l’on n’est pas sûr de revoir à tel niveau.
L’idée a-t-elle effleuré l’esprit (de moins en moins) rigide de Didier Deschamps ? Faire rasseoir Lucas Digne, solide propriétaire du couloir gauche des Bleus, pour remettre au goût du jour Theo Hernández et proposer au cow-boy Lamine Yamal 90 minutes de rodéo ? Le folklore texan n’est pas monté à la tête du sélectionneur, qui est resté droit dans ses santiags au moment de coucher les onze hommes appelés à faire briller la France en ce 14 juillet. Il y avait en face celle qui s’érige en bête noire du pays depuis deux ans, l’Espagne, dans le cadre étouffant d’une demi-finale de Coupe du monde. Pas sorti du banc en 2016, laissé de côté lors des aventures suivantes (2018, 2022, 2024), l’actuel joueur d’Aston Villa disputait sans nul doute, à 32 ans, le match le plus important d’une carrière loin d’être immonde.
La semaine du blondinet était déjà bien chargée avant même ce mardi après-midi – mardi soir, pour le lecteur. Lundi, on apprenait, via plusieurs médias (L’Équipe, RMC Sport), que son retour au Paris Saint-Germain était en train de se ficeler – probablement une bonne pioche, au passage, pour backup le fragile Nuno Mendes – alors que Digne trottinait au même moment sur la pelouse de la Southern Methodist University, avec ses 22 copains, pour un dernier rodage avant la demie. Le genre de situation qui n’est pas inédite, dans une Coupe du monde, Ibrahima Konaté ayant par exemple été officialisé au Real Madrid entre deux matchs de poule, quelques semaines plus tôt – même si ce deal-là avait, a priori, déjà été acté avant le départ pour les Amériques –, mais le genre de situation que Deschamps aime toujours éviter : « Je dis à tout le monde qu’une fois que la Coupe du monde aura commencé, il ne faudra plus penser à autre chose », déclamait-il à la Gazzetta dello Sport début juin.
Ce sont des faits de jeu, c’est le football. À la mi-temps, on était tous ensemble.
Mais ne faisons pas de lien farfelu, revenons-en au ballon et à ce qui nous intéresse : cette 20e minute, à Arlington, alors que l’équipe de France n’avait pas encore sombré face à la future championne du monde. A-t-on parlé à Lucas Digne ? Avait-il le temps de prendre l’information ? Quoi qu’il en soit, ce coup de pied bas – involontaire, comme la majorité des fautes sifflées dans une surface de réparation – envoyé à un Yamal lancé et parfaitement vicelard a précipité la chute d’une équipe que l’on pensait intouchable, et symbolisé le pénible moment vécu par nos Tricolores : impuissants, dépassés, méconnaissables. La tâche était cruelle, face à un Yamal qui avait des choses à prouver, des bocas à fermer, des phrases à assumer, une hégémonie à faire perdurer (face à l’équipe de France, face à Kylian Mbappé) et un tableau statistique à déverrouiller. Bref, une légende à écrire.

Didier Deschamps, la France savaient que partir avec Digne, c’était partir avec un bagage certain, et des lacunes certaines. Jusqu’ici, le bonhomme avait tenu la route, mais avait-il vraiment été challengé ? Ce mardi, on s’imaginait à peu près comment ça se passerait, et on croisait surtout les doigts pour ne pas tomber sur un Lamine des grands soirs. Ce dernier ne fut ni époustouflant ni décevant, mais ce fut suffisant face à un Digne qui sera passé à côté de son rendez-vous, sans ballon (le Catalan s’est aussi payé son vis-à-vis sur le but de 3-0, refusé pour quelques millimètres), avec ballon (Digne était malheureusement sorti, à un quart d’heure du terme, pour tirer le coup franc à la place de Kyks).
Le penalty a-t-il plombé notre homme ? « Ce sont des faits de jeu, c’est le football. On se doit de l’emmener avec nous, il se doit d’être avec nous. À la mi-temps, on était tous ensemble », a sèchement lâché Rayan Cherki lorsqu’on lui a posé la question. « Ce sont des choses qui peuvent arriver, même si je pense que le penalty est à revoir », a de son côté osé Maxence Lacroix, solidaire de son partenaire d’arrière-garde. La défaite n’est pas (que) pour lui : elle est pour Dédé, pour ce trio magique qui a fait pschitt, pour ce milieu de terrain piétiné, pour cette équipe trop pleine de (fausses ?) certitudes. Dans tout ça, il y aura donc eu cette entrée de Theo Hernández pleine de testostérone, quand tout était déjà trop tard et que Yamal avait assez donné, pour rendre la performance de son concurrent encore un peu plus écœurante. Désormais, en club comme en sélection, c’est un retour à la maison qui attend Lucas.
France-Espagne n’a pas fait que des déçusPar Jérémie Baron, au AT&T Stadium de Dallas






































