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CAN 2025 : une défaite pour tout le monde

Par Nicolas Kssis-Martov
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CAN 2025 : une défaite pour tout le monde

Le jury d’appel de la CAF a rendu son verdict et attribué in fine la CAN 2025 au Maroc. La nouvelle a jeté ce mardi soir un froid incompréhensible dans le petit monde du ballon rond. Et cette décision ne va satisfaire ni rendre service à personne.

La finale de la dernière CAN à Rabat avait laissé un souvenir amer. Cette compétition devait consacrer la modernité et le sérieux du foot africain, asseoir le statut du royaume chérifien dans le concert des nations et, si possible, calmer la colère de la gen Z sur place. À la place, un capharnaüm sans nom, des suspicions de favoritisme, un arbitre dépassé et abandonné par les officiels, des bagarres en tribune et une sélection sénégalaise qui quitte le terrain avant de revenir l’emporter. La séquence signait un immense gâchis et entachait définitivement ce qui aurait dû être la « plus belle édition de tous les temps ». Justement, le temps passe vite, et nous pensions le dossier clos, les yeux désormais, notamment marocains, rivés vers le Mondial (qui s’annonce, lui aussi, pour le moins problématique aux USA).

Le chaos deux mois plus tard

C’était compter sans le sens du timing de la bureaucratie de la CAF et le génie de son actuel président, le Sud-Africain Patrice Motsepe, espèce de clone de Gianni Infantino (le big boss de la FIFA a mis la main sur les confédérations et leurs réserves de voix pour les élections internes). De la sorte, deux mois après la fin de ce mélodrame (rappelons que le jury disciplinaire de la CAF a déjà pris des sanctions contre les deux sélections), le jury d’appel (le Maroc avait déposé un recours), estimant que le Sénégal avait abandonné le match, a accordé la victoire aux Lions de l’Atlas et le titre à la Fédération marocaine de football.

La gêne de cette dernière, perceptible dans son communiqué et sa réaction immédiate, cache difficilement un sentiment de malaise et, évidemment, la certitude que ce cadeau empoisonné ne va pas forcément redorer le blason du pays organisateur : « La FRMF prend acte de la décision rendue par la Commission d’appel de la CAF. […] La FRMF tient à rappeler que sa démarche n’a jamais eu pour objet de contester la performance sportive des équipes, mais uniquement de demander l’application du règlement. »

Une décision inique, sans précédent et inacceptable qui jette le discrédit sur le football africain.

La Fédération sénégalaise

En retour, évidemment, son vis-à-vis sénégalais a fustigé « une décision inique, sans précédent et inacceptable qui jette le discrédit sur le football africain ». Elle a enfin promis d’enclencher « une procédure d’appel devant le Tribunal arbitral du sport », situé à Lausanne, en Suisse. Plus prosaïquement, le défenseur sénégalais de l’Olympique lyonnais, Moussa Niakhaté, répondait sur ses réseaux sociaux par de belles photos célébrant le triomphe des Lions de la Teranga, en les accompagnant d’un message sans équivoque au sujet du trophée et de sa médaille de vainqueur de la compétition : « Venez les chercher. Ils sont fous, eux. » Ambiance.

Une bataille en costume cravate

Certes, l’instance du foot continental et son jury d’appel se réfugient avant tout derrière les textes. « En application de l’article 84 du règlement, l’équipe du Sénégal est déclarée forfait pour ce match, dont le résultat est enregistré sur le score de 3-0 en faveur de la FRMF. » En cause, donc, le départ d’une grande partie des joueurs sénégalais après un penalty accordé à leurs adversaires, juste après un but refusé. Nous laisserons les juristes et autres experts dans l’exégèse des diables nichés dans les détails s’écharper sur les contradictions ou la justesse de cette ligne de défense.

Le véritable problème est ailleurs. Personne n’a gagné, en fait. Si Brahim Díaz, du Real Madrid, l’auteur de la pire panenka de l’histoire, a pu sourire en apprenant la bonne nouvelle à Manchester, où son club affrontait Manchester City en Ligue des champions, de fait, quels joueurs de la sélection marocaine peuvent se sentir légitimement champions d’Afrique dans de telles conditions ? Rien n’est plus terrible qu’une victoire sur tapis vert, surtout pour un titre aussi prestigieux.

La joie du peuple marocain, grand pays de foot s’il en est, et son sentiment d’injustice ne se trouvent en aucune manière réparés. Cette compétition, qui aurait dû être en quelque sorte « leur France 98 », une fierté acquise en short et maillot, se transforme en bataille de costume cravate devant des tribunaux. Pour le reste du foot africain, l’impression, une fois encore, d’être la risée du monde, sans parler des théories du complot et autres interprétations délétères qui vont fleurir sur les réseaux sociaux. De quoi fournir la matière à l’une de ces séries africaines qui font le bonheur des chroniques de nos confrères et consœurs de RFI. Quelle tristesse…

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