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Faut-il boycotter les États-Unis pendant la Coupe du monde 2026 ?

Par Nicolas Kssis-Martov
5 minutes

Un boycott de la Coupe du monde 2026, du moins des matchs qui vont se dérouler chez l’Oncle Sam, est-il envisageable, souhaitable ou possible ? Comme pour le Qatar, aucun risque que Donald Trump, même après l’attaque américaine au Venezuela, soit privé de son Mondial.

Faut-il boycotter les États-Unis pendant la Coupe du monde 2026 ?

La FIFA va-t-elle demander à Donald Trump de rendre son prix de la paix, spécialement créé pour flatter son ego ? Évidemment, l’hypothèse semble absurde. Gianni Infantino n’a aucun problème avec le « Roi Maga », pour lequel il a su déployer son immense – et peut-être seul – talent pour la flagornerie. « Je pense que l’on devrait tous soutenir son action [de POTUS], parce qu’il s’en sort très bien », avait lâché l’Italo-Suisse lors de l’America Business Forum début novembre 2025 à Miami. Nul doute qu’il a dû envoyer un petit SMS de félicitations à son grand ami à la mèche blonde après le succès de l’opération des forces spéciales US à Caracas.

Le président de la FIFA n’avait de toute façon déjà guère de remords lors du Mondial dans la Russie de Vladimir Poutine, qui avait déjà commencé à grignoter l’Ukraine (Crimée, Donbass), sans parler du respect des libertés individuelles. Il avait même félicité le tsar judoka pour la énième « meilleure Coupe du monde jamais organisée ». Inutile de s’appesantir sur l’édition 2022 : son dévouement auprès du Qatar a été fort bien récompensé, quitte à piétiner, entre autres, les conditions de vie (ou de mort) et de travail des migrants. Quant à la situation à Gaza, pas de quoi l’empêcher de dormir du sommeil du juste. On pourrait multiplier les exemples…

L’utopie d’un boycott populaire

Ce ne sera donc ni la main basse sur le pétrole vénézuélien ni un droit international réduit à la loi du plus fort qui risque de faire naître une conscience morale, éthique ou politique au siège de la multinationale du ballon rond. Certes, à la décharge de la FIFA, les USA n’en sont pas franchement à leur première expérience du genre au sud du Rio Grande (cf l’invasion du Panama par Bush père). La question n’est pas non plus de pleurer le régime dictatorial de Nicolas Maduro – même s’il est fort cocasse de le voir arriver menottes au poing à New York, inculpé de narcotrafic, alors même que le 3 décembre était gracié, par Trump 1er, l’ex-président hondurien Juan Orlando Hernández, condamné à 45 ans de prison pour le même motif. Fallait-il libérer la cellule ?

Le monde du foot et surtout les amoureux de ce sport peuvent-ils rester indifférents ou silencieux, sans parler des États, qu’ils soient européens ou sud-américains ? Les tweets se sont multipliés pour avancer l’idée d’un boycott, du moins pour les rencontres qui se dérouleraient aux États-Unis. Car, de fait, il existe une solution de repli fort pratique sur les deux autres pays organisateurs : le Mexique et le Canada, qui après tout mériteraient de rendre la monnaie de la pièce à leur arrogant et méprisant voisin (Donald Trump n’exclut toujours pas de « frapper » le Mexique, par exemple).

Concrètement, en raison la politique de visa instauré par l’administration actuelle, les supporters de nombreux pays sont contraints à un boycott « à l’insu de leur plein gré » (Iraniens, Haïtiens, etc.). Le prix des places va aussi conduire de facto nombre de fans, y compris européens, à une forme de boycott économique. Pour le reste, nous avons pu constater en 2022 la difficulté de susciter un boycott « populaire », y compris cette fois au nom du « US go home ». Si les audiences se révèlent décevantes, ce sera certainement davantage en raison de la multiplication des matchs lors d’une Coupe à 48 équipes (et peut-être des horaires en Europe).

Le Mondial du culte de la personnalité

Il reste la décision des États. À l’instar du Qatar, personne, absolument aucune institution ni gouvernement, n’a jamais eu l’intention, ne serait-ce qu’une seconde, de retirer sa sélection nationale – au passage, de quoi renvoyer à leur juste hypocrisie les cris d’orfraie de ceux ou celles qui fustigeaient les rares esprits critiques au nom de « l’apolitisme » du sport. Vu le soutien d’Emmanuel Macron à la « libération » du peuple vénézuélien, la France ne montrera certainement pas l’exemple. Faudra-t-il, pour que l’Europe se réveille, que le Groenland soit rebaptisé « Trumpland » (qui pense que c’est impossible) ? Ou encore que Saint-Pierre-et-Miquelon passe sous pavillon yankee ? Comment réagirait l’UEFA, surtout après le précédent russe ? Le pire est qu’aujourd’hui, rien n’est impensable.

Inutile d’être naïf : aucun risque qu’une quelconque équipe manque à l’appel en juin prochain. Aucun pays ne voudra tenter le diable et vexer l’orgueil boursouflé de l’ancien copain d’Epstein. Certes, si nous suivions à la lettre les belles déclarations sur la paix et le droit international qui parsèment les communiqués aussi bien des instances du foot que de leurs dirigeants, la question mériterait d’être posée. Ce serait un beau camouflet pour la vanité du « big boss » de la Maison-Blanche. Au contraire, il existe de fortes chances que nous assistions, lors de ce Mondial, à une forme de récupération et de culte de la personnalité rarement égalée, au moins depuis les années 1930. À moins que le délire suprémaciste de Donald Trump ne l’incite à pousser son avantage. Il sera alors bien difficile de jouer au football à Mexico sous les bombes « intelligentes » ou à Vancouver pendant l’annexion du Canada comme 51e État.

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