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Ismaël Bennacer : « Je suis un joueur qui doit constamment prouver »
De retour sur les terrains après trois mois d’absence, Ismaël Bennacer s’est offert un second trophée avec l’AC Milan, en remportant la Supercoupe d’Italie face à l’Inter (3-2). Un retour clinquant de l’international algérien qui se confie sur ses six saisons à Milan, le changement de coach, Zlatan, l’Algérie et sur les échéances à venir.

Une victoire en Supercoppa face à l’Inter (3-2) après trois mois d’absence : tu ne pouvais pas espérer un meilleur retour ?
Effectivement, on est très heureux et très fiers. C’est mon deuxième titre avec le Milan et il est particulier, face à notre rival et avec un scénario incroyable. Le coach Conceição a tenu un discours fort, mais c’est une finale face à l’Inter, donc on était motivé naturellement. Même après le deuxième but qu’on prend juste après la mi-temps, on est restés déterminés. On est allé la chercher au mental. Gagner une finale de cette manière, c’est plus jouissif que de gagner 5-0, et ça montre la force mentale de cette équipe. On est dans un club où l’on travaille tous les jours pour remporter des titres. On a bien profité et célébré ce trophée, mais maintenant, on est passé à autre chose et on doit se focaliser sur ce qui arrive.
Y avait-il un esprit revanchard, après les débâcles de la saison dernière contre le voisin intériste (1-5 et 1-2) ?
Bien sûr, on avait ces défaites en tête, tout comme en Supercoupe 2023 (les Nerazzurri s’étaient imposés 3-0, NDLR). La saison dernière, ils ont écrit l’histoire chez nous, en soulevant le Scudetto après nous avoir battus, donc ça nous tenait à cœur de prendre notre revanche, avec en plus un titre à la clé. C’était impossible de perdre ce match !
Lors de ton absence, il y a eu aussi un changement de coach, Sergio Conceição prenant la suite de Paulo Fonseca. Ça n’a pas tout chamboulé ?
C’est clair que ça a été très intense. (Rires.) Mais en tant que footballeur professionnel, c’est bête à dire, mais il faut toujours rester concentré et surtout s’adapter à chaque contexte. J’ai été en convalescence pendant longtemps et je n’attendais qu’une seule chose, retrouver les terrains, peu importe la situation.
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Conceição apporte le caractère que vous semblez avoir perdu ces derniers mois ?
C’est un coach avec beaucoup de charisme, un vrai meneur d’hommes, en plus d’être un excellent tacticien. Chaque entraîneur est différent, chacun a sa méthode de travail, et à cause de ma blessure, je n’ai pas côtoyé Fonseca assez longtemps pour m’imprégner réellement de sa méthode. Mais on avait besoin d’un entraîneur comme Conceição, très dur, exigeant et qui nous pousse à nous dépasser. Il va nous faire du bien.
Je ne suis pas non plus un vieux, mais j’estime que c’est à mon tour d’aider les nouveaux, comme ont pu le faire d’autres lors de mon arrivée.
Les deux grosses blessures qui t’ont éloigné des terrains pendant ces deux dernières saisons (blessure au genou droit en mai 2023 qui l’éloignera des terrains pour six mois, puis blessure au mollet droit en septembre qui l’éloignera des terrains pour trois mois) n’ont pas trop entamé ton moral ?
C’est dur à encaisser, forcément, surtout quand tu es motivé et irréprochable dans ton hygiène de vie. Mes deux blessures ne sont pas liées à ça, donc ça me permet de ne pas me sentir fautif. Ces épreuves, même si on peut les trouver injustes, il faut les accepter, ça fait partie de la vie. Moi, j’en suis ressorti à chaque fois encore plus déterminé. Il faut travailler tellement dur pour revenir qu’on finit par se forger un mental en acier. J’ai toujours pris les choses du bon côté, et ces moments de convalescence me permettent aussi de travailler sur d’autres aspects avec les kinés que je n’aurais pas eu le temps de faire lorsque l’on joue tous les trois jours. Ces petits détails, ils peuvent faire la différence.
Comment arrives-tu à surmonter ces épreuves ?
Être bien entouré, c’est extrêmement important. Pas seulement en tant que footballeur, mais aussi et surtout en tant qu’homme. Ma famille, mes amis, ma femme m’apportent un équilibre et un soutien extrêmement précieux. Ils me permettent de garder les pieds sur terre et de relativiser. C’est important de se rappeler qu’il y a une vie en dehors du football et qu’il y a plus grave sur Terre.
Après la victoire face à la Juventus, on t’a vu tenir un discours fort au milieu de tes partenaires. C’est rare de te voir dans ce rôle de leader.
Ce n’est pas rare en vérité, je parle énormément à mes coéquipiers, mais souvent, il n’y a pas de caméra. (Rires.) Après le match, c’était important de se souder, j’ai vraiment fait ça au feeling. Si ça n’avait pas été sur le terrain, ça aurait été dans le vestiaire. Je parle toujours quand j’estime que c’est nécessaire et utile à l’équipe. À ce moment-là, c’était un moment fort où j’ai décidé de prendre mes responsabilités.
Bennacer’s speech to the Milan squad following the win against Juventus pic.twitter.com/Pf2DFk4GYI
— Milan Eye (@MilanEye) January 4, 2025
Tu es arrivé au Milan en 2019, c’est ta sixième saison au club, tu as connu les saisons de crise, mais aussi le Scudetto de 2022 et la demi-finale de Ligue des champions en 2023. Tu fais partie des meubles maintenant…
Je fais partie des cadres de l’effectif, des plus anciens du club, oui. J’ai conscience de mon statut et du poids de ce maillot. Je ne suis pas non plus un vieux (il a 27 ans, NDLR), mais j’estime que c’est à mon tour d’aider les nouveaux, comme ont pu le faire d’autres lors de mon arrivée. J’aide au maximum en transmettant les valeurs du club. Les jeunes ont une autre mentalité, une autre manière de voir le football, donc je leur apporte mon expérience et j’essaye de les conseiller sur certains choix, sur l’hygiène de vie par exemple, plein de petites choses qui peuvent faire la différence.
L’histoire du club, la culture, San Siro, l’ambiance, les tifosi, tout ça fait que c’est impossible de rester insensible. Même un joueur qui ne reste que six mois au club ne peut qu’en garder un souvenir merveilleux.
En parlant de jeunes à Milan, il y en a un envers qui les supporters ont beaucoup d’attentes : Francesco Camarda.
C’est un très bon joueur et surtout très mature alors qu’il n’a que 16 ans. Il dégage une force mentale impressionnante. Mais il est encore très jeune, il a beaucoup à apprendre et il a conscience de ça, il ne veut pas se précipiter. Je suis persuadé qu’il peut devenir le futur du Milan.
On te sent très attaché au Milan.
Quand j’étais petit, je n’avais pas forcément de club de cœur. Bon, j’ai grandi pas loin de Marseille (à Avignon, NDLR), donc j’avais forcément une attache particulière à l’OM. Mais mon grand frère était lui un grand tifosi du Milan. Alors quand je suis arrivé à Milan, je suis tout de suite tombé amoureux. L’histoire du club, la culture, San Siro, l’ambiance, les tifosi, tout ça fait que c’est impossible de rester insensible. Même un joueur qui ne reste que six mois au club ne peut qu’en garder un souvenir merveilleux. Et puis jouer devant 70 000 personnes minimum à chaque match, c’est quelque chose de fantastique. Je ne m’y habituerai jamais. Tu prends conscience que tu ne joues pas seulement pour toi, mais pour tous ces supporters. Ils sont fidèles, ils nous soutiennent et font partie intégrante de l’histoire du club.
Ton frère a fait du lobbying pro Milan à l’été 2019 ?
Non, non. (Rires.) Mon entourage a toujours respecté mes choix et n’a jamais cherché à influencer telle ou telle décision. J’ai toujours fait primer le choix sportif et j’ai considéré que l’AC Milan était le meilleur choix pour la suite de ma carrière. Et forcément, mon frère était très content de ce choix. Il ne m’a jamais poussé à signer au Milan, même si je sais qu’au fond, il n’attendait que ça ! (Rires.)
Zlatan a gardé la même exigence qu’il avait en tant que joueur. Même si son rôle est totalement différent, il sait toujours parler aux joueurs et reste très proche du groupe.
Depuis ton arrivée, le club a beaucoup changé. Tu n’as pas eu peur d’être mis sur le côté ou que cette politique ne te corresponde plus ? On t’annonçait sur le départ cet été.
Il y a eu des changements à tous les niveaux, mais franchement, je n’ai jamais eu peur. Je suis un joueur qui a toujours dû constamment prouver, et ce, durant toute ma carrière. J’avance en me challengeant et en me disant que je dois me battre pour montrer que je suis au niveau. Je ne suis jamais dans une zone de confort, je me remets toujours en question et la concurrence, l’adversité, la difficulté, c’est ce qui m’anime et me donne envie de me surpasser.
Tu as connu Zlatan en tant que joueur et désormais en tant que dirigeant. Il est vraiment différent dans son costume trois pièces ?
J’ai envie de te dire, Zlatan, c’est Zlatan ! (Rires.) Plus sérieusement, il a gardé la même exigence qu’il avait en tant que joueur. Même si son rôle est totalement différent, il sait toujours parler aux joueurs et reste très proche du groupe. C’est quelqu’un de très ambitieux, qui doit encore apprendre beaucoup dans sa nouvelle fonction, mais il vise le haut et donne le meilleur pour le Milan.
Quel est son rôle, concrètement ?
Il est très présent au quotidien, il vient à la plupart des entraînements, il nous parle beaucoup et n’hésite pas à taper du poing sur la table quand il le faut. C’est la passerelle entre l’équipe et la direction, son rôle est important.
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Lors de votre escapade en Arabie saoudite, vous avez eu l’occasion de revoir un certain Stefano Pioli.
Ça nous a fait extrêmement plaisir de le revoir. D’un point de vue personnel, j’ai eu une relation forte avec lui. Au-delà de l’entraîneur qu’il est, c’est surtout l’humain que je garde, c’est un très grand homme, j’ai énormément de respect pour l’homme et le Mister. Je lui souhaite le meilleur dans la suite de sa carrière et plus généralement dans sa vie. Il nous a apporté énormément et nous a permis de vivre des émotions folles.
Qu’est-ce que tu retiens de cette période dorée 2021-2023 ?
C’était incroyable ! Même encore aujourd’hui, quand je revois les images, j’en ai des frissons. Ce titre, on le doit surtout aux supporters qui l’attendaient depuis très longtemps. On ne partait pas favoris, mais on gardait cet objectif dans un coin de notre tête. On avait très bien commencé la saison, ce qui nous a permis d’entrer dans une dynamique positive et après, on a pris les matchs les uns après les autres en se disant qu’on pouvait faire quelque chose. De toute façon, lorsque tu es l’AC Milan, tu peux toujours faire quelque chose, même quand tu es au fond du trou. C’est la grande force de ce club. La saison d’après, il y a ce but contre Naples en quarts de finale de C1, et plus généralement notre campagne en Ligue des champions, qui restera comme un des moments forts de ma carrière. Moi qui ne marque pas beaucoup, c’est encore plus particulier.
Depuis, le Milan donne l’impression de stagner, pour ne pas dire régresser. Qu’est-ce qui explique que le club n’arrive pas à confirmer et à progresser ?
Le football, c’est un cycle, ce n’est pas simple d’enchaîner les saisons au top niveau. On le voit avec Manchester City qui a une période de moins bien. C’est clair que les résultats sont décevants et que l’on doit faire beaucoup mieux. De notre côté, rien n’a changé, on garde le même niveau d’exigence et de motivation. Je ne dirais pas qu’il a quelque chose qui cloche, le club cherche toujours à progresser et à confirmer. Cette victoire en Supercoppa, elle peut lancer notre saison, c’est un nouveau départ. En championnat, on a pas mal de retard, mais la saison est encore longue et tout est encore possible. Et il y a aussi la Ligue des champions, et à Milan, cette compétition a un parfum particulier, surtout à San Siro où l’on sent une autre ambiance les soirs de C1. D’un point de vue personnel, je n’ai qu’un seul objectif : revenir encore plus fort qu’avant et prouver que je suis encore au niveau. Cette année s’annonce palpitante.
Surtout qu’elle s’achèvera par la CAN au Maroc qui aura un parfum particulier pour toi, puisque ton père est marocain.
Déjà d’un point de vue sportif, cette CAN s’annonce magnifique et surtout très relevée, il y aura une forte concurrence avec des tops sélections. Et forcément, personnellement, que cette CAN se déroule au Maroc, le pays de mon père, mais aussi le mien, c’est quelque chose de spécial à vivre.
On n’a pas perdu beaucoup de matchs avec Djamel Belmadi, mais on a perdu ceux qu’il ne fallait pas perdre. On ne fera plus les mêmes erreurs.
En cas de finale Maroc-Algérie, le papa il est pour qui ?
Il sera toujours derrière son fils, mais son côté patriote reste toujours en lui ! (Rires.)
Avec l’Algérie, tu as connu des derniers moments délicats avec l’élimination face au Cameroun en qualif de la Coupe du monde 2022 et les deux dernières CAN. Avec du recul, qu’est-ce qui n’a pas marché ?
On était beaucoup sous pression, que ce soit la pression de tout un peuple, mais aussi en interne. Ce n’était vraiment pas simple pour nous, le sélectionneur Belmadi a toujours essayé de nous protéger, et on a essayé de faire au mieux. Mais le football, c’est aussi des détails, on n’a pas perdu beaucoup de matchs (à la tête de l’Algérie, Djamel Belmadi n’a perdu que 7 matchs sur 66, NDLR), mais on a perdu ceux qu’il ne fallait pas perdre. Ces échecs sont durs à encaisser, surtout quand tu joues pour ton pays. Mais comme les blessures, ça nous permet de prendre de l’expérience, de comprendre nos erreurs et d’avancer. On ne fera plus les mêmes erreurs.
Une nouvelle page s’est ouverte avec Vladimir Petković.
Diriger une sélection, et particulièrement l’Algérie, c’est toujours une pression forte. Petković, c’est un coach qui a de l’expérience et qui a réussi à s’adapter à la sélection algérienne, en comprenant la difficulté que c’est d’être à sa tête. Je suis sûr qu’on va accomplir de belles choses ensemble.
Propos recueillis par Tristan Pubert