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Tactique : à quoi s’attendre lors de ce Pays-Bas-France

Par Maxime Brigand

Après avoir réussi à enfermer l’Autriche avec un plan bien ficelé, l’équipe de France a rendez-vous, vendredi, avec des Pays-Bas qui n’ont, eux aussi, pas tout fait parfaitement lors de leur premier saut face à la Pologne. Voici ce qu’il faudra surveiller lors du combat à venir.

Tactique : à quoi s’attendre lors de ce Pays-Bas-France

Pourquoi les Bleus ont éteint l’Autriche ?

Puisqu’on ne sait jamais exactement quelle équipe de France on va voir sur le gazon avant un grand tournoi, la première virée de la caravane tricolore dans cet Euro allemand promettait, ce pour un paquet de raisons. Parmi elles, il était autorisé d’émettre des doutes sur la faculté des Bleus à résister au cocktail sur lequel bosse Ralf Rangnick depuis son arrivée sur le banc de l’Autriche : un football fiévreux, où des joueurs énergiques tournent au pressing haut, au jeu vertical, à l’intensité et aux doutes de leurs proies. Ils ont, en réalité, passé le test avec une autorité et un calme qui seront très certainement encore des marqueurs de leur aventure. Sur la pelouse de Düsseldorf, lundi soir, l’équipe de France, dont la capacité d’adaptation reste toujours aussi stupéfiante, s’est présentée avec un plan précis, bien ficelé, dont il a vite été possible de voir l’objectif. Un objectif assez simple, qu’il est possible de résumer ainsi : si votre adversaire adore construire des châteaux de sable, ne lui donnez pas de sable. L’Autriche a fait un match sérieux, discipliné, mais n’a, simplement, pas eu l’opportunité de jouer le match qu’elle avait envie de jouer. Les Bleus, qui n’ont, encore une fois, pas eu besoin d’être brillants pour repartir avec les poches pleines, en sont, bien sûr, les premiers responsables.

L’idée était d’éviter de leur donner le ballon dans des zones dangereuses.

Jules Koundé

Quelques minutes de jeu auront suffi pour donner le ton du projet de jeu français du soir à la relance. À savoir : éviter dès que possible de passer par les bouchons axiaux et appuyer, une fois un latéral touché (Koundé à droite, Hernandez à gauche), sur la pédale. À droite, cela est souvent passé par les lancements en profondeur d’Upamecano ou Koundé vers Dembélé, ce qu’on a vu sur la première sortie de balle tricolore du soir et ce qui a alors fait de Griezmann une victime, l’habituel moteur du jeu français ayant touché moins de 50 ballons et ayant fini la soirée avec le quatrième total le plus faible parmi les titulaires (Mike Maignan en a touché un seul de moins). À gauche, on a retrouvé le triangle fort de la campagne du Qatar, porté par la percussion de Theo Hernandez, l’énergie de Kylian Mbappé et la science d’Adrien Rabiot, trois hommes qui ont majoritairement, eux aussi, construit le long de la ligne de touche. Les chiffres accompagnent ici l’impression visuelle : lors de la première journée, l’équipe de France, qui a quand même vu Saliba et Upamecano s’aventurer un peu balle au pied, est la quatrième équipe qui a le plus délaissé l’axe – elle n’y a passé que 21% du temps – derrière l’Écosse, la Pologne et la Hongrie. Jules Koundé, après la rencontre : « L’idée était d’éviter de leur donner le ballon dans des zones dangereuses. En première mi-temps, on a, par moments, un peu trop cherché à l’intérieur et on s’est exposé. On sait que l’Autriche vit de ça, des pertes de balle adverses, donc il fallait vraiment minimiser les transitions. »

Exemple d’un rare ballon perdu par les Bleus dans le cœur du jeu, lundi, par Griezmann, taclé par Seiwald. Heureusement, la transition défensive sera bien gérée par Saliba et Kanté.

L’autre face du plan, liée, était de répondre à la question suivante : quelle attitude adopter sans le ballon ? Face à une Autriche qui s’est déployée en 3-1-5-1 avec le ballon, avec Seiwald venant souvent se placer à hauteur de Danso et Wöber pour assurer une supériorité numérique à la relance face à un bloc français médian/bas qui a alterné entre un 4-4-2 et un 4-5-1 et Grillitsch en 6, la réponse a été d’empêcher au maximum les trois meneurs rouges placés entre les lignes (Sabitzer, Baumgartner, Laimer) de toucher des ballons dans des zones clés, notamment la fameuse « zone 14 », située juste devant la surface, zone où se font souvent la plupart des différences. La mission a été relevée, les Bleus, solidaires jusqu’au bout des ongles, ayant réduit au maximum l’espace entre la ligne défensive et la ligne des milieux et même laissé les relanceurs autrichiens progresser sans trop s’exposer, malgré le fait que la paire Saliba-Upamecano n’a pas paru être la plus complémentaire du monde et que Kanté évolue à un poste de 6 qui peut parfois l’exposer, lui qui est davantage né pour mordre que pour rester en place. Résultat, l’Autriche a beaucoup centré (28 fois, 2e plus haut total de l’Euro durant la première journée derrière le Portugal) et peu réussi (quatre centres réussis), s’est heurtée à un mur français très dense, fermement tenu par le duo Kanté-Rabiot (les deux ont également excellé sur les transitions défensives), et a dû attendre la 78e minute pour cadrer son deuxième tir, le premier ayant été magnifiquement sauvé par Maignan (38e) dans la foulée d’une grosse erreur de relance d’Upamecano mal compensée.

Le peu de ballons touchés par l’Autriche dans la fameuse “zone 14”.

Ceux touchés par Sabitzer, Baumgartner et Laimer.

Adversaire différent, contexte différent, mais animation avec ballon similaire : ceux touchés par l’Allemagne face à l’Écosse, avec des meneurs qui n’auront aussi jamais cessé de stresser la ligne défensive adverse avec des appels à vide.

Mais pourquoi n’ont-ils pas totalement brillé ?

Cette équipe n’est pas habituée, ce n’est plus à démontrer, à éclabousser les murs, mais elle sait parfaitement utiliser ses armes. Lundi soir, cependant, la production offensive française aura été maigre : 14 tirs, 3 cadrés, un but inscrit contre son camp, peu d’occasions dont on se souviendra. Sur ce point, le chantier est encore épais : Ousmane Dembélé a eu beaucoup de déchet ; Marcus Thuram a gagné pas mal de duels et a été très discipliné pour couvrir les envolées d’Hernandez et Mbappé, mais n’a pratiquement rien produit ; Kylian Mbappé a été volontaire et a fait planer une menace qui a vite rendu l’Autriche très frileuse, mais a aussi raté un immense face-à-face avant de se casser le nez. Le bon point est que la réussite du plan sans ballon a permis aux Bleus, sur peu de temps de possession, d’exploser en transitions avec pas mal d’espaces à attaquer grâce aux lancements de Rabiot, aux courses d’Hernandez et aux quelques projections de Kanté. Un écho aux propos tenus par Youssouf Fofana avant la compétition : « L’équipe de France s’adapte énormément à l’adversaire. On travaille toujours en fonction d’un adversaire donné. Pour le reste, on a un jeu direct vers l’avant avec l’idée de marquer sur des actions rapides, de punir. On a d’énormes qualités offensives, il faut en profiter. »

Le moins bon point est que tout ça n’est, évidemment, pas le fruit d’une grande complémentarité et peut parfois ressembler à un jeté de pièce en l’air. Peu importe, au fond, puisqu’il paraît que seul le résultat final compte et que cette liberté offensive est aussi ce que recherche Didier Deschamps, qui a vite concédé avant la compétition devoir faire « au plus efficace ». Mais sans Mbappé, probablement forfait vendredi, comment faire ? Thuram pourrait retrouver un rôle axial fixe qui lui permettrait de s’exprimer davantage, même s’il n’a jamais semblé être à l’aise lorsqu’il a été aligné seul. Olivier Giroud, en guerre avec ses adducteurs, pourrait-il retrouver le onze ? Bradley Barcola pourrait-il, lui, en profiter pour se faufiler ? Quid de Coman pour prendre le relais de Dembélé, qui offrirait les mêmes qualités, mais sans doute un poil plus d’efficacité ?

Séquence symbole du projet de jeu des Bleus, lundi soir, avec ce 4-5-1 très dense, qui n’ouvre que les côtés à l’Autriche et un Mbappé faisant planer une menace constante.

Une passe mal assurée de Grillistch va alors être interceptée par Dembélé, aidé par Koundé…

… et cinq secondes plus tard, Mbappé sera dans la surface adverse, lancé par Griezmann.

De quoi avoir peur face aux Pays-Bas ?

Bonne question, tant les hommes de Koeman ont montré à la fois de bonnes choses et pas mal de failles lors de leur victoire arrachée face à la Pologne (2-1). Au cours de cette rencontre, on a d’abord pu noter une claire animation asymétrique avec ballon : une forme de 3-3-1-3 en phase de possession pour percer le plan défensif polonais, où Tijjani Reijnders a évolué très haut, où Memphis Depay a pas mal flotté entre les lignes et où Xavi Simons a laissé l’animation du couloir droit à Dumfries pour créer un carré autour du 5-3-2 adverse (ou 5-1-2-2). En l’absence de Koopmeiners et De Jong, forfaits, Koeman a cependant surtout construit son plan sur la quête de transitions offensives rapides ou via une quantité de longs ballons, les attaques placées de son gang étant souvent, en plus, rendues inefficaces par le manque d’appels en profondeur (ce qui est aussi lié aux profils des hommes alignés, Gakpo et Depay n’ayant, par exemple, quasiment pas combiné). Puis, dans un match d’événements, on a vu la Pologne gagner en confiance et faire mal à son bloc qui a peiné, sur plusieurs séquences, à choisir son poison entre presser haut ou se positionner un cran plus bas. Résultat, une fois que la première ligne de pression oranje a été effacée, les Polonais ont souvent eu pas mal d’espaces pour cavaler. Au milieu, Veerman a notamment montré beaucoup de faiblesses. Dans les quelques vagues, Van Dijk et De Vrij ont réussi à sauver les meubles, bien soutenus par un grand Verbruggen, et Weghorst a su sortir du banc pour marquer un but décisif alors que ses coéquipiers avaient gâché pas mal de cartouches. Mais difficile de se faire une idée très précise du potentiel batave dans cet Euro, cette machine montrant aussi depuis plusieurs rencontres des éléments à exploiter sur phases arrêtées. Ce que l’on peut imaginer, en revanche, c’est qu’avec un bloc aussi ouvert à tous les vents, l’équipe de France pourrait faire du mal à ces Pays-Bas, qui ont tout de l’adversaire parfait pour faire grandir ces Bleus dans ce col estival, même sans Mbappé. À moins que ?

Le récap du jour : Le jour d’après

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