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Matveï Safonov et la mystique des gardiens russes

Si avec Luis Enrique les hiérarchies évoluent, Matveï Safonov s’est installé en gardien numéro 1 du PSG. Après ses exploits en finale de Coupe intercontinentale, le portier qui fête ce mercredi ses 27 ans semble s’inscrire aussi dans la grande tradition de l’École russe des gardiens... avec toute la symbolique et le poids que ça implique.
À 27 ans, qu’il fête ce mercredi, et parvenu à l’âge de la maturité pour les gardiens, Matveï Safonov est donc passé devant Lucas Chevalier dans l’esprit de Luis Enrique et la hiérarchie des portiers du PSG. Titulaire depuis six matchs d’affilée et son retour de blessure, le natif de Krasnodar a pris l’ascendant sur l’ancien Lillois, coupable sur certains buts et sujet à une fébrilité qui a pu contaminer ses propres défenseurs. Le numéro 39 barbichu, lui, s’est montré plus rassurant, de la finale de la Coupe intercontinentale à ses dernières prestations, où il est difficile de le poser comme grand responsable d’un but encaissé par les Parisiens.
La science des tirs au but
Malgré les deux buts encaissés à Monaco en Ligue des champions la semaine dernière (2-3), la frappe de Denis Zakaria repoussée au prix d’une détente fulgurante (68e) a dû conforter Luis Enrique dans son choix. Sauf accident ou revirement soudain du coach asturien, Safonov devrait donc certainement rester en pole jusqu’à la fin de la saison. Dans un exercice où son rival Chevalier s’était lui-même distingué en Supercoupe d’Europe et au Trophée des champions, c’est aussi aux tirs au but que le Russe a pris l’ascendant : les quatre qu’il a stoppés en finale de Coupe intercontinentale en mondovision resteront parmi l’un des grands temps forts de sa saison 2025-2026. Et ce trophée enfin remporté par un club français, Safonov l’a quasiment gagné à lui tout seul !
[📺 VIDÉO] 🏆 #FIFAIntercontinentalCup 🔥 Revivez la séance de TAB de PSG - Flamengo ! 🤯 Safonov a été incroyable avec QUATRE tirs au but détournés !https://t.co/8PYLK13eZO
— beIN SPORTS (@beinsports_FR) December 17, 2025
Contre Strasbourg, le 1er février, il avait commenté en français son péno arrêté face à Joaquín Panichelli d’un banal : « Le penalty ? C’est mon travail. Je dois arrêter ça. » Cette saison, il a repoussé cinq des sept penaltys qu’il a subis (séances de tirs au but incluses), le plus haut total parmi les gardiens évoluant dans les cinq grands championnats européens toutes compétitions confondues (Opta). En Coupe de France contre Lens, le 22 décembre 2024, il avait déjà repoussé deux TAB. Bourreau de travail, ayant appris le français à une vitesse impressionnante (preuve qu’il voulait dès son arrivée à Paris s’inscrire dans la durée au PSG), il porte aussi le poids du conflit russo-ukrainien sur les épaules, tout en parvenant à établir une cohabitation (Rennes-PSG, 3-1) qu’on décrit apaisée avec Illia Zabarnyi, natif de Kiev.
Vratar, mythe fondateur
Mais c’est d’un regard tout aussi aiguisé qu’on suit Safonov dans son pays, dont les clubs et l’équipe nationale sont toujours bannis des compétitions internationales. Portier de la Sbornaya (17 capes), il demeure la seule star russe actuelle au monde. Pas tout à fait un hasard dans ce pays qui voue une admiration particulière à ses gardiens de but. Trois tsars l’ont précédé à son poste. L’immense Lev Yachine, d’abord, toujours considéré comme le meilleur gardien de tous les temps, seul keeper sacré Ballon d’or (1963) et dont le Trophée Yachine France Football récompense chaque année le meilleur portier.
Il y a un imaginaire politique permanent de défense du territoire et des acquis du socialisme qui s’accole au poste de gardien, plutôt qu’aux attaquants.
Avec ses 150 penaltys arrêtés, l’Araignée noire avait pavé le chemin de gloire de ses successeurs, le grand Rinat Dasaev, l’Aigle de Bakou, capitaine de la grande équipe d’URSS, considéré comme le meilleur goalkeeper des années 1980, et Igor Akinfeev. À la Coupe du monde 2018, capitaine d’une faible Sbornaya, le Prince Igor avait porté son pays jusqu’en quarts grâce à ses exploits aux tirs au but (lui aussi !), en huitièmes contre l’Espagne (deux TAB arrêtés) et contre la Croatie, malgré l’élimination.
La mystique russe autour du poste de gardien remonte à 1936, quand est sorti en URSS le film Vratar (« gardien de but »). Laurent Lasne, journaliste écrivain et père de Paul, avait raconté pour So Foot : « Vratar, c’est l’histoire d’un jeune gardien provincial qui va à Moscou et devient un grand portier. Pour les jeunes Soviétiques, le gardien de but est le joueur principal d’une équipe de foot. D’où la grande école des gardiens russes comme Akimov, Khomich, Yachine lui-même (qui avait vu Vratar à 7 ans), Dassaev jusqu’à Akinfeev. […] À cette époque, en URSS, le gardien de but occupe aussi symboliquement le rôle de garde-frontière face aux périls d’une guerre imminente. Il y a donc un imaginaire politique permanent de défense du territoire et des acquis du socialisme qui s’accole au poste de gardien, plutôt qu’aux attaquants. » Et comme le rappelait le journaliste anglais Jonathan Wilson : « Yachine est comme le Dalaï-Lama : chaque génération produit sa réincarnation. » Le grand Lev s’est en effet bel et bien réincarné à travers Dassaev et Akinfeev… Et Safonov ? Il n’en est pas encore là. Mais on le saura bientôt.
Safonov profite de la sélection russe pour étaler son spleen parisienPar Chérif Ghemmour



















































