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Interdire les déplacements, et puis quoi encore ?

Par Adrien Hémard-Dohain

Après le décès dramatique d'un supporter de Nantes samedi, aux abords de la Beaujoire en marge du match contre Nice, la ministre des Sports a proposé une solution radicale : interdire les déplacements de supporters. La dernière étape d'une fuite en avant des autorités, plus promptes à stigmatiser les supporters qu'à étudier le fond des problèmes.

Interdire les déplacements, et puis quoi encore ?

« Basta. Ça suffit. » Invitée de France Inter lundi matin, Amélie Oudéa-Castera est revenue sur le drame du week-end, à Nantes, où un supporter de football a perdu la vie aux abords du stade de la Beaujoire, poignardé par un chauffeur VTC. Avant même la fin de l’enquête judiciaire, la ministre des Sports a désigné les coupables : les méchants supporters. Boucs émissaires privilégiés d’un État qui n’a jamais rien fait pour les comprendre, les amoureux de ballon rond sont une nouvelle fois tous mis dans le même panier par un gouvernement qui, plutôt que de se regarder dans la glace pour identifier les failles (béantes) de ses dispositifs, incrimine ces derniers. À tel point qu’une mesure est sur la table : interdire une bonne fois pour toutes les déplacements de supporters adverses.

L’État se déresponsabilise

Évidemment, le drame survenu à Nantes est une tragédie, que l’on ne pensait plus vivre en 2023, malgré la recrudescence de la violence autour du football ces derniers mois. Rien ne justifie que qui que ce soit perde la vie autour ou dans une enceinte de football, peu importe les circonstances ou les acteurs. De là à interdire de façon systématique chaque déplacement de supporters, à l’image de ce qui se fait en Argentine, il y a un fossé à ne pas franchir. Mais le gouvernement semble prêt à l’enjamber sans sourciller. « Il faut pour l’instant arrêter avec les déplacements de supporters. C’est incontournable d’avoir un temps de retour à une situation de moindre violence. C’est juste pas possible d’avoir à ce point des forces de l’ordre sursollicitées, des biens détruits, des bus caillassés, des personnes blessées, maintenant un mort », a estimé la ministre des Sports sur France Inter. Avant d’ajouter : « Il faut une réponse globale et extraordinairement déterminée. » Comme si banaliser des mesures d’exception était un signe de vitalité démocratique.

Une fois encore, c’est donc la masse qui est visée, plutôt que le fond du problème. Pendant son intervention, Amélie Oudéa-Castera n’a pas eu un mot sur le cœur du problème à Nantes : le fait que l’arrêté préfectoral n’ait pas été respecté (ce qui ne justifie en rien la suite des évènements, soyons clairs). Cet arrêté interdisait formellement aux supporters des Niçois de circuler librement autour de la Beaujoire – et, a fortiori, devant le bar QG de la Brigade Loire –, en leur donnant rendez-vous au péage d’Ancenis, pour être escortés par les forces de l’ordre. Sauf que dans la pratique, c’est le passage d’un cortège de six véhicules VTC remplis de supporters niçois qui a mis le feu aux poudres. Absentes, et donc pas en mesure de faire appliquer l’arrêté, les forces de l’ordre n’ont rien pu faire. Comme quoi, pondre des arrêtés préfectoraux à tout-va ne sert pas forcément à grand-chose, si ce n’est jeter de l’huile sur le feu entre les supporters et les autorités, là où le dialogue pourrait porter ses fruits, comme c’est notamment le cas en Allemagne, chaque week-end.

L’heure du dialogue

Non, il n’y a pas qu’en France que l’on voit ça. Les coups de couteaux échangés à Milan récemment avec des supporters de Newcastle et Paris sont là pour le rappeler. Il n’y a en revanche qu’en France qu’on prétend régler le problème en le mettant sous le tapis par des sanctions collectives plutôt qu’individuelles, que ce soit par des arrêtés préfectoraux ubuesques jusqu’ici, et donc peut-être par une interdiction pure et simple des déplacements à l’avenir. Ce qui, ne nous y trompons pas, malgré l’extrême gravité des évènements de Nantes, constituerait une entrave inédite à la liberté de circulation en France. Si l’on ne peut que regretter la mort du supporter nantais, doit-on pour autant tomber dans une mesure aussi extrême et liberticide ? A-t-on interdit les manifestations en France après les morts de plusieurs Gilets jaunes en manifestations, ou de manifestants écologistes ? A-t-on interdit les boîtes de nuit après les affaires de piqûres ? Ne serait-il pas plus intelligent d’enfin tirer les leçons des échecs répétés de la France en matière de gestion des supporters ? Depuis la finale de la Ligue des champions au Stade de France, qui a mis en exergue des années d’incompétence et de désintérêt des autorités à ce sujet, aucune leçon n’a été tirée par l’État, qui se décharge de sa responsabilité en pointant les supporters de football.

Après le caillassage du bus lyonnais à Marseille, le ministre de l’Intérieur avait lui-même été à l’encontre de la loi, en pointant du doigt la responsabilité des clubs, là où c’était celle de l’État qui était engagée. Énième exemple d’un pouvoir qui, plutôt que de reconnaître ses torts et de réinventer son modèle de gestion des foules, se défausse sur les auteurs de violences. Dans les faits, interdire les déplacements de supporters ne ferait que tendre encore plus les relations entre les forces de l’ordre et les supporters, et encouragerait une partie de ces derniers à voyager hors de tout cadre (et donc toute protection), sans parler de la frustration et du ressentiment que cela engendrerait chez les plus radicaux. Plutôt que cette dangereuse solution de facilité, l’État serait plus inspiré de revoir sa copie en instaurant (enfin) un dialogue entre tous les acteurs (clubs, préfecture, référents supporters, groupes de supporters, ANS…), pour définir, à chaque fois, un cadre adapté aux déplacements des fans adverses. Et garder sous la manche, en dernier recours, les interdictions de déplacement à distiller cas par cas, quand cela s’impose vraiment.

@so_foot

Il y autant de variétés dans le public parisien que sur le terrain 🥵 #ultras #parissaintgermain #psg #psgnantes #tifos #footballtiktok

♬ son original – SO FOOT

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04 Nicolas PALLOIS (fcn) - 23 Randal KOLO MUANI (psg) during the Ligue 1 Uber Eats match between Football Club de Nantes and Paris Saint-Germain at Stade de la Beaujoire on February 17, 2024 in Nantes, France. (Photo by Hugo Pfeiffer/Icon Sport)
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