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On était à Lorient pour Concarneau/Guingamp

Le stade du Moustoir accueillait hier le dernier quart de finale de Coupe de France entre Guingamp et les amateurs de l'US Concarneau. Deux clubs bretons aux ambitions différentes, mais réunis dans un but commun : faire vibrer des supporters diablement attachés à leurs couleurs. On s'est glissé dans la foule bretonne, en toute impartialité...

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Un doux parfum de fête flotte sur la rade de Lorient et ses alentours. Ce jeudi soir, si la première ville du Morbihan est à l'honneur, c'est parce qu'elle accueille le très attendu quart de finale de Coupe de France entre l'US Concarneau et l'En Avant de Guingamp. Des amateurs d'un côté, des professionnels de l'autre, qui se retrouvent un an après pour célébrer, une fois encore, ce que l'on a coutume d'appeler « la magie de la Coupe » . À une exception près, tout de même. Huitièmes de finale obligent, les locaux ne reçoivent pas dans leur mythique stade Guy Piriou, mais sur le synthétique du Moustoir, niché en plein centre-ville de Lorient. Le match a beau se jouer à 21h, tout le monde a pris ses dispositions. Dès 19h, le périphérique sature. Ça déboule de tous les horizons : Quimper, Vannes, Lanester, Guingamp, Concarneau : la Bretagne arrive en force.

Sur le parvis de l'hôtel de ville, à quelques encablures du MacDo et de la Fnac, un groupe de jeunes concarnois chantent à s'en péter les cordes vocales. «  On a ramené tout Concarneau. Il doit y avoir plus de 13 ou 14 000 personnes. J'ai entendu des gens qui cherchaient des places tout à l'heure, ça va être plein je pense.  » Esteban a vu juste, effectivement, ça l'est. Le matin même, on évoquait 1000 places encore en vente pour un stade qui en compte environ 18 500. Devant l'enceinte, certains revendent quand d'autres préfèrent boire des coups adossés à un muret. Entourés de quelques 1664, Erwan et Gilles assurent une victoire du Petit Poucet, même s'ils avouent ne « jamais aller aux matchs  » . Comme beaucoup, les deux trentenaires ont fait les cinquante bornes entre Concarneau et Lorient pour soutenir les Rouge et Bleu, et ont même acheté l'écharpe pour l'occasion. « Non, mais bien sûr qu'on y croit, surtout que Guingamp est un peu dans le mou en ce moment. L'année dernière, ça s'était joué à pas grand-chose. Pour le score, on va dire 2-1 pour voir des buts, mais après, on prend tout ce qui vient. » En plein dans le mille. Enfin, presque...

En Avant, marche !


Moins d'une heure avant le coup d'envoi, rares sont les supporters guingampais à exhiber leurs couleurs aux abords du stade. On finit tout de même par tomber sur quatre fidèles planqués derrière une rangée de platanes. « Nous, on va à tous les matchs. On est abonnés. On était à Guingamp-Kiev et, bien sûr, tous les déplacements dans l'ouest, on va les faire. On est déjà venu ici en début de saison malgré la défaite (Guingamp avait alors encaissé un sévère 4-0, ndlr) » , lancent Pierre et Jérôme, maillots et écharpes de l'En Avant sur le dos et pintes à la main. Quand à la rencontre de ce soir, les visiteurs restent bons joueurs : «  Ils ont quand même une équipe de Ligue 1 en face. C'est un derby breton, donc ils vont essayer de donner toutes leurs forces. Ils vont surtout montrer à la France entière ce que c'est que le football breton. Parce qu'aujourd'hui, on le voit depuis quelques années, le foot breton est vraiment présent sur l'ensemble du territoire national. Je dirais même qu'il est supérieur au football national. Sur les quarts de finale, ils y a trois équipes bretonnes qualifiées ! »

Un poil chauvin, mais comment lui donner tort ? Ce soir, malgré le contexte, on ne verra ni binious ni coiffes en dentelle, juste des supporters de tous âges venus célébrer le ballon rond dans la joie et la bonne humeur. Devant l'entrée principale, trois femmes patientent, peinturlurées aux couleurs de l'US Concarneau. « Regardez, il y a trois générations devant vous ! La fille, la mère et la grand-mère !  » , assène la maman dans un large sourire. La nuit est désormais totale sur Lorient, et la température proche de zéro. Sur le parvis de l'hôtel de ville, les retardataires grimpent les marches trois par trois pour ne rien louper du spectacle. D'ailleurs, il ne valait mieux pas...

« Que des chochottes !  »


Au bar Le Parisien, place Aristide Briand, cinq anciens sont attablés devant l'écran qui retransmet la rencontre. Dès l'ouverture du score de Christophe Mandanne à la 3e minute, la déception est palpable. Heureusement, Christophe Gourmelo vient répondre au Guingampais moins de vingt minutes plus tard. Sur les chaises du troquet, la tension monte et le verbe se durcit. « C'est lamentable ! Quel con cet arbitre » , balance l'un des gars après le carton jaune reçu par le buteur concarnois. Dehors, la ville est déserte. Enfin, plus pour très longtemps. À la 92e minute, Claudio Beauvue vient briser sèchement le rêve finistérien d'un coup franc sublime en pleine lunette et coupe court aux espoirs de prolongation. Oui, encore Beauvue... Aux abords du Moustoir, les premières vagues de supporters déferlent vers leurs véhicules. Les autres, K.O., restent de longues minutes dans les tribunes à applaudir la prestation remarquable de leurs sombres héros. « On aurait dû gagner. C'est bien dommage, à trente secondes de la fin... L'année dernière, c'était à peu près le même topo, on avait perdu en prolongation. Là, pendant 89 minutes et 30 secondes, il n'y avait aucune différence entre les deux équipes. Ça se joue sur un coup franc qui n'était pas forcément justifié. Guingamp, ce sont des professionnels. Nous, des amateurs. Après-demain, certains iront travailler. Mais je n'ai aucun regret, j'ai passé une bonne soirée et je suis très fier des joueurs. »


D'autres, à l'inverse de Patrick, sont nettement moins raisonnés. « On est déçus, un truc de ouf. Le coup franc à la fin est magnifique... mais c'est la 92e minute. Encore, si on avait pris 6-0... Là, c'est pire » , déplore Aurélien, écœuré. Au sortir de l'enceinte bretonne, une famille d'irréductibles peste contre ce dénouement et assène punchline sur punchline : « Je peux plus les encadrer, Guingamp. L'année dernière, c'était pareil ! Putain, que des chochottes... J'avais dit 2-1, mais pas dans ce sens-là. J'ai envie d'aller les huer de l'autre côté ! Guingamp n'est plus en Bretagne, c'est pas possible ! » Finalement, derrière cette haine apparente de l'adversaire, se cache un irrépressible amour du football et de l'US Concarneau. Dans un élan d'objectivité, le père de famille se retourne vers les siens et tempère : « Bon, bah, ils sont plus là... C'était une belle histoire, quand même. Maintenant, c'est le championnat ! » Sans rancune, Guingamp. Et à l'année prochaine ?



Par Morgan Henry, à Lorient
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