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Comment la Juve a-t-elle repris le pouvoir ?

Il y a deux ans, à cette période de l’année, la Juve se battait pour une qualification en Europa League qu’elle n’obtiendrait finalement pas. Deux années plus tard, la Vieille Dame a remporté un Scudetto et s’apprête, cet après-midi, à en gagner un deuxième d’affilée. A la recherche des clefs de la réussite.

9 mai 2011. C’était il y a deux ans, pratiquement jour pour jour. 36e journée de Serie A. La Juve reçoit le Chievo au stadio Olimpico, enceinte par intérim en attendant l’inauguration du Juventus Stadium, prévue quelques mois plus tard. Sur le banc de la Juve, Luigi Delneri, pas franchement la coqueluche des tifosi. Les Turinois courent après une qualification en Ligue Europa. Ils ouvrent le score par Del Piero sur pénalty. Puis Matri, en début de seconde période, double la mise. 2-0. Un score qui, pour une équipe comme la Juve, devrait signifier « game over » . Arrive alors l’improbable. En l’espace de 60 secondes, le Chievo inscrit deux buts et revient à 2-2. Stupeur dans le stade. Sept jours plus tard, la Juve perd à Parme et est officiellement out de toute compétition européenne pour la saison suivante. C’est le point de non-retour. La Vieille Dame, revenue des enfers de la Serie B à la fin de la saison 2006-07, croyait avoir retrouvé sa beauté d’antan. Illusion. Après deux bonnes saisons, elle tombe dans l’anonymat et, affront ultime pour les dirigeants, elle ne fait plus peur à personne. De la grande équipe qui dominait la Botte, qui raflait Scudetto sur Scudetto, et qui atteignait la finale de la Ligue des Champions, il ne reste que de belles photos. Non, c’est insoutenable pour le président Agnelli. Il faut que cela change. Et cela va changer.

Moins de matches donc moins de blessures

Premier pari, première révolution. Agnelli débarque Delneri. Merci pour le travail accompli et bonne continuation. Le président décide de faire revenir au club Antonio Conte, ancien capitaine reconverti en entraîneur. Le coach n’a quasiment aucune expérience en Serie A, mais peut se vanter d’avoir déjà obtenu deux promotions en Serie A. Dès son arrivée, Conte travaille de concert avec les dirigeants pour recruter. Et cela tombe bien, de nouveaux fonds vont permettre un recrutement massif. En effet, fin juin, la Juve lance une augmentation de capital de 120 millions d’euros. Le fonds d’investissement Exor, principal actionnaire du club, s’engage à maintenir sa participation au capital, ce qui correspond à un investissement de 72 millions. Voilà donc des sous tout beaux tout neufs pour s’offrir un mercato digne de ce nom. Elle recrute alors à tous les postes : Lichtsteiner pour la défense, Vidal, Estigarribia, Giaccherini et Pazienza pour le milieu, Vucinic pour l’attaque. Quant au gros coup, il ne coûte pas une lire. Jugé en fin de cycle au Milan AC, Andrea Pirlo, fraîchement sacré Champion d’Italie, rejoint les rangs bianconeri gratuitement. Conte a les idées claires, il sait ce qu’il veut, il sait quel aspect il veut donner à son équipe.

Surtout, il sait que l’absence de compétition européenne va être, pour cet an I de la renaissance, un atout. Car la Juve, à l’inverse de tous ses rivaux, ne perdra pas ses forces lors des matches européens, et pourra concentrer toute son attention sur le championnat. Et en effet, la première différence va se faire là. Alors que la Juve de Delneri était de très loin l’équipe la plus touchée par les blessures du championnat d’Italie (on se souvient notamment de la rupture des ligaments croisés de Quagliarella), celle de Conte ne va connaître que 13 blessures tout au long de la saison, dont aucune grave. En un an, le nombre de blessures diminue de 60%. A l’époque, Conte explique cela assez simplement : « Moins de matches, moins de stress, plus d’entraînement et une meilleure condition physique, donc moins de blessures » assurait-il en conférence de presse. Le résultat est étincelant : la Juventus réalise une saison exceptionnelle, ne perd pas le moindre match de championnat, et remporte le Scudetto, au nez et à la barbe du Milan AC. Reste maintenant à s’imposer sur le long terme. Une autre paire de manches.

Bye bye Del Piero


De fait, en Serie A, il est difficile d’instaurer un cycle. Depuis 1998, seules deux équipes ont réussi à remporter deux fois de suite le Scudetto. La Juventus en 2002 et 2003, puis 2005 et 2006 (deux titres révoqués suite à l’affaire Calciopoli), et l’Inter en 2007, 2008, 2009 et 2010. Même le Milan AC n’est jamais parvenu à aligner deux titres de suite (1999, 2004, 2010). Or, pour la deuxième saison, Conte doit compter avec un nouvel adversaire : la Ligue des Champions. Des matches en pleine semaine, face à des équipes de renom. De quoi laisser des plumes en chemin. Mais encore une fois, Conte a les idées claires. Si le coach est suspendu quatre mois dans l’affaire Calcioscommesse, il continue de tirer les ficelles et de donner des indications à ses adjoints, mais aussi aux dirigeants. Ainsi, il est décidé d’un commun accord de ne recruter aucun « top-player » , mais de faire le pari de la jeunesse. Et c’est d’ailleurs dans cette logique que l’idole des foules, Del Piero, est invité à aller voir du côté de Sydney ce qui se passe. Oui, après tout, « Juventus » vient du mot «  Gioventù » , qui veut dire la jeunesse. Arrivent ainsi à Turin Paul Pogba, les jeunes Boakye, Masi et Leali, et les plus expérimentés Asamoah et Isla. Dans un Calcio où les grands clubs ne peuvent plus recruter et sont obligés de vendre leurs meilleurs joueurs (les exemples les plus flagrants étant ceux de l’Inter et du Milan AC), la Juve fait alors figure d’exception et semble déjà être la seule réelle candidate à sa propre succession.

Plus mature, plus joueuse, l’équipe turinoise domine la Serie A, dont elle prend la tête dès la première journée, pour ne plus jamais la quitter. Certes, elle perd quelques matches (4, en tout), mais elle en gagne plus que la saison dernière. A quatre journées du terme, elle affiche 80 points au compteur alors que la saison passée, à la même époque, elle n’en comptait que 74. Et pourtant, elle a réalisé un très bon parcours en Ligue des Champions, se faisant sortir en quarts par le Bayern ce qui, au vu des demi-finales face au Barça, n’a rien de honteux. Ainsi se poursuit le projet Juve de Conte. Un projet qui va certainement célébrer aujourd’hui son deuxième Scudetto, et qui va ensuite pouvoir préparer la suite. Cette suite porte déjà un nom : celui de Fernando Llorente, qui arrivera à Turin le 1er juillet. Pour le reste, les dirigeants juventini ont déjà leurs petits papiers bien remplis. La Juve est née pour régner. Et quand elle est assise sur son trône, il faut bien des efforts pour réussir à l’en déloger.

Eric Maggiori
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