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Lepaul, l’absent qui a toujours raison

Sauf scénario dingue, Estéban Lepaul devrait acter son statut de meilleur buteur de Ligue 1 cette saison. Absent aux trophées UNFP ce lundi et probablement de la liste des Bleus de Didier Deschamps jeudi, l’attaquant de 26 ans n’a pas encore besoin de ça pour vivre sa meilleure vie de footballeur.
Il n’a pas défilé sur le tapis rouge dans son plus beau costard, il n’est pas monté sur la scène du Palais Brongniart, où il n’était d’ailleurs pas présent ce lundi soir, et il ne s’attend pas à entendre son nom sortir de la bouche de Didier Deschamps : Estéban Lepaul est le grand absent de la semaine. Il était pourtant présent, comme souvent, pour placer une tête gagnante au premier poteau, ce dimanche, pour remettre son Stade rennais sur des rails européens et marquer son 20e but de la saison en championnat.
Je vais garder cette fraîcheur, je vis du foot par pure passion, c’est ce dont j’ai toujours rêvé.
Sauf quintuplé improbable de Mason Greenwood ce week-end contre Rennes, l’attaquant de 26 ans sera le premier joueur n’évoluant pas au PSG à être couronné meilleur buteur de Ligue 1 depuis Alexandre Lacazette en 2014-2015. Cela doit autant au faible temps de jeu des leaders offensifs parisiens en championnat – suffisant pour ramener un trophée de meilleur joueur de la saison – qu’à la très belle saison de l’ancien d’Épinal. « J’étais persuadé que j’en étais capable (finir entre 15 et 20 buts), souriait-il avant la barre des 20. Cela prouve que je peux avoir de la régularité sur toute une saison et devenir un attaquant qui va maintenant être obligé d’avoir des standards élevés chaque saison. » Au fond, Lepaul n’a pas besoin d’un nœud papillon pour vivre cette saison comme une consécration.
Dans le débat pour les Bleus, une première victoire
C’est une première victoire, ou une de plus sur son drôle de chemin qui l’a mené jusqu’à la Ligue 1, d’être devenu un personnage incontournable du championnat et de s’incruster en dernière minute dans les débats sur la liste des Bleus à la Coupe du monde. L’équipe de France, il la voit comme un « graal » et ce sont plus les journalistes qui lui en parlent que l’inverse. Il a encore eu le droit à quelques questions sur le sujet, ce dimanche au Roazhon Park, quand il s’est pointé avec son sourire, sa gouaille et ses « vui vui » qui sentent l’est de la France, où il a grandi. « Je ne sais pas si je suis dans le débat, ce que je sais c’est que je ne m’attends à rien du tout, ça n’a pas de place dans ma tête très honnêtement, évacuait-il. Je regarde le 20 heures et les actualités en général, donc ça ne changera pas. Je vais passer un jeudi soir tranquille. »
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Le buteur rennais serait peut-être convoqué, ou presque, dans les 47 autres sélections attendues à la Coupe du monde en Amérique, mais il a le passeport français et doit se taper une autre concurrence et la logique de Didier Deschamps. Pour le sélectionneur des Bleus, enfiler les buts comme des perles en Ligue 1 n’a pas autant de valeur que de jouer tous les trois jours et de connaître le groupe tricolore. Il faudrait une immense surprise pour que Lepaul reporte son mariage, prévu cet été. Il sera difficile pour le fils du regretté Fabrice d’être déçu de ne pas en être, au bout d’une saison que personne sauf lui n’aurait imaginée deux ans plus tôt. Avec 20 buts, il est le deuxième joueur français le plus prolifique dans son championnat en Europe derrière Kylian Mbappé et devant Michael Olise, ce qui pose un tueur.
« Ce n’est pas non plus invivable, ce qui m’arrive »
À Rennes comme il l’avait fait à Angers, Estéban Lepaul a charmé son monde et commence à effrayer les adversaires. En Ligue 1, il a planté contre 13 des 17 équipes affrontées, en attendant la scène finale à Marseille dimanche (seuls l’OM, Monaco, Metz et Lorient ont échappé à ses buts). Dès ses premiers entraînements à la Piverdière, des témoins privilégiés n’en revenaient pas du sang-froid du bonhomme devant le but. Il a confirmé les bonnes impressions sur le terrain, oubliant même sa petite disette hivernale de début novembre à fin janvier (1 pion en 12 matchs). Son triplé contre Strasbourg, son enchaînement à Auxerre, ses coups de tête contre les deux Paris et cette manière de marquer en taclant, comme si sa vie en dépendait, tout est réuni pour aimer Lepaul. Un but est un but, qu’il soit inscrit à Bollaert, au Stade de la Colombière ou à Yves du Manoir dans une rencontre de N2 à Bourges ; cet esprit fait la beauté de ces joueurs qui vivent par et pour le but, une espèce d’attaquant devenue rare.
Le plaidoyer d'Adil Rami pour Esteban Lepaul en Equipe de France... à sa façon 😂🇫🇷 pic.twitter.com/XUqIE3mikO
— L1+ (@ligue1plus) May 10, 2026
Pourtant, Lepaul n’est pas bon qu’à faire trembler les filets, un raccourci que l’on a pu faire ou écrire à l’automne. Un match sans but, ce ne pouvait pas être un bon match pour celui qui facture 11 réalisations et 2 passes décisives depuis le départ de Habib Beye (en 12 rencontres). Une fin de saison canon bonifiée par des progrès évidents dans le jeu, Franck Haise insistant pour le qualifier d’« attaquant très complet ». À raison : Lepaul a montré contre le PFC, entre autres, sa capacité à se connecter aux autres et à exister techniquement loin de sa surface favorite.
« J’ai vu cette année qu’il y a eu une énorme progression entre l’Estéban qui est arrivé et celui qui est en train de finir la saison, disait l’intéressé la semaine dernière, confiant au passage s’aérer l’esprit en jouant au golf. Je vais garder cette fraîcheur, je vis du foot par pure passion, c’est ce dont j’ai toujours rêvé. » Tard dans la soirée de dimanche, dans un bar rennais, plusieurs supporters euphoriques hurlaient le nom de leur nouvelle coqueluche sur l’air de Hey Jude. La vie de Lepaul a changé, avec ou sans l’équipe de France. Il répondait dans un sourire, jeudi dernier, quand une question sur la gestion de ce tourbillon lui était posée : « Ce n’est pas non plus invivable, ce qui m’arrive. »
Estéban Lepaul : « Chanter La Marseillaise, ça serait le graal »Par Clément Gavard, à Rennes






















































