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Ce que Habib Beye a appris à Rennes pour réussir à l’OM

Par Clément Gavard
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Ce que Habib Beye a appris à Rennes pour réussir à l’OM

À peine 48 heures après son arrivée dans un OM en plein bazar, Habib Beye va vivre ce vendredi soir son premier match sur le banc olympien, à Brest. Le début de l’aventure de ses rêves, pour laquelle il pourrait se servir de son année passée au Stade rennais. Une première expérience comme entraîneur en Ligue 1 qui a pu lui donner quelques clés pour réussir à Marseille.

→ Le jeu, ça en vaut la chandelle

On ne peut pas reprocher à Habib Beye de défendre son bilan à Rennes et de répéter qu’il a pris une équipe 16e de Ligue 1 et qu’il l’a laissée à la 6e place au classement – même s’il faut dire que l’équipe a bien changé en l’espace d’un an. Malgré les victoires et des émotions au Roazhon Park (la victoire à 10 contre l’OM, la fin de match contre l’OL, les 4-1 face à Strasbourg et Monaco), le jeu n’a pas toujours été au rendez-vous. Le 3-5-2 avait des limites dans son animation offensive, surtout quand les pistons n’étaient pas inspirés, et le coach rennais a pu faire preuve de frilosité dans ses choix en cours de rencontre. Dans le discours, il était aussi plus souvent question d’intensité, de courses sans ballon, de structure – des choses importantes dans le foot actuel, c’est vrai –, quand Beye s’était paradoxalement plaint à plusieurs reprises de la qualité technique de son équipe.

Il faut que le foot ressemble à cette ville et à ce que procure le stade.

Habib Beye

« Il faut qu’on ait la volonté d’être une équipe verticale, a-t-il assuré ce jeudi lors de sa présentation à l’OM. Proposer du foot, être dominant. Il faut que le foot ressemble à cette ville et à ce que procure le stade. » À Rennes, Beye n’était pas tellement fan des comparaisons avec le jeu proposé à l’époque par l’équipe de Bruno Genesio (en 2021-2022, avant les complications), avec un autre effectif, et pouvait qualifier de « romantiques » ceux qui ne pensaient qu’au « beau » devant un match de foot. Son OM sera aussi attendu à ce niveau, même si les résultats restent le juge de paix. En gros, à la maison comme à l’extérieur, son équipe phocéenne ne pourra pas proposer la même chose que sa bande rennaise au Vélodrome en début de mois. Du foot, du foot, du foot (et des victoires, accessoirement).

→ Un vestiaire à ne pas perdre

Le management aura été un élément central du mandat d’un an de Beye à Rennes. Le technicien n’a pas toujours fait l’unanimité au sein du vestiaire, perdant des joueurs comme Seko Fofana, Brice Samba ou Ludovic Blas, qui ont tous été écartés à un moment ou à un autre dans des périodes de crise (sans qu’ils ne soient tous irréprochables en face). Dès le début de saison, il avait distribué quelques punitions à des joueurs comme Mousa Al-Tamari ou Mikayil Faye, coupables de retards. Bien ou pas bien ? Chacun peut se faire une idée de la bonne approche à adopter avec un vestiaire d’une vingtaine d’hommes, mais celle de Beye a parfois été considérée comme trop forcée, même si ses poulains répétaient que rien n’avait changé et que tout allait bien lors de la bonne période rennaise. Ce sera aussi son défi à Marseille, où les ego sont nombreux et l’environnement plus bouillant : garder son équipe avec lui jusqu’au bout de la saison et faire en sorte d’éviter les tensions, comme il avait pu en connaître dans le vestiaire rennais… au Vélodrome.

→ La politique et les luttes d’influence, c’est son dada

Habib Beye n’a pas tout bien fait au Stade rennais, mais il faut dire qu’il n’est pas tombé dans le club au contexte le plus sain de l’histoire. Derrière son apparence confortable et calme, le club de la famille Pinault n’est pas toujours un terrain de jeu béni pour les entraîneurs, qui peuvent se perdre dans la politique et dans des luttes d’influence qui finissent par épuiser. Dans sa conférence de présentation ce jeudi, il a glissé quelques indices du changement – du moins pour l’instant – ressenti à son arrivée à Marseille, où « la confiance a été posée par toutes les entités du club ». Sa relation avec Arnaud Pouille, le président exécutif rennais, aura souvent été fraîche en Bretagne, où il avait failli être mis à la porte dès octobre dernier, avant d’être en partie sauvé par François Pinault, qu’il avait séduit.

J’ai eu cette confiance de la part du propriétaire Frank McCourt et de Medhi Benatia.

Habib Beye

« Pour que tout le monde soit très aligné en tant que club, j’ai eu cette confiance de la part du propriétaire Frank McCourt et de Medhi Benatia, je dois aussi avoir celle du groupe et de tout le club », a-t-il répété à la Commanderie. Beye a normalement appris que les petites guéguerres peuvent lui porter préjudice : à Rennes, celui qu’on décrit comme un très bon communicant avait parfois multiplié les erreurs de com, volontaires ou non. La dernière en date : son insistance pour parler de son rôle, avec son staff, dans la valorisation des jeunes joueurs rennais. Ce qui avait crispé en interne, à la direction comme au centre de formation. Vivons soudés, vivons apaisés.

→ Se tenir éloigné des 2-2

C’est devenu une spécialité marseillaise cette saison : les matchs nuls 2-2. Pire encore, les matchs nuls 2-2 concédés en toute fin de match après avoir mené au score et pensé obtenir la victoire. Sans ce tourment, l’OM serait peut-être collé au PSG en haut du classement. Seulement, il y a eu les coups de clim d’Angers et Toulouse au Vélodrome, l’égalisation du PSG lors du Trophée des champions, le péno d’Ilan Kebbal à Jean-Bouin… Et même quand Roberto De Zerbi avait plié ses bagages, l’intérimaire Pancho Abardonado a eu le droit de vivre ce scénario cher à Bill Murray face à Strasbourg le week-end dernier. Le premier défi pour Habib Beye, ce sera surtout de soigner des têtes bien malades et d’aider son équipe à mieux appréhender la chose en cas de 2-1 à la 92e ce vendredi soir à Francis-Le Blé.

Cela tombe bien, le technicien de 48 ans a déjà pu expérimenter ce genre de mésaventures à Rennes à l’automne. Lui aussi avait pris un abonnement aux 2-2 frustrants (quatre en six matchs), dont trois films pas loin d’être identiques à Nantes, au Havre et à Toulouse – qui aurait pu être son dernier match avec les Bretons – où son équipe menait à chaque fois 2-0 avant de se faire remonter (il se souvient encore de l’entrée catastrophique de Hans Hateboer à la Beaujoire). Depuis l’épisode au Stadium, les caboches rennaises étaient soignées : mener au score, c’était synonyme de victoire depuis fin octobre. Monaco, Strasbourg, Metz, Brest ou encore Lille, tous n’avaient pas réussi à faire psychoter les Rouge et Noir pour remonter. À Marseille, même plus peur.

→ Ne pas être trop superstitieux

Un jour, au détour d’une conversation en zone mixte au Roazhon Park, Habib Beye avait livré le secret de son style vestimentaire : la superstition. L’ancien défenseur avait pris l’habitude de mettre deux tenues dans sa petite valise et de faire am-stram-gram, en gros, pour faire le choix de sa tenue de match. Résultat, cela tombait très souvent sur un pull noir près du corps, qu’il vente, qu’il neige ou bien qu’il fasse 35 degrés. Prends ça, le mistral.

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→ Laisser les arbitres tranquilles

Ce n’était que le mois dernier : le Stade rennais s’imposait à Lille dans un climat tendu (0-2) et Habib Beye enfilait son costume de vieux sage pour contrebalancer avec les colères d’Olivier Létang et Bruno Genesio contre l’arbitrage. « Pour moi, le terrain appartient aux acteurs du terrain et donc le terrain devrait appartenir aujourd’hui aux joueurs, aux staffs et à personne d’autre, en tout cas pas sur un terrain de foot et pas dans une logique de mettre la pression sur qui que ce soit, avait-il lâché à Pierre Mauroy. Je ne suis pas celui qui va vous dire que ça n’arrive pas ailleurs, mais en tout cas c’était encore le cas ce soir et je trouve que ce n’est pas forcément une belle image pour notre football. Nos arbitres n’ont pas besoin de ça, ils ont besoin d’être soutenus. Je suis le premier à me plaindre quand il y a des mauvaises décisions et on le fait tous, donc je ne suis pas différent d’un autre entraîneur. Mais quand on a nos frustrations, il faut savoir reconnaître que ça ne sert pas à notre contexte et ça ne sert pas à la rencontre de toute façon. »

Il peut faire un copié-collé et réciter le même texte à Medhi Benatia, son directeur sportif ancien démissionnaire / ami, connu pour ne pas toujours avoir été tendre avec les pros du sifflet. À son arrivée au Stade rennais, Beye avait même pris la décision de changer de banc de touche au Roazhon Park pour… ne pas être du côté de l’arbitre de touche, après avoir appris lors de son époque au Red Star que cela pouvait le sortir de son match. La preuve qu’on peut apprendre en passant d’un club à un autre.

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