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Diakhaby : « Depuis tout petit, je ne fais pas l'unanimité »

Alors que les projecteurs européens sont braqués sur la petite bourgade voisine et le club de Villarreal, Valence plafonne à une dixième place sans saveur. C'est ici qu'évolue Mouctar Diakhaby, depuis quatre saisons maintenant. Parfois sévèrement critiqué par les médias espagnols et ses supporters, l'ancien Lyonnais a su changer la donne et devenir à 25 ans incontournable pour son équipe. Entretien avec un homme épanoui qui n'a jamais rien lâché pour en arriver là.

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Il y a plus d'une semaine, Valence s'inclinait en finale de la Coupe du Roi aux tirs au but face au Betis (1-1 ; 4-5). Tu l'as digérée, cette défaite ?
C’est une déception, mais on est très fiers de notre parcours parce qu’on a offert du spectacle à tous ceux qui aiment le football. On a eu pas mal d’occasions, c’est dommage d’en avoir mis une seule au fond. Je joue pour un club qui a gagné beaucoup de championnats et de coupes du Roi, donc il y a la culture de la gagne, il faut constamment aller chercher un titre. Il y a trois ans, j’ai eu la chance de la remporter, cette coupe, et l’engouement qui avait suivi était incroyable. Je voulais revivre ça. Lors de la finale, je voyais que les fans et les joueurs du Betis étaient impressionnés par nos supporters qui étaient pourtant en infériorité. Ça démontre la grandeur de Valence.

« On a tous un style de jeu différent, et le mien ne plaît pas forcément à tout le monde, ça me donne l’impression que quand je fais une erreur, ça tape plus dans l’œil. »

En plus de cette finale perdue, il y a une dixième place en championnat qui vous empêche d'aller chercher l'Europe pour la saison prochaine...
C’est une saison en demi-teinte parce que ces derniers mois, on n'a pas su saisir les opportunités d’être mieux classés en Liga. On était beaucoup plus focus sur cette finale que le championnat, alors qu’en y mettant les mêmes ingrédients, on aurait certainement fait des meilleures choses.

Déjà quatre ans que tu joues à Valence. Qu'est-ce que tu peux nous dire sur la ville ?
C’est une ville très sympa à vivre, la troisième plus grande d’Espagne, et ça, les gens ne le savent pas forcément. Cette année, il n’a pas vraiment fait chaud, mais en général, il fait souvent bon. Puis les gens sont chaleureux, tu vis près de la mer, il y a beaucoup de tourisme, donc ça bouge. Après, je suis plutôt casanier, je ne profite pas assez de Valence, mais pour un footballeur, c’est parfait pour s’épanouir.

Le monde entre ses doigts.


On sait que ton quartier à Nantes est très important pour toi. Qu'est-ce que Malakoff représente pour l'homme que tu es ?
Malakoff, c'est mon enfance. Les personnes que je porte dans mon cœur, mes parents y vivent toujours, donc j’ai un lien fort avec le quartier. Je suis quelqu’un d’assez ouvert et dans ma situation, si je peux aider, faire plaisir, je dois le faire. Par exemple quand je rentre à Nantes, je ramène les crampons de mes coéquipiers, et ça donne le sourire aux gars de chez moi. Pour moi c’est normal, c’est humain, je veux rester le Mouctar qu’ils ont connu avant qu’il signe professionnel. Puis quand ça allait moins bien, ils m’ont toujours donné de la force. Ils vivent ce rêve d'être footballeur à travers moi, donc j'ai aussi cette responsabilité de leur rendre ça.

Tu parles des moments de moins bien. Les médias espagnols et les supporters de Valence sur les réseaux sociaux ont été très durs à ton sujet durant les saisons précédentes.
Je n’allais pas lire les critiques à mon égard, mais je tombais toujours dessus. Le pire, c’est quand des gens de ton entourage t’envoient des articles dans lesquels on dit du mal de toi, ça ne t’aide pas. Personnellement, je suis très fort mentalement, donc t’as beau me critiquer, je sais ce que je suis capable de faire. Bien sûr qu'il y a des critiques justifiées, ça fait partie du football, et je le respecte, mais parfois ça me fait rire, parce qu’en lisant des articles ou des commentaires, je me rends compte que certains n’y connaissent rien et ignorent ce qu’est le haut niveau. On a tous un style de jeu différent, et le mien ne plaît pas forcément à tout le monde, ça me donne l’impression que quand je fais une erreur, ça tape plus dans l’œil. Est-ce que c’est une raison valable pour dire que je ne suis pas un bon joueur ? En tout cas, ça fait partie du métier, il faut faire avec. Avec du recul, je me dis que depuis tout petit, je ne fais pas l’unanimité, donc je suis habitué ! (Rires.)

« Par le passé, on pouvait avoir l’impression que j’étais sur le terrain pour être sur le terrain. À cette époque, je ne réalisais pas la chance que j’avais d’être footballeur. »

Aujourd'hui, on a l'impression que ça va beaucoup mieux. Qu'est-ce que tu as rectifié pour changer la donne ?
Je me suis centré sur moi-même pour comprendre ce qui n’allait pas sur le terrain et en dehors. Je me suis entouré d’une petite équipe d’analyste vidéo, d'un préparateur physique, parce que je n’ai pas de temps à perdre avec toutes les belles années qui m’attendent encore dans le métier. Avec l’âge, tu prends de l'expérience, tu comprends plus les choses, maintenant je suis plus concentré, contrairement aux dernières années. Par le passé, on pouvait avoir l’impression que j’étais sur le terrain pour être sur le terrain. À cette époque, je ne réalisais pas la chance que j’avais d’être footballeur, je pouvais être saoulé, mais tu n’as pas le droit de l’être quand tu joues au haut niveau.

Comment expliques-tu le fait d'être saoulé par moment, alors que tu vis de ta passion ?
Je n’ai pas choisi le football pour la notoriété, ce n’est pas quelque chose qui m’attire. Ce sport te permet de bien gagner ta vie et de faire de ta passion ton métier, mais je ne suis pas un grand fan de tout ce qu’il y a autour. Parfois, t’aimerais être considéré comme quelqu’un de « normal » dans la rue par exemple. Je suis conscient qu’il ne faut pas cracher dessus, combien aimeraient être à notre place.

Stop, pas plus haut le short !


Depuis peu, tu as choisi de porter les couleurs de la sélection guinéenne. Pourquoi avoir attendu tes 25 ans pour prendre cette décision ?
Je parle régulièrement avec le sélectionneur Kaba Diawara et j’échangeais déjà avec lui avant qu’il n’arrive à la tête de la sélection. Aujourd’hui, je remarque que beaucoup de choses ont changé dans cette sélection, et ça fait du bien. Il y a mon ami Serhou Guirassy et mon coéquipier Ilaix Moriba qui m’ont rassuré et expliqué l’évolution. Même quand je jouais en équipe de France espoirs, j’avais rencontré le président de la Fédération guinéenne, donc je n’avais jamais fermé la porte à l’idée de porter ce maillot. À l’époque, il y avait des problèmes dans l’organisation à cause de personnes qui ne sont plus là. Ça ne me plaisait pas et ça ne représentait pas à mes yeux la sélection guinéenne. Il faut aller aider la nation et mettre la Guinée dans le haut niveau du football africain.

« Pendant, un moment on ne me voyait pas comme le footballeur, mais comme celui qui a été la victime de cette histoire (de racisme). Tu sens les yeux rivés sur toi, ce n’est pas très agréable. »

Cette envie du Syli National de venir impérativement te chercher s'explique surtout par tes performances. La saison dernière, elles ont été entachées par ton litige avec Juan Cala que tu as accusé d'avoir tenu des propos racistes à ton égard. La Liga n'a pas donné suite à l'affaire, ça t'a fait mal ?
Certains acteurs de cette histoire sont complices. Je pense à la Fédération espagnole, les joueurs de Cadix, leur entraîneur... Tout le monde savait ce qu’il s’est passé ce jour-là. J’ai été le seul à entendre son insulte, donc c’était ma parole contre la sienne. D’après le rapport, on l’entend dire « de mierda » mais pas « negro » . C’est un fait de ma carrière qui m’a rendu plus fort en tant que footballeur, mais surtout en tant qu’homme. Quand on a joué chez eux cette saison, j’ai démarré remplaçant et, en partant m’échauffer, je me suis fait siffler, insulter et j’ai entendu des propos racistes de la part des supporters. Je suis entré sur le terrain et j’ai fait un gros match qui m’a permis de gagner ma place de titulaire par la suite.

Tu as eu l'occasion de lui parler, à Juan Cala ?
Il joue très peu à Cadix, mais quand ils sont venus chez nous en Coupe du Roi, il était titulaire, et je l’ai vu. Il avait peur de mon regard, il avait honte, ça se voyait qu’il était gêné. Pourquoi ? Parce qu’il sait parfaitement ce qu’il a fait. Ce qui m’a fait mal, en plus du racisme subi, c’est que ça a mis un frein à la belle saison que je faisais. Puis, pendant un moment, on ne me voyait pas comme le footballeur, mais comme celui qui a été la victime de cette histoire. Tu sens les yeux rivés sur toi, ce n’est pas très agréable.

Les retrouvailles avec Juan Cala.


Pour en revenir au terrain, plus jeune, les formateurs du FC Nantes te trouvent trop gentil dans les duels. Tu enchaînes les nombreux essais dans plusieurs clubs, mais ça ne donne rien. Tu as pensé à laisser tomber durant cette période ?
J’ai joué à Nantes lorsque j’étais au Pôle espoirs. Je ne m'entraînais pas avec mes coéquipiers, mais je participais aux matchs le week-end au poste d’attaquant, mais ça ne me convenait pas. À la fin de la saison, j’étais mécontent de ma situation, et mon père a appelé le club pour leur dire que j’allais retourner à Vertou. Je voulais refaire de belles choses pour réintégrer un centre au lieu de forcer à Nantes. Beaucoup de clubs m’appelaient. Tours, Châteauroux, Vannes, Rennes, Angers pour ne citer qu’eux, mais ça ne donnait rien. Heureusement que mon père était présent pour me soutenir, c’est en grande partie grâce à lui si j'en suis là.

« Contrairement aux autres clubs, Lyon a vite su ce qu’il pouvait faire de moi. J’ai grillé les étapes à une vitesse incroyable ! »

Et là, en 2013, l'OL vient te chercher. Tu y signeras ton premier contrat professionnel deux ans plus tard...
J’étais surpris sans être surpris. (Rires.) J’étais conscient de mon niveau et j’étais persuadé qu’il fallait aller voir ailleurs. Lyon, c’était ce qu’il me fallait à ce moment-là. Quand j’ai débarqué avec les gens de mon âge, je pensais qu'ils étaient au-dessus de moi, mais en fait pas du tout. Je sortais de Vertou, on m’a directement envoyé avec la réserve de l’OL pour tester d’entrée mes limites. Je m’entraînais avec Nabil Fekir, Clinton Njie, Farès Bahlouli et je me rendais compte que j’étais au niveau. Contrairement aux autres clubs, Lyon a vite su ce qu’il pouvait faire de moi. J’ai grillé les étapes à une vitesse incroyable !

Dès ta première saison, tu te retrouves titulaire en Ligue des champions face à la Juventus, puis tu joues un rôle majeur dans le beau parcours des Lyonnais en Ligue Europa, jusqu'en demi-finales. Tu t'attendais à de tels débuts ?
Avec du recul, je me dis que ce qui s’est passé reste impressionnant, c’était quand même ma première année en professionnel et j'ai tout de suite goûté au très haut niveau. J'ai en tête ce match retour à Beşiktaş. Les tribunes, l’ambiance, j’étais impressionné, mais ça m’avait fait kiffer et donner envie de tout donner. J’étais le petit de l’équipe, entouré de grands noms, mais, de par mon caractère, je pouvais dire à mon coéquipier de se replacer. Peu importe son statut. Ne pas avoir gagné la Ligue Europa reste un regret parce que, sans prétention, je pense qu’on avait la meilleure équipe de ces dernières années au club. Gonalons, Fekir, Ghezzal, Valbuena, Lacazette... c'était quelque chose. C’est vrai qu’à force d’enchaîner les rencontres, j’ai eu une baisse de régime, mais le club m’a bien géré sur le plan sportif et extrasportif. À Lyon, ils savent faire ça, et quand on voit le nombre de joueurs qui réussissent là-bas, ce n’est pas anodin.



La saison suivante est beaucoup plus compliquée, tu perds d'entrée ta place de titulaire.
Ça commençait mal dès la présaison parce que Lyon avait choisi de recruter Marcelo, et Morel, qui jouait d’habitude latéral gauche, voulait absolument jouer en défense centrale. Je me suis dit que ça allait me freiner dans ma progression et que ce n’était pas juste par rapport à la saison que je venais de réaliser. En plus, les négociations ne se passaient pas comme je l’espérais. Je me suis retrouvé à ne plus jouer du tout jusqu’à ce match face à Angers où je marque et fais une bonne partie. En plus, Marcelo avait pris rouge, donc j’ai commencé titulaire le match suivant face à Nice. On gagne, je confirme à nouveau, mais je suis retourné sur le banc à son retour. Là, on m’avait perdu. J’étais jeune, j’ai mal réagi. Quand je parle de réaction, je ne parle pas de manquer de respect à mes éducateurs, mais de ne plus montrer d’envie comme dans le passé, de ne plus faire d’efforts. J’ai en tête ce match à Strasbourg durant lequel j'étais à la ramasse. J'étais déjà dans un autre club. J’ai manqué de professionnalisme avec la jeunesse. De toute façon, qu’est-ce que je pouvais dire à Bruno Genesio ? C’est ce monsieur qui m’a donné l’opportunité de réaliser mon rêve et de donner du pain à ma famille. Ce n’est pas seulement de la faute du club. Si je ne jouais pas, c’est qu’il fallait que je me remette en question aussi.

« J’ai en tête ce match à Strasbourg durant lequel j'étais à la ramasse. J'étais déjà dans un autre club. J’ai manqué de professionnalisme avec la jeunesse. »

Par la suite, serais-tu tenté de revenir en France ?
Revenir en Ligue 1 n’est pas une priorité. J’ai découvert ce championnat avec un top club qui est Lyon, donc à mon âge, si je reviens, ça ne peut pas être dans une équipe avec moins d’ambitions que l’OL. Je suis dans un bon club, mais j’ai envie de découvrir des nouveaux championnats comme la Premier League ou la Bundesliga. Je vais bientôt faire un bilan avec Valence pour voir ce qu’on peut faire pour l’avenir. Il est peut-être temps d'aller voir ailleurs, parce que ça fait quatre ans déjà que je suis ici, mais on verra bien. Je me souviens qu’avant de signer ici, j’avais l’occasion d’aller à Everton, et beaucoup me disaient qu'il fallait que j’aille en Angleterre parce que l’Espagne demande de la technique ! (Rires.) Je n’ai laissé personne rentrer dans ma tête et j’ai montré que je pouvais jouer en Liga.

Beaucoup pensent que le niveau de la Liga a baissé ces dernières saisons. Qu'est-ce que tu en penses ?
Quand tu joues défenseur, je peux te dire que non ! Tu joues face à des attaquants physiquement très costauds comme Borja Iglesias, Soldado, Raúl de Tomás... Ce n’est pas parce que Ronaldo, Messi et Neymar sont partis que le championnat est plus faible, il est peut-être moins attractif, ce sont deux choses différentes. Quand tu vois des équipes comme Bilbao, Betis, Séville... Le niveau est devenu très homogène. Et puis, si c’est plus faible, comment expliquer que Villarreal, septième du championnat, soit en demi-finales de la Ligue des champions ? Gerard Moreno, Dani Parejo, Oyarzabal, Iñaki Williams, Iago Aspas... Beaucoup ne se rendent pas compte à quel point ils sont forts. C’est drôle parce que je suis persuadé que mecs-là n’auraient pas réussi en France, on le voit avec Messi. C’est vrai que certains joueurs espagnols prennent la Ligue 1 à la légère, je leur dis souvent qu’ils seraient très surpris. Ça s’explique aussi par le fait que pour eux, ils ont le meilleur championnat du monde, ils sont très fiers de la Liga.

French Cancan.
Propos recueillis par Diren Fesli