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Non, Gianni Infantino, cette Coupe du monde était loin d’être parfaite

Dans une lettre ouverte (mais fermée aux contradicteurs), Gianni Infantino a répondu aux critiques qui ont entouré le Mondial 2026. Loin de faire amende honorable, le président de la FIFA s’est lancé dans une séance d’auto-congratulation peu objective. Quelques rappels s’imposent.
Finalement, être président de la FIFA, c’est facile. Il suffit de serrer des mains, sourire devant les caméras, tenir de beaux discours remplis de platitudes et, finalement, faire absolument tout ce qu’on veut en restant sourd à la critique. C’est en tout cas la manière dont peut se résumer le rôle de Gianni Infantino, à la tête de la faîtière du football mondial depuis 2016 et bien parti pour rempiler avec un quatrième mandat dès l’année prochaine.
Ce lundi, l’homme d’affaires helvético-italo-libanais s’est fendu d’un (très) long post Instagram, son canal de de communication de prédilection depuis que les traditionnelles conférences de presse n’ont plus vraiment la cote. Pas parce qu’il faut vivre avec son temps, mais parce que sur Internet, il suffit de cocher la case « désactiver les commentaires » pour éviter les voix discordantes. C’est donc ce qu’a fait Gianni Infantino au moment de présenter son bilan du Mondial 2026. Un bilan qui exclut toute autocritique mais qui aura été distribué à ses 5,7 millions d’abonnés, un chiffre qui dépasse les 14 millions en ajoutant les followers du compte de la FIFA, laquelle a crossposté les dires de son président sur son canal officiel.
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Bande d’ingrats
Le président de la FIFA commence son monologue par une attaque dirigée vers les haters de la FIFA, comprendre, les voix critiques quant à l’organisation du Mondial, les couacs survenus pendant le tournoi et in extenso, le fonctionnement de l’instance du football international. Difficile de les résumer à une bande de journalistes frustrés et avides de sensationnalisme. En l’occurrence, les premiers à se plaindre ont été des fans de ballon de toutes origines.
« Je regrette que vous soyez passés à côté de toute cette joie et de cette unité, tempête Infantino dans son communiqué. Je regrette profondément que l’aveuglement provoqué par la haine et la critique systématique vous ait tenus à l’écart de cette immense fête », ajoute-t-il, avant d’inviter ses détracteurs « plumes, stylos ou claviers à la main » à « méditer, prier ou regarder un match de football », plutôt que de lui casser du sucre sur le dos.
Circulez, y a rien à voir
Pour justifier la réussite du tournoi, Infantino a un slogan : « Là où vous divisez, nous unissons. » Comprendre que la FIFA a, pêle-mêle, assuré aux sept millions de spectateurs « zéro incident, zéro hostilité, zéro violence, juste de la joie, des émotions, du bonheur, de l’unité et de la fraternité », redonné sa dignité à un pays comme Haïti, « que beaucoup ne peuvent pas visiter ou choisissent d’éviter », travaillé « sans relâche pour unir deux pays en guerre » avec un exemple imparable : « L’Iran est entré aux États-Unis sans le moindre incident ni conflit ».
Bien sûr, « tout ça a été rendu possible grâce aux gouvernements des trois pays hôtes et à leurs formidables contributions, grâce à la FIFA et à sa fantastique équipe qui travaille pour vous […] ainsi qu’aux bénévoles, […] ces personnes extraordinaires venues du monde entier pour faire partie du plus grand événement de la planète. » A-t-on bien vu le même évènement ? Ou bien fallait-il forcément être sur place ou membre de l’organisation pour se permettre d’avoir un avis discordant ?
Pause rafraîchissement (de la mémoire)
Ce que Gianni Infantino ne veut pas dire, c’est que la liste des points négatifs liés au Mondial 2026 n’est pas anodine. On peut, là encore pêle-mêle, rappeler qu’au Mexique, le « zéro incident » occulte un mouvement de foule qui a fait plusieurs morts, qu’un arbitre somalien a été expulsé du territoire états-unien, qu’un photographe de la sélection irakienne est lui aussi resté sur le carreau, comme quatre membres du staff de l’Iran, qui est, théoriquement, entré sans souci sur le territoire états-unien, mais au prix d’une relocalisation au Mexique et à la faveur d’une mesure d’exception.
On pourrait aussi mentionner les supporters de l’Iran, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire et de Haïti qui ont fait l’objet d’une interdiction de voyager sur le sol états-unien de la part de l’administration Trump. Là encore, désolés de « pointer du doigt les rares personnes qui se sont vu refuser un visa, en occultant les millions d’autres venues des quatre coins du globe qui s’en sont vu remettre un. » D’ailleurs, pourquoi les deux seraient-ils incompatibles ?
Et quitte à citer Haïti en exemple, pourquoi avoir fait le forcing pour remplacer le maillot des Grenadiers en dernière minute en raison d’une connotation politique, mais de s’être contenté de simplement « ouvrir une enquête » (qui suit son court ?) après la banderole pro-Malouines brandie par les joueurs de l’Argentine ?
Sans oublier le cas d’ingérence flagrante de la Maison blanche dans « l’affaire » Balogun, vite expédiée aux oubliettes : « Les sanctions disciplinaires surprenantes, comme […] le choix de ne pas suspendre un joueur dans certaines situations, font partie du quotidien et ne font pas couler autant d’encre dans les plus grands championnats du monde ».
Très bien, on ouvrira « les archives publiques » pour vérifier. En attendant, une chose est sûre : si « cette Coupe du Monde de la FIFA a célébré l’humanité sous son meilleur jour », comme l’affirme cette lettre ouverte totalement hors-sol, même si on pourra toujours remercier le dirigeant d’avoir (enfin) apporté son soutien à notre collègue Christophe Gleizes en lui octroyant une accréditation, le football, lui, voit son avenir s’assombrir encore un peu plus.
Oualid El Hajjam : « Face à un tel incendie, le football reste secondaire »Par Julien Duez

















































