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Omar Artan, carton rouge à la frontière

Par Mamadou Junior Diop
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Omar Artan, carton rouge à la frontière

Être élu meilleur arbitre africain de l’année ne suffit visiblement pas à passer la douane américaine. Omar Abdulkadir Artan, 34 ans, devait devenir le premier arbitre somalien à officier lors d’une Coupe du monde. Finalement, son Mondial s’est arrêté avant même le coup d’envoi, dans un endroit bien connu des voyageurs : un poste-frontière.

Ce ne sera ni le premier ni le dernier à voir son rêve être déchiré par la rigidité administrative. Ainsi, l’histoire de Omar Abdulkadir Artan marque autant par sa triste banalité que par une symbolique brutalité. Arrivé samedi à l’aéroport international de Miami en provenance d’Istanbul, cinq jours avant le début de la compétition, l’arbitre somalien a été mis de côté par les autorités américaines. Direction une petite salle d’interrogatoire, puis onze heures de questions. Onze heures à expliquer qu’il n’était pas un intrus, mais bien l’un des 52 arbitres retenus pour la Coupe du monde. « J’avais les bons papiers, j’avais les bons visas », a-t-il expliqué au New York Times.

Artan raconte aussi avoir montré aux agents des documents fournis par la FIFA. Selon Globo Esporte, il disposait même d’un visa américain et d’un passeport diplomatique. Dans son communiqué, l’Agence des douanes et de la protection des frontières des États-Unis a indiqué qu’il avait été refoulé « en raison de problèmes liés à la vérification de ses antécédents ». Une formule administrative parfaite pour tout dire et ne rien expliquer. Artan a ensuite été placé dans une cellule d’attente pendant plusieurs heures, avant d’être renvoyé vers Istanbul, lieu de sa dernière escale avant l’Amérique. Sans raison claire, selon lui.

Un rêve brisé

La présence d’Omar Artan dans la liste des arbitres retenus par la FIFA n’avait rien du hasard. Arbitre FIFA depuis 2018, il a patiemment gravi les échelons du football mondial : CAN, Coupe du monde U20, et même la finale retour de la Ligue des champions africaine 2025 entre Pyramids et Mamelodi Sundowns (2-1). Rien d’un invité surprise. Sa nomination comme meilleur arbitre africain de l’année aux CAF Awards 2025 venait simplement confirmer le CV d’un homme qui arrivait par la grande porte. Pour lui, l’événement représentait le rêve d’une vie. « Je suis juste un arbitre qui essaie de vivre son rêve », confie-t-il. Un rêve préparé pendant quatre ans, entre formations FIFA au Qatar, stages aux Émirats arabes unis et compétitions internationales. Toutes les cases étaient cochées. Sauf, visiblement, celle qui compte vraiment à l’arrivée.

Je pense qu’ils ont un problème avec mon pays.

Omar Artan

L’affaire ne tombe pas du ciel. La Somalie fait partie des pays visés par les restrictions de voyage de l’administration Trump. Et le président américain n’a jamais caché son mépris pour le pays, qu’il a qualifié de « pourri » en décembre dernier. Certes, son pays connaît une instabilité chronique et la capitale Mogadiscio est depuis plusieurs jours l’arène de combats entre les forces du gouvernement de Hassan Cheikh Mohamoud et les milices de l’opposition. À Miami, Artan explique que les agents l’ont interrogé sur la politique somalienne et sur les Chabab, le groupe djihadiste qui contrôle encore certaines parties du pays. « Je pense qu’ils ont un problème avec mon pays », a-t-il lâché.

Face au tollé, on aurait pu imaginer la FIFA intervenir. Après tout, on ne parle pas d’un supporter sans billet ou d’un influenceur venu tester les hot-dogs du stade (quoi qu’ils auraient aussi leur place dans ce tableau, dans un monde idéal), mais d’un officiel sélectionné par l’instance elle-même. On aurait pu imaginer une médiation diplomatique, une solution de repli vers le Canada ou le Mexique. On aurait pu. La FIFA, et son courage légendaire, a préféré se ranger du côté du pays co-organisateur. Pourquoi froisser celui qui a reçu le Prix de la paix ? « La FIFA n’intervient pas dans les procédures d’immigration du pays hôte, y compris dans l’octroi des visas, et a été informée par les autorités que le statut de M. Artan ne serait pas modifié pour le moment, a expliqué l’instance dans un communiqué. Conformément aux précédentes compétitions organisées par la FIFA, c’est le gouvernement du pays hôte qui détermine en dernier ressort qui reçoit un visa et qui est admis sur son territoire. »

« Une source d’inspiration »

Pour Ciise Aden Abshir, haut conseiller somalien à la Jeunesse et aux Sports, lui refuser l’entrée aux États-Unis « porte préjudice non seulement à sa personne, mais sape également l’engagement du football en faveur de l’équité, du mérite et de l’esprit du fair-play ». Des qualités que la FIFA ne manque pas de mettre en valeur, mais qu’elle n’applique pas. Pour la Somalie, l’affaire dépasse largement le cas d’un officiel recalé à une frontière. Les Ocean Stars, la sélection somalienne, n’ont jamais disputé de CAN, encore moins une Coupe du monde. Alors, pour beaucoup de Somaliens, voir l’un des leurs entrer sur une pelouse du Mondial avec un sifflet autour du cou avait quelque chose d’historique. « C’est une source d’inspiration pour les autres jeunes Somaliens, et Omar a atteint ce niveau grâce à ses efforts exceptionnels qui ont rehaussé le prestige de la Somalie », soulignait l’ancien joueur de l’équipe nationale Mohamed Ahmed Deysane.

Artan, lui, n’a pas choisi l’affrontement. Dans un communiqué relayé par ESPN, l’arbitre somalien a préféré remercier la FIFA et la CAF. « Je tiens à remercier la FIFA et la Confédération africaine de football pour tout leur soutien. Malgré les circonstances, je garde une attitude positive et je me concentre sur les prochains défis de ma carrière d’arbitre. » La classe ne s’achète pas. Même si, dans ce cas précis, sa réponse tout en retenue semble dictée par les institutions, comme s’il ne voulait pas mettre en péril l’hypothétiques occasions futures. Omar Artan ne sortira donc pas de carton rouge lors de cette Coupe du monde. Le premier a déjà été brandi à Miami. Et il mériterait peut-être de l’être une deuxième fois, cette fois vers les institutions du football mondial.

Mike Maignan peut-il mieux faire ?

Par Mamadou Junior Diop


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