Ce huitième de finale avait tout l’air d’un guet-apens, d’une attaque de diligence ou tout simplement d’un passage à tabac dans une sombre ruelle. Face à une équipe de vrais salopards, les Bleus auraient pu dégoupiller, ils ont répondu avec sourire et sérénité, débloquant la situation et leur ticket pour les quarts sur un penalty de Mbappé. Ce n’était pas du foot mais on s’en contentera.
Paraguay 0-1 France
But : Mbappé (70e, SP) pour les Bleus
Si l’on n’avait pas encore la plume pleine de frustration, c’est un match dont le résumé pourrait se contenter de ça : une équipe attaquait face à une autre qui défendait avec ses tripes, son cœur et son style de jeu, et défendre est un art, après tout. Seulement voilà : ce samedi 4 juillet, festif en Amérique, fut aussi celui du match le plus infâme de cette Coupe du monde, à l’issue duquel les Bleus se sont tirés d’un piège tendu par un Paraguay venu pour détruire, ce qu’il fit avec le consentement de l’arbitre, M. Ilgiz Tantashev, il faut l’écrire. Homme en noir qui ne siffla rien sauf un penalty mille fois mérité – appelé de ses vœux par la VAR, car il ne l’avait pas fait lui-même – transformé par Kylian Mbappé, preuve qu’après avoir « gagné beau », l’équipe de France a montré qu’elle savait « gagner moche », constat que l’on se passera bien de refaire, mais fort utile dans l’histoire d’un Mondial. Rendez-vous en quarts contre le Maroc, avec des coquards s’il le faut.
Le joga vomito
Philadelphie, elle et ses éléments déchaînés : douze jours après l’épisode biblique de la pluie diluvienne contre l’Irak, les Bleus retrouvaient donc le berceau de l’Amérique dans la chaleur du Tartare, le mercure à vous faire fondre le cerveau et les jambes, des hommes et celles des autres ; à l’entrée du stade, les coussinets des chiens renifleurs étaient équipés de chaussettes pour les protéger du sol chauffé au rouge, 39 degrés, donc. Il y aurait tant à dire avant même le coup d’envoi que l’on se contentera de rappeler que les États-Unis fêtaient ce 4 juillet les 250 ans de leur indépendance – matraquage publicitaire digne d’une sortie Marvel – l’occasion d’un concert en avant-match et du passage d’avions au-dessus du Lincoln Financial Field, stade habituellement réservé au football américain, qui ne fut pas dépaysé par le jeu paraguayen, lequel consista, on le comprit rapidement, à gagner des yards en dégageant le plus loin possible. Ainsi, les Bleus tournèrent, tournèrent, on jouait la 18e minute, ressenti 72, quand Bradley Barcola prit un jaune pour un coup de pied mal dirigé sur Cáceres, lequel en profita pour se rouler par terre et l’arbitre dans la farine : l’histoire de ce match allait être exactement celle à laquelle on s’attendait, celle d’une lutte au corps et un hymne au self-control.
Vendredi, en conférence de presse, Didier Deschamps évoquait une sélection avec « ungrande corazón », ce qui serait donner trop d’honneur au spectacle présenté par une équipe aussi dure sur les autres qu’elle semblait fragile quand on la touchait : la chaleur, peut-être. Les spectateurs agitaient leurs éventails et la braise finit par chauffer : l’embrouille générale de la 35e minute correspondait évidemment à l’écueil contre lequel les Bleus devaient éviter de plonger, alors que Mbappé se faisait alternativement molester par Cubas et Galarza. Seuls les débordements de Dembélé, côté droit – au bout desquels il manquait Giroud – et les frappes de loin de Rabiot (32e, 45e) et Koné (22e, 43e) mirent la défense de l’Albirroja sous pression : mi-temps, 81% de possession de balle, zéro tir cadré. Vous avez dit piège ?
Le septième but de Mbappé dans cette Coupe du monde
Défendre est un art, certes, qu’il convient à chacun de respecter ou non, cette décision dépendant aussi de la manière dont il est pratiqué. Cette fois : par des tampons sur des joueurs n’ayant plus le ballon, en envoyant deux joueurs empêcher les Français de tirer les corners, en dégageant en tribunes plutôt qu’en tentant de relancer le jeu, en défonçant le point de penalty, en foutant des baffes et en sautant à la gorge d’un arbitre apeuré. Ilgiz Tantashev, il faut écrire son nom en toutes lettres, arbitre ouzbek sacré meilleur sifflet du championnat local en 2021, bizut à ce niveau-là, ce qui se vit. Incapable de se faire respecter, incapable, aussi, de sortir le moindre carton jaune pour le Paraguay à mesure que le cirque continuait, ce qui n’aida en rien à le stopper. Peu à peu, alors que Mbappé, Olise et Vincent Duluc s’agaçaient – pour les deux derniers, c’est une première de mémoire de journaliste –, Barcola sortait de son match et, à la fin, du terrain (61e), on vit le spectre de 1998 pointer le bout de sa faux.
Mais que voulez-vous ? Les Bleus sont les Bleus, et Doué finit par trouver l’ouverture, par une série de dribbles dans la surface entre une forêt de jambes, l’une d’entre elles finissant par le crocheter. Mbappé convertit (1-0, 66e) et la suite ressembla à ce qui s’était passé avant, les espaces en plus. Mbappé trouva Gill, le portier, par trois fois, dont une double occasion de fin de match qui aurait tué la rencontre (88e, 90e+6), et le jeu fut tellement haché qu’il en résulta dix minutes de temps additionnel. On sentit venir la bagarre de fin de match depuis le Kentucky et, inévitablement, elle finit par éclater, petitement, parce que ces Bleus-là avaient autre chose à faire : célébrer sur du Gala en sautant devant la tribune, ce qu’on ne les avait pas vus faire avant. La fête continue avec un double constat, celui, 1) qu’un titre mondial est pavé de mauvaises intentions et 2) que cet arbitre-là n’officiera pas en finale. Gracias !
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