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Notre maison brûle et on nous parle de races

Par Mathieu Rollinger
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Notre maison brûle et on nous parle de races

Les joueurs de l’équipe de France, Kylian Mbappé en tête, subissent depuis plusieurs semaines les attaques racistes de politiciens étrangers. Parce qu’ils ne correspondent pas à l’idée que ces derniers se font d’une équipe française. Un acharnement qui doit alerter (s’il n’est pas déjà trop tard) sur le mal qui grignote nos sociétés.

Depuis dimanche, l’emblématique forêt de Fontainebleau est touchée par les flammes, mobilisant deux Canadair et 500 sapeurs-pompiers. Une catastrophe qui porte, selon le ministre de l’Intérieur, à 32 000 le nombre d’hectares parcourus puis brûlés par le feu en France métropolitaine et en Corse, soit déjà plus que la saison 2025. Alors que nous ne sommes que le 13 juillet, veille de fête nationale et jour de traditionnel bal des pompelards. De quoi mettre en émoi tout le pays grâce à une machine médiatique déjà bien échauffée dans ce contexte caniculaire. Il faut évidemment s’en inquiéter, prendre ce problème à bras-le-corps, mais ne surtout pas tomber dans l’écran de fumée : ces feux ne sont qu’une manifestation parmi mille autres de ce que les scientifiques tentent de démontrer depuis des décennies.

En effet, les conséquences du dérèglement climatique sont connues depuis quelques dizaines d’années avant que les chaînes d’info comme BFM ou C-News fassent de « Hamza la Douane », garçon de 14 ans équipé de pistolets à eau, le principal sujet de leur inquiétude. On les mesure depuis le début de la révolution industrielle, serions-nous tentés de dire. Sans remonter aussi loin, Éric Agrinier, lieutenant-colonel des pompiers du Gard, rappelait ce lundi au micro de France Inter qu’« en 2022, nous avions déjà constaté que les feux de forêt touchaient des endroits qui étaient auparavant épargnés, avec des feux de plus de 1 000 hectares en Bretagne, de plusieurs centaines d’hectares dans les Vosges ou le Jura, donc effectivement tout ce qui était prédit par les spécialistes du climat, on le constate sur le terrain. » Un mécanisme qui s’applique à plein d’autres sujets, des plus épisodiques accidents de trottinettes aux plus épouvantables viols sur mineurs : tous les signaux d’alerte ont beau être écarlates depuis un bail, la société semble tomber des nues à chaque fois qu’un nouveau drame surgit.

C’est à la fin de la foire qu’on compte les fachos

L’été 2026 est propice à d’autres départs de feu, provoqués par d’autres types de pyromanes : les racistes décomplexés, s’en prenant ici aux joueurs de l’équipe de France qui ne correspondent pas à l’image (blanche) qu’ils se font des Français. Toujours dans une surenchère affolante. La sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla n’a même pas eu le temps de finir sa croisade contre Kylian Mbappé (« Au lieu de téter le lait maternel, il tétait des noix de coco, et les êtres les plus instruits qu’il ait jamais entendus étaient des chimpanzés ») que l’ancien Premier ministre espagnol Mariano Rajoy en remettait une couche, précisant en bon héritier du franquisme qu’il n’y avait « pas de Français » dans cette équipe. Ça nous aurait presque fait passer à côté du post d’une obscure vice-gouverneure de la province de Mendoza en Argentine, Hebe Casado (« Bien joué, Paraguay. L’équipe africaine, sans aucune manière. Je ne supporte pas Mbappé. »). Pour l’originalité, on repassera, mais c’est une odeur nauséabonde qui se dégage des propos de ces politiciens dont on ne parlerait pas actuellement sans qu’ils aient vomi leur bile.

C’est là qu’on va voir qui a retenu la leçon précédente. Le danger serait de croire que toute cette pensée ne sort que des cerveaux les plus rétrogrades et les plus haineux. Ils ne sont en réalité que la partie la plus volubile d’un mouvement qui se propage avec de moins en moins de discrétion et en aucun cas localisé. Les auteurs des chants anti-musulmans dans les tribunes espagnoles ou des chants racistes des Argentins après leur sacre en 2022 se sont trop facilement cachés derrière un supposé folklore, du bon vieux chambrage ou une piteuse technique de déstabilisation envers une équipe devenue trop forte. Ces slogans ne sont qu’une nouvelle version de ce qu’exprimaient déjà les fascistes de la pire espèce, les xénophobes en tout genre et les négationnistes de tous pays, même à une époque où les Bleus n’avaient jamais soulevé la Coupe du monde. Ainsi, il suffit de quelques clics pour retomber sur une archive de Jean-Marie Le Pen, trouvant déjà en 1996 « que c’est tout de même un peu artificiel de faire venir des joueurs de l’étranger et de les baptiser “équipe de France”. »

Au-delà des parenthèses

Au moment de remarquer que ses héritiers du Rassemblement national se font aujourd’hui tout petits, on pourra toujours saluer les réactions des autres camps politiques, qu’ils soient issus du gouvernement français, de l’actuel gouvernement espagnol, mais aussi d’instances comme la FIFA ou la FFF. Il ne faudra cependant pas oublier que c’est aussi ces mêmes dirigeants qui ont laissé la situation dépérir, laissant pousser ces herbes qui alimentent aujourd’hui les flammes. L’affaire des quotas qui avait éclaboussé la fédération française n’en est qu’un exemple. De la même manière, il ne faudra pas oublier que le sens du vent joue un grand rôle. En France, la progression du vote RN et ses variantes doivent rappeler qu’une large frange de la population adhère (même partiellement) aux thèses racistes exposées. Les Bleus ont pour eux leurs résultats et un soutien populaire qui leur permettent – pour le moment – de ne pas subir les insultes frontales de leurs concitoyens. Mais qu’en sera-t-il si Mbappé rate un nouveau tir au but décisif, comme ce fut le cas en 2021 contre la Suisse ?

Ça me surprend et ça me fait de la peine qu’on en soit encore là. Notre richesse, c’est justement la diversité de nos origines.

Borja Iglesias

Les footballeurs semblent condamnés à devoir performer pour qu’on ne les ramène pas uniquement à leurs racines. Et s’ils sont plus exposés que d’autres corporations, ils ont aussi cette « chance » d’être en quelque sorte protégés. Parce que ces insultes ne sont pas laissées sans réponse, parce qu’ils trouvent des soutiens dans cette violence et parce que cette dernière se fait aussi aux yeux de tous. Tous les joueurs amenés à réagir à ces affaires ces derniers jours ont fait barrage à ces idées, quelle que soit la couleur de leur maillot. « Ça me surprend et ça me fait de la peine qu’on en soit encore là, exprimait l’Espagnol Borja Iglesias, à la veille de croiser la route des Bleus. Notre richesse, c’est justement la diversité de nos origines. » Des mots qui agissent comme une pommade, mais qui ne sauront apaiser les brûlures de ceux qui vivent ce racisme endémique et institutionnel dans la vie de tous les jours, loin des caméras d’un événement mondial.

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Par Mathieu Rollinger

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