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Hasta le visa, baby

Les difficultés pour obtenir un visa, que rencontrent nombre de supporters, et même certains joueurs, illustrent l’évolution de la politique américaine. Preuve aussi que la FIFA se contente désormais de demander au roi Donald Trump quelques grâces pour sauver les apparences ?
Aymen Hussein était devenue une gloire vivante du football irakien depuis qu’il a marqué le but décisif qualifiant son pays pour la Coupe du monde. Une joie sans nom pour un pays qui se relève de décennies de guerres et d’embargo, et où la situation intérieure demeure explosive. Il n’imaginait certainement pas que son nom allait défrayer la chronique avant même le début de la compétition.
Alors qu’il débarquait sur le sol américain avec sa sélection à l’aéroport O’Hare de Chicago, il a subi près sept heures d’interrogatoire, sans explication officielle sur ce traitement. Un traitement inhabituel, pour ne pas dire exceptionnel, pour un sportif censé participer à une épreuve internationale officielle. Sans disposer d’un statut diplomatique, les joueurs des sélections nationales sont normalement protégés lors du passage en douane, les démarches étant réglées en amont entre les divers états, les fédérations et la FIFA. On doute donc fortement que les autorités aient découvert les divers profils de la sélection irakienne le jour même de son arrivée. Finalement la « star » a pu entrer aux USA. Tout le monde n’a pas eu cette chance. Le photographe de l’équipe, Talal Salah, après avoir été retenu dix heures, a été expulsé.

Irak, Iran ou Breel Embolo : les compagnons de galère
La fébrilité et les craintes américaines sont naturellement indexées sur les relations avec les pays concernés. De plus en plus enfermés dans un délire obsidional, les États-Unis se construisent un isolationnisme craintif, amplifié par le conflit en cours au Moyen-Orient. Le cas de l’Iran s’est évidemment révélé le plus emblématique. Après moult rebondissements, souvent liés à l’évolution du conflit, l’ambassade américaine en Turquie, avec l’autorisation du Département d’État, a accordé vendredi dernier le précieux sésame aux membres de la Team Melli et au personnel minimum nécessaire pour les accompagner. L’occasion de faire le tri et de refuser à quinze individus l’accès au sol américain, dont Mehdi Taj, ancien commandant des Gardiens de la Révolution, qui sont pour rappel considérés par les États-Unis comment une organisation terroriste étrangère (Foreign Terrorist Organization, FTO) depuis le 15 avril 2019.
L’histoire n’est certainement pas terminée, puisque l’on ignore encore de quelle manière l’équipe coachée par Amir Ghalenoei va pouvoir disputer ses matchs aux États-Unis, où elle ne peut en principe rester que très peu de temps à chaque déplacement. Elle a d’ailleurs dû décaler son camp de base à Tijuana, au Mexique.

Si, effectivement, une hiérarchisation demeure aux yeux des autorités américaines, notamment au regard de considérations géopolitiques, plus personne n’est totalement à l’abri. Y compris au sein des sélections européennes, pour peu que le profil du voyageur ne soit pas jugé suffisamment « natif » à leurs yeux. Par exemple, Breel Embolo. L’attaquant suisse, né au Cameroun, a obtenu très tardivement l’autorisation de rejoindre sa sélection pour la Coupe du monde, après un refus initial de visa. Il avait manqué le départ de la délégation pour son stage de préparation à San Diego.
Merci pour l’accueil…
Dans toutes ces situations, la FIFA n’a pas pu, ou pas voulu, faire grand-chose. Mais la situation la plus emblématique reste celle des supporters. On sait que certains pays – une quarantaine au total, souvent considérés comme « à risque de dépassement de séjour », comprenez une source d’immigration irrégulière – sont soumis à des procédures très restrictives. C’est le cas également de nations qualifiées pour le Mondial (Iran, Haïti, Sénégal, Côte d’Ivoire, Algérie, Cap-Vert ou encore Tunisie). Les conditions requises peuvent aller jusqu’à réclamer 13 000 dollars de caution – même si cette exigence a été récemment allégée – ou bien rendre l’obtention du visa quasiment impossible.
Toutefois, la presse ou les réseaux sociaux se sont fait l’écho de difficultés et de refus de plus en plus généralisés, quel que soit le pays ou le continent. Preuve de ce durcissement, comme le révélait notamment L’Équipe, des supporters écossais ont eu récemment leur lot de déconvenues. Certains se sont vu refuser l’ESTA, première procédure nécessaire pour entrer aux États-Unis, perdant ainsi l’argent déjà dépensé. Des sommes loin d’être négligeables au regard du coût du voyage, des hôtels et des billets.
Cette situation ne constitue qu’un des symptômes, amplifié à l’occasion de la Coupe du monde, de la détérioration de l’accueil réservé aux visiteurs étrangers aux États-Unis. Les statistiques indiquent une baisse d’environ 6 % en 2025 par rapport à 2024. En avril 2026, les arrivées internationales étaient encore en recul d’environ 14 % sur un an. Mais rassurez-vous : Donald Trump s’en moque. Quant à Gianni Infantino, il doit être accaparé par les répétitions du spectacle prévu pour la finale.
Un attaquant irakien interrogé pendant 7 heures aux États-UnisPar Nicolas Kssis-Martov






















































