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Pierre Sage de Lens à la Premier League : un drôle de signal

Par Timothé Crépin
5' 5 minutes
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Pierre Sage en Premier League : un drôle de signal

Pierre Sage va donc quitter le RC Lens pour la Premier League. La phrase paraît dingue vu le CV assez court de Sage dans le monde du coaching et, surtout, l’incroyable saison lensoise qui vient de s’achever, avec la Ligue des champions en septembre. Et pourtant...

Ça ne surprendra plus personne mais, le foot, ça va vite. Tellement vite que même la machine à sentiments approche la surchauffe. Imaginez une seule seconde un supporter du Racing Club de Lens : il y a à peine un an, son club venait de se placer à la septième place de la Ligue 1 au bout d’une saison sportivement très correcte, mais éprouvante en interne avec un chantier à tous les étages de la fusée Sang & Or pour parvenir à une stabilité avant tout financière. Histoire d’oublier les excès des années Arnaud Pouille – Franck Haise, après la formidable saison 2022-2023 (2e et une qualification en Ligue des champions). Pour, donc, en mai 2026, conquérir une formidable deuxième place en Ligue 1, en titillant le Paris Saint-Germain jusqu’au bout, et, surtout, en soulevant la première Coupe de France de son histoire l’année de ses 120 ans. Avec des hommes (Benjamin Parrot à la direction générale, Jean-Louis Leca à la direction sportive) qui respirent et transpirent des valeurs lensoises. Et un entraîneur, Pierre Sage, qui avait laissé de bons souvenirs à l’Olympique lyonnais, d’où il avait été viré comme un malpropre par John Textor.

Sage et une image

La question centrale était de savoir s’il était capable d’enchaîner ailleurs que chez lui, à Lyon. On a vu. La prouesse fut remarquable. À savoir de remettre à l’endroit une équipe dont les nombreux doutes ne pouvaient mener nulle part. « Il a cerné le groupe, la dynamique en une ou deux semaines, reconnaissait Malang Sarr, dans le podcast Kampo. Je me suis dit : “Comment c’est possible ?” Arriver et de dire directement : “Notre problème, c’est ça, ça, ça, et si on arrive à changer, vous allez voir, on va faire une grande saison.” » Le défenseur franco-sénégalais est d’ailleurs le plus grand symbole de ce qu’a réussi à accomplir Sage en un temps record. Complètement perdu, proche de partir en Belgique en juillet 2025, Sarr s’est métamorphosé pour devenir une machine de guerre, sous Pierre Sage.

Le Jurassien, 47 ans, élu meilleur entraîneur de Ligue 1 par ses pairs, devant Luis Enrique, pas encore double champion d’Europe, signe d’une saison dingue et d’une carrière chez les pros qui semblait enfin partie pour durer. Il allait vivre la Ligue des champions avec Lens, dans un club, qui s’est remis à l’endroit financièrement, même si cela reste fragile, qui se structure toujours plus, avec un stade Bollaert acheté il y a quelques mois, une formation qui fait éclore talent sur talent, idéal pour l’éducateur qu’il a été et qu’il est aussi resté. Un an de plus en Artois, des bonnes performances en C1, et à lui les portes de la grande Premier League, dont il a toujours rêvé secrètement.

Une histoire de tremplin

Sauf qu’il n’a pas le temps, ou qu’il estime que le train ne passera pas deux fois – ce qui peut s’entendre, aussi. Chez Pierre Sage, c’est clair, l’ambition est immense. Trop ? Le futur dira s’il a été trop gourmand. Il a entendu Joseph Oughourlian, au lendemain du sacre en Coupe, rappeler que son club, malgré cette saison historique, ne fera pas de folie pour convaincre ceux qui sont courtisés ailleurs. Après avoir relevé l’OL et écrit l’histoire du RC Lens, il a décidé de surfer sur la vague. La trajectoire est dingue, à y regarder de plus près. Habituellement, ce genre de trajectoire est réservée aux jeunes joueurs, ces comètes qui explosent d’un coup et qui arrivent si vite au sommet. Ici, c’est un jeune entraîneur. Sage aurait selon RMC décidé de dire oui à Crystal Palace pour prendre la suite d’Oliver Glasner. N’en déplaise aux supporters et à ce sentiment d’attachement à un club qui n’existe quasiment plus en Ligue 1.

Pour Sage, Lens a été un tremplin pour se montrer et se faire un nom en France, puis apparaître dans les radars de directions sportives à l’étranger. Les Eagles doivent être le tremplin de la crédibilité pour, qui sait, un jour, accéder au plus grand, et pourquoi pas Liverpool, qu’il apprécie tant. C’est aussi l’occasion pour lui d’écrire l’histoire du coaching français : à lui de devenir la nouvelle locomotive des entraîneurs français, peut-être aux côtés de Régis Le Bris, même si le boss de Sunderland est moins connu dans l’Hexagone, et relever une corporation qui s’exporte bien trop peu.

La Ligue 1 doit aussi faire son auto-critique

Le départ de Pierre Sage questionne beaucoup, aussi, sur ce que sont devenus notre Ligue 1 et le football français. Car au-delà du fait qu’on est tellement peu habitués à voir l’un de ses entraîneurs être courtisés à l’étranger. Si le foot en France n’était pas en déclin en matière de niveau et d’exposition, Sage serait resté. Si le fameux milliard des droits TV avait été trouvé, avec un foot français stable de haut en bas et donc des moyens bien meilleurs, Pierre Sage aurait forcément réfléchi davantage avant de prendre l’Eurostar.

On peut considérer, légitimement, sa communication post-Coupe de France comme bien ratée (notamment l’épisode Téléfoot où il répond par l’affirmative à une question sur sa présence à Lens en 2026-2027). Le sentiment de trahison côté lensois peut s’entendre, c’est d’ailleurs une sacrée redescente sur terre pour les Sang & Or. Le projet n’est pas à remettre en cause, mais la possible ambition de durer au plus haut du foot français n’est pas pour tout de suite. On doit aussi reconnaître et accompagner un entraîneur qui connaît les rouages du foot pro, qui s’est préparé pour cela depuis des décennies, et qui entretient, notamment avec les médias, une certaine franchise qui dénote dans ce monde dominé par la langue de bois. Il fallait être présent aux conférences de presse de Sage à La Gaillette pour se rendre compte du côté passionnant du bonhomme. C’est sa chance. Sage n’est pas un ancien joueur, Sage n’a pas vraiment été couvé par tout un système fédéral avant d’être propulsé. Souvenons-nous de son Lens, qui restera dans l’histoire, et accompagnons-le.

Une rencontre prévue entre Pierre Sage et un club anglais ?

Par Timothé Crépin

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