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Oualid El Hajjam : « Face à un tel incendie, le football reste secondaire »

Depuis le 22 juillet, la Gironde fait face à des incendies hors normes. Plus de 42 000 hectares de forêt sont déjà partis en fumée et 42 sapeurs-pompiers ont été blessés en tentant de contenir les flammes. Contraint de quitter son domicile avec la progression du feu, Oualid El Hajjam, latéral droit des Girondins de Bordeaux de 35 ans, a lui aussi été évacué dans la nuit de vendredi à samedi. Il témoigne.
Une première question banale, mais importante au vu de la situation : comment te sens-tu après ces dernières heures chaotiques ?
Pour l’instant, ce qui se passe est très marquant. Vivre ça en direct, c’est toujours différent de ce qu’on peut voir à la télé. Quand on est réveillé à une heure du matin pour être évacué, qu’il faut tout abandonner pour ne prendre que l’essentiel, sans savoir si la situation va empirer, c’est forcément très éprouvant. Cela dit, tant que la santé n’est pas en jeu et que les dégâts restent matériels, ce n’est pas dramatique, même si pour certains ce sont les économies de toute une vie qui partent en fumée.
Ce qui m’a frappé, c’est qu’on ne distinguait presque plus le soleil, avec une teinte que je n’avais jamais vue auparavant.
Quelle a été ta réaction face aux flammes ?
Ça paraissait vraiment tout proche. En me réveillant d’une sieste, j’ai découvert une pluie de cendres dans le jardin. Ce qui m’a frappé, c’est qu’on ne distinguait presque plus le soleil, avec une teinte que je n’avais jamais vue auparavant. Le ciel et l’odeur ambiante étaient tout aussi saisissants et impressionnants.
Aujourd’hui, es-tu en sécurité ?
J’ai pu retourner voir mes parents à Châteauroux avec ma famille. C’était bien plus simple pour être logé dans de meilleures conditions, et être en sécurité. Mais je suis les informations quotidiennement. On observe tout ça de près. C’est vraiment très dur de ne pas calculer ce qu’il se passe. Déjà de base on s’y intéresse dès qu’il y a un incendie dans le pays, mais là, on sent concerné car on connaît des personnes qui sont encore sur place. Il faut aussi saluer le travail remarquable des pompiers : on les soutient comme on peut, en suivant leurs actions à la télévision. Et du côté du club, si tout s’est bien déroulé, c’est grâce au travail incroyable d’Axelle Allegret, l’attachée de presse du club.
Justement, tu l’as remerciée ce dimanche dans une story Instagram. Quel a été son rôle dans l’évacuation des joueurs ?
Ce qu’elle a accompli est admirable. Franchement, dans certains clubs de Ligue 1 les choses ne se seraient pas forcément passées ainsi. À une heure du matin, en pleine nuit, elle a trouvé toutes les solutions d’hébergement en urgence pour les joueurs. Elle a également déposé les joueurs à la gare pour qu’ils puissent partir… Elle mérite, elle aussi, que son travail soit reconnu. Elle aurait très bien pu nous laisser nous débrouiller, plutôt que de prendre son téléphone et d’appeler chacun d’entre nous en pleine nuit. Elle l’a fait avec cœur, et ça fait plaisir de voir des personnes aussi investies. Ça dépasse largement le simple cadre du football. Parfois, on se contente de faire ce pour quoi on est payé dans ce milieu, sans en faire plus. Mais c’est avec ce genre de personne, vraies et sincères, que j’ai envie de garder le contact en dehors du foot et c’est ce que j’ai fait dans chaque club où je suis passé.
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La préparation est donc perturbée par ces événements. Avez-vous reçu des consignes de la part du club ?
Avant tout, le club nous a demandé de prendre soin de nos proches et de notre santé. Sinon, le préparateur physique a mis en place un programme. Avec les joueurs, on essaie de s’organiser du mieux possible, y compris mentalement, ce qui n’est pas évident. Donc oui, la préparation est fortement chamboulée, mais chacun tente de se maintenir en forme de son côté.
As-tu pu échanger ces dernières heures avec tes coéquipiers ? Tout le monde est-il en sécurité ?
Oui, la plupart sont rentrés chez eux. Certains sont carrément partis à Paris, d’autres ont rejoint leur famille. On prend régulièrement des nouvelles les uns des autres. Je pense que cette épreuve ne peut que nous rapprocher davantage, alors qu’on avait déjà un excellent groupe et une bonne entente avec le staff. Il faut que chacun reste positif.
À notre retour, on participera aussi aux collectes pour venir en aide aux personnes les plus touchées.
Sur les chaînes d’info et plus largement dans les médias, on observe un élan de solidarité impressionnant envers les victimes et les pompiers. Les joueurs des Girondins sont-ils eux aussi engagés dans cette lutte contre les flammes ?
Chacun a fait ce qu’il a pu lorsqu’il était encore sur place, notamment en aidant à évacuer les personnes âgées. On ne pouvait pas partir en les laissant sans savoir comment elles seraient prises en charge. On a finalement pu faire le tour du quartier, faire le point avec les familles, prévenir les proches et les enfants pour qu’ils viennent récupérer leurs parents. À notre retour, on participera aussi aux collectes pour venir en aide aux personnes les plus touchées.
Entre la rétrogradation administrative il y a quelques jours et maintenant les incendies, ça commence à faire beaucoup pour vous, les joueurs ?
C’est pesant. Il y a quelque chose qui travaille inconsciemment dans nos têtes, mais ça doit nous rendre plus forts. Le fait de patienter ensemble, de fournir des efforts collectifs, permet de s’entraider et de se renforcer mutuellement. Pour ma part, c’est différent : j’ai pas mal d’expérience, donc je suis moins affecté que certains, notamment les plus jeunes, qui, en cas de relégation, ont besoin d’atteindre rapidement le plus haut niveau pour que leur carrière décolle. Pour eux, cette double épreuve est sans doute plus délicate à vivre que pour moi. Peu importe la division, c’est le projet de faire remonter le club au sommet qui m’a attiré ici, j’étais prévenu des petits soucis internes ou externes qu’il y avait donc mentalement, j’étais prêt. Je suis un peu moins touché qu’eux, mais la situation reste très délicate.
Dans ce genre de moment, penser au football passe au second plan ?
Exactement. On essaie de s’entraîner comme on peut, mais ça reste secondaire face à un tel incendie. On pense d’abord à sa santé, et ensuite au football. Chaque chose retrouve finalement la place qui lui revient.
Plusieurs joueurs des Girondins ont dû être relogés en urgencePropos recueillis par Evan Margerin















































