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Les Girondins de Bordeaux, le calice jusqu’à l’agonie

Par Brice Bossavie
5' 5 minutes
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Les Girondins de Bordeaux, le calice jusqu’à l’agonie

Comme tous les étés depuis cinq ans maintenant, les Girondins de Bordeaux sont englués dans un feuilleton administratif et financier, sans savoir dans quelle division ils pourront évoluer. Une constante dangereuse (et fatigante) qui tue petit à petit la passion et l’engouement autour du club.

Une claque dans la gueule. C’est sans doute la sensation qu’ont ressentie tous les supporters des Girondins de Bordeaux mardi soir, en ouvrant leur téléphone après la défaite des Bleus, pour apprendre la possible liquidation judiciaire de leur club. Claque dans la gueule, parce que, dans le déni du supporter, la disparition d’une figure historique du football français reste toujours inimaginable. Claque dans la gueule aussi, parce qu’après de longues années de dégringolades sportives, de rétrogradations, de recours administratifs et de promesses jamais tenues, la situation des Girondins de Bordeaux semble inexorablement continuer d’être la même : un navire qui ne sait plus dans quelle direction naviguer, si ce n’est celle des tribunaux à chaque fin de saison.

Depuis l’annonce en 2021 du retrait du fonds d’investissement King Street (après plusieurs années de gestion catastrophique et dangereuse pour le club avec GACP) et l’arrivée de Gérard Lopez, les fins de saisons des Girondins de Bordeaux ne sont plus rythmées par un suspense sportif mais constamment administratif. En l’espace de cinq ans, les suiveurs du club ont ainsi sans doute plus entendu parler des mots « DNCG », « Tribunal de commerce », « relégation administrative » et “Comité national olympique et sportif français » que « mercato », « fonds de jeu », et encore moins « ambitions sportives ». Une constante qui, bien que le club ait réussi à échapper aux pires scénarios, n’en finit pas de tuer tout enthousiasme pour le club et son avenir.

Le flou permanent

Si les supporters ont le mérite de n’avoir jamais lâché, même dans les tribunes des matchs en National 2 (où ils étaient encore présents en nombre cette année), le flou artistique total qui règne autour des Girondins depuis cinq ans maintenant donne l’impression de voir une direction tenter de remettre un coup de défibrillateur désespéré à chaque fin de saison, souvent pour des mauvaises raisons. Car malgré les grandes phrases sur l’amour des Girondins de Bordeaux de la direction, il est difficile de ne pas voir dans ces sauvetages financiers sans fin une lutte pour ne pas perdre trop d’argent par rapport aux investissements initiaux, plutôt qu’une volonté de sauver un héritage sportif et local.

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Suivre les Girondins de Bordeaux en 2026 donne au fond l’impression d’avoir droit depuis plusieurs années à un mauvais rendez-vous annuel interminable chez le banquier, à chaque début d’été. Plutôt que de sentir l’enthousiasme du mercato arriver, c’est la petite musique de la dette, du plan de continuation, et des tribunaux qui débarque avec le retour des beaux jours. Une constante quasi annuelle, où ni les supporters, ni les joueurs, ni les employés ne savent dans quelle division ils évolueront à la rentrée, et encore moins à quelle date ils pourront rejouer. Ce flou constant depuis une demi-décennie ne permet ainsi absolument pas de récréer ce qui devrait être le plus important depuis des années : de la passion et de l’engouement.

Lopez dehors, c’est pour quand ?

Au terme d’un scénario fatigant en rebondissements cette année encore, le club pourrait donc être une nouvelle fois sauvé : après avoir annoncé il y a trois jours se retirer du projet de rachat, le fonds d’investissement anglais Sparta a fini par subitement se réveiller. Une bonne nouvelle à court terme qui ne change pas le fond du problème : à force d’instabilité, de feuilletons constants avec la DNCG, de montages financiers et de fonds d’investissement à la chaîne, le sportif et l’identité locale du club ne cessent d’être minés par des calculs d’apothicaires dont on ne comprend plus vraiment les intentions. Le possible repreneur du club, même sans Gérard Lopez (qui a pour la première fois émis l’idée de totalement se retirer du projet) sera-t-il vraiment là pour les bonnes raisons ? Le passif des fonds d’investissement dans le monde du football, et encore plus à Bordeaux, laisse évidemment une nouvelle fois des gros doutes, avant même cette prise de fonction.

Supporter un club, quel qu’il soit et à n’importe quel niveau, demande un investissement personnel et émotionnel fort. Pour fonctionner, cet engouement a en général besoin d’une histoire attachante, avec des personnages auxquels l’on a envie d’adhérer. La valse interminable de propriétaires, de montages financiers, et de passages devant des tribunaux ces dernières années, n’aura pas laissé cette possibilité aux supporters des Girondins de Bordeaux. Comme une série télévisée s’étirant à rallonge, la descente aux enfers du club aux airs de The Walking Dead semble n’en plus finir. Au point qu’une partie des supporters souhaiterait même passer par la case liquidation judiciaire, avec maintien du statut du club via l’association présidée par Jean Louis Triaud. À voir les mauvais rebondissements constants de ces dernières années, il y a en effet de quoi avoir envie d’éteindre sa télé. Ou descendre encore plus bas, une bonne fois pour toutes, pour espérer un nouveau départ sur des bases saines. À condition qu’il soit – enfin – motivé par de meilleures intentions. C’est tout l’enjeu d’un possible reboot.

(Cet article aurait évidemment dû être rédigé par Mathias Edwards. Une pensée pour sa famille et ses proches.)

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Par Brice Bossavie

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