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Sénégal-Maroc : plus c’est Lion, plus c’est bon

Par Mathieu Rollinger
5 minutes

Aussi réussie d’un point de vue organisationnel que frustrante sur le plan du jeu, la finale de la CAN 2025 met aux prises les deux nations qui pouvaient objectivement se présenter comme étant les mieux armées du continent. Si les hôtes marocains ont une occasion unique d’entrer dans la légende du Royaume, les solides Sénégalais ne demandent qu’à gâcher la fête. Et si ce dimanche nous offrait enfin le match d’anthologie que ce tournoi mérite ?

Sénégal-Maroc : plus c’est Lion, plus c’est bon

Toutes nos excuses auprès d’Anne-Sophie Lapix, Mac Lesggy et Julien Courbet. Ce dimanche, pas de 20.10, pas de E=M6, pas de Capital au programme. Au lieu d’un reportage titré « Plus proche, moins cher : Carrefour et Leclerc relancent le match ! », la 6 va devoir faire de la place dans sa grille à un choc qui vaudra cher entre deux sélections aux ambitions très proches. En effet, c’est en clair que le public hexagonal pourra suivre la baston entre Sénégal et Maroc, en finale de la 35e Coupe d’Afrique des nations. L’épilogue d’un mois de compétition qui, pour les plus initiés et sur les différents canaux de Bein, a charrié son lot de drama, de Robert Malm et de plans aériens sur des stades flambant neufs.

Certains ont osé en parler comme de « la CAN la plus relevée de l’histoire ». Si on se borne aux infrastructures, à l’organisation au poil (à l’arrivée des Sénégalais à la gare de Rabat près) et aux favoris répondant présents, l’édition marocaine n’a pas à rougir, loin de là. Mais pour se faire une place durable dans les annales, il aurait fallu un brin plus de surprises, d’audace tactique et surtout de matchs ayant la capacité de décrocher les mâchoires. Les demi-finales comme l’ensemble de la phase finale ont pu notamment nous laisser sur notre faim (allez si, la foudre de Boulbina laissera une petite marque indélébile au fond de nos cervelles). Alors qu’une finale a rarement l’occasion de présenter le scénario le plus emballant, c’est une raison supplémentaire d’en attendre beaucoup de ce duel entre Lions, ceux de la Téranga d’un côté et ceux de l’Atlas de l’autre.

Un long Dima de fiançailles

Au moment d’entrer dans la cage de Rabat, ce sont les épaules marocaines qui risquent d’avoir le plus de poids à supporter. Un fardeau qui n’a fait que gonfler depuis 50 ans, moment où le Royaume chérifien remportait sa première et unique CAN, quand le champion d’Afrique était désigné à l’issue d’une phase de groupes. Depuis la première pierre posée par le MVP Brahim Díaz et la bicyclette inaugurale d’Ayoub El Kaabi le 21 décembre contre les Comores, les hommes de Walid Regragui ont donc l’obligation de rejoindre cette finale et – tant qu’à faire – la remporter. « Cette équipe le mérite, tous les Marocains le méritent, jurait le capitaine Achraf Hakimi après avoir arraché la qualif aux tirs au but contre le Nigeria. On est très heureux, mais on n’a pas encore fini le travail. »

Aujourd’hui, on récolte l’âge d’or du football marocain, mais il ne faut pas oublier d’où on vient.

Walid Regragui

La mission est donc en bonne voie, sans pourtant avoir convaincu tout le monde. Le nul concédé en phase de groupes face au Mali a instillé le doute. Le pion de Lassine Sinayoko reste le seul encaissé par Yassine Bounou ce mois-ci, mais les 9 buts inscrits en 6 matchs n’ont pas assouvi la soif des fans, ni effacé les suspicions des rivaux quant à la complaisance des arbitres. Si bien que le chef de bande s’est retrouvé sous le feu de la critique. « Je n’ai pas été que chahuté, ce n’était pas une campagne correcte. Mais ce n’est pas grave, on l’a accepté, le groupe m’a protégé, a déploré Regragui, lui qui était jusqu’ici vénéré pour avoir emmené son groupe en demi-finales de la dernière Coupe du monde, une première pour une sélection africaine. Les joueurs aiment leur coach, je leur ai dit de me le rendre sur le terrain. Je suis très heureux pour le public marocain et aussi pour les anciens. Aujourd’hui, on récolte l’âge d’or du football marocain, mais il ne faut pas oublier d’où on vient. » Reste qu’un échec ce dimanche serait très certainement vécu comme « une catastrophe » sans que personne ne prenne en considération la qualité de l’adversaire.

Le Sénégal, avec l’art et Sadio Mané

Parce que ce Sénégal, c’est du costaud. Pape Thiaw a repris avec brio le flambeau d’Aliou Cissé pour mener les Gaïndés jusqu’à leur troisième finale en quatre éditions et espérer un deuxième sacre. L’équipe a passé tout le mois à Tanger, avec pas mal de sérénité (12 buts inscrits, 2 encaissés), et peut compter sur un groupe homogène bien connu sous nos latitudes (10 évoluent actuellement en Ligue 1, 9 autres en sont issus) et un guide, Sadio Mané. Ce « monument » (pour reprendre l’expression de Thiaw), pointé du doigt en décembre, pourrait disputer ce dimanche son 29e et dernier match de CAN, alors qu’il est devenu contre l’Égypte le joueur le plus décisif de la compétition au XXIe siècle (11 buts, 9 passes décisives). Le capitaine sans brassard devra composer sans son compagnon Kalidou Koulibaly et sans le novice Habib Diarra, tous les deux suspendus. Raison supplémentaire pour le coach de compter plus que jamais sur lui, aujourd’hui mais aussi dans le futur : « Le Sénégal a besoin de lui et j’espère qu’on aura encore des années avec lui. »

Avant de lever le rideau sur cette finale, impossible de dégager un favori. Chaque collectif est en mission, se connaît parfaitement et a ses atouts, connus de tout le continent (Hakimi d’un côté et Mané de l’autre donc) ou récemment dévoilés (Brahim Díaz et Ibrahim Mbaye). Le trophée tombera forcément dans les bras d’une des deux sélections qui travaillent le mieux, qui se partagent les compétitions de jeunes depuis plusieurs saisons, et dont le projet peut convaincre les meilleurs binationaux de les rejoindre. Si bien qu’avec ou sans la couronne continentale sur la tête, ces deux nations se présenteront fières et conquérantes à la prochaine Coupe du monde. Une perspective bien plus réjouissante que la suite du programme sur M6, puisqu’à 22h50, la soirée reprend son cours avec un numéro d’Enquête exclusive, avec un numéro inédit « Iran : les Ayatollahs aux abois ».

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