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Adil Boulbina, un nouveau duc en Algérie

Par Mohamed Helti
5 minutes

Il est entré quand l’Algérie commençait à regretter toutes les occasions vendangées et à préparer mentalement une séance de tirs au but dont elle se serait bien passée. À la 119e minute, Adil Boulbina a claqué une frappe sèche et a transformé un huitième de finale verrouillé contre la RD Congo en point de bascule. Le plan B a soudain pris toute la place. La continuité logique d’un joueur qui, depuis un an, empile les buts et les décisions fortes, en Algérie comme au Qatar, avant d’être rappelé par la force des choses.

Adil Boulbina, un nouveau duc en Algérie

Ce match contre la RD Congo, l’Algérie était en train de le perdre sans le perdre, ce mardi soir à Rabat. Une rencontre pauvre en idées, lourde dans le rythme, où les corps semblaient déjà penser à l’après. La prolongation ressemblait à une évidence, la séance de tirs au but à une menace. Quand Adil Boulbina entre, il n’est pas censé changer le scénario. D’autant que son temps de jeu dans cette CAN est quasi symbolique : douze minutes au total avant ce huitième. Une entrée face au Soudan lors du match d’ouverture, puis celle-ci, tardive, face aux Léopards, qui l’a fait passer dans une dimension avec la sélection.

Quand le ballon de Ramiz Zerrouki arrive, sait-il déjà ce qu’il va faire ? Il y a cette demi-seconde de lecture, sans hésitation, pour déclencher une frappe propre, violente, imparable. Un geste comme un flash-back du tir de Cristiano Ronaldo contre le Barça en Coupe du Roi. Dans les tribunes, Zinédine Zidane est capté par les caméras, surpris comme tout le monde. Son fils Luca aurait dû enfiler la cape de héros en cas de séance de tirs au but, il l’a volontiers laissée à Boulbina, qui avait tout senti avant de tromper Lionel Mpasi. « J’avais le pressentiment de marquer », lâchait-il après le match, avant de préciser qu’il ne pensait pas le faire « d’une aussi belle manière ».

Larmes, fake news et validation de Benzema

Il insiste surtout sur le peuple et l’émotion de marquer pour l’Algérie dans ce genre de rencontre. Dans ce genre de moment : « Je quitte le stade en larmes. En voyant ce peuple algérien qui te suit et te soutient partout, même devant l’hôtel, des gens qui laissent leur famille pour venir… Quand tu les rends heureux, c’est une immense fierté. » Il y a l’euphorie, puis ce message clair : « Il faut rester concentrés pour la suite. » Concentré, il a dû le rester pour ne pas être déstabilisé par une fake news sortie quelques heures avant le match face à la RDC. Celle-ci l’accusait d’avoir volé des amandes dans le buffet de l’hôtel des joueurs algériens. Le jeune de 22 ans a rapidement appris les coulisses de ces CAN difficiles à remporter. Plus de blabla que de mal pour le natif de l’Est algérien qui n’a pas vu son coup de pied être freiné par les polémiques.

Avant d’être l’homme d’une minute, Adil Boulbina est surtout celui d’une saison entière. Né à El Milia, dans la wilaya de Jijel, formé au Paradou, le droitier a survolé la Ligue 1 Mobilis (la D1 algérienne) la saison passée. Vingt buts, meilleur total du championnat, et une régularité qui tranche dans une équipe souvent dépouillée de ses meilleurs éléments à chaque mercato. Pas seulement un finisseur, un joueur qui assume le poids du jeu, décide des matchs et force les défenses à reculer. « Il faisait peur avant même le coup d’envoi », confiait son entraîneur de Ligue 1 algérienne en fin de saison. Comme beaucoup de produits du Paradou, le numéro 27 des Verts finit par faire ses valises.

Direction le Qatar, avec l’étiquette habituelle collée par une partie des médias algériens : trop tôt, trop loin, trop grand écart. Boulbina, lui, y voit surtout un tremplin, pas une cachette. En championnat qatari comme en Ligue des champions asiatique, il continue d’aligner les prestations pleines, sans période d’adaptation notable. Jusqu’à ce match face à Al-Ittihad en C1 asiatique, où il signe un triplé contre l’équipe de Karim Benzema.

Trois buts, et des éloges arrachés au Ballon d’or du peuple. À la fin de la rencontre, Benzema lâche, presque sobrement : « Il est fort, très fort. » Validation express, par quelqu’un qui sait reconnaître un attaquant quand il en croise un. Surtout, Boulbina évolue désormais sous les ordres de Djamel Belmadi, ex-sélectionneur des Fennecs devenu entraîneur de club. Une relation sans fioritures, basée sur une règle simple : rendement immédiat. « Ici, personne ne joue sur son CV », résumait l’ex-ministre du bonheur en 2024.

Le bon coup de Petković

Après la Coupe arabe, Vladimir Petković tranche. Et pas sur un coup de tête. Le sélectionneur organise une réunion avec Madjid Bougherra, alors en charge de l’équipe A’, pour lui chiper Adil Boulbina. Le message est clair : une compétition comme la Coupe arabe ne pèse pas lourd face à l’urgence de récupérer le meilleur joueur d’Al-Duhail. La hiérarchie des priorités est posée. Le staff ne veut plus d’un bon élément local, mais d’un joueur immédiatement exploitable au plus haut niveau. Ce choix n’a rien d’improvisé. Les blessures d’Amine Gouiri et de Youcef Belaïli forcent l’Algérie à élargir ses options offensives. Il faut un back-up prêt, pas un projet à polir.

Boulbina est appelé pour ça. Quand il entre face à la RD Congo, avec seulement douze minutes disputées depuis le début de la CAN, son visage en dit long. À la fin du match, son émotion déborde. Pas celle d’un héros surpris, mais celle d’un joueur qui avait des fourmis dans les jambes depuis des semaines, et une idée fixe en tête : réparer la fissure laissée par la Coupe arabe. Le parallèle revient naturellement. La dernière fois que l’Algérie a misé sur un joueur local évoluant au Qatar, c’était Youcef Belaïli. Résultat : une CAN remportée en 2019, avec un rôle central. Comparaison prématurée, évidemment. Mais rappel utile : le talent algérien n’a pas besoin d’un passeport européen pour être décisif. À 22 ans, Adil Boulbina n’est pas encore installé. Mais il a réglé une question essentielle : il peut compter, et maintenant, il le sait.

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