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Le monde (du foot) a besoin de plus de Pep Guardiola
Déjà réputé comme étant l’un des plus grands entraîneurs de l’histoire du football, Pep Guardiola se distingue aussi par ses prises de position politiques, aussi courageuses que rares dans le métier. Mais cet engagement, qu’on peut qualifier de militant, ne date pas de la semaine dernière et mériterait d’être suivi.

« Jamais, jamais dans l’histoire de l’humanité nous n’avons eu accès à autant d’informations : le génocide en Palestine, ce qui se passe en Ukraine, en Russie, au Soudan, partout dans le monde. Tout cela se déroule en face de nous. Est-ce qu’on veut ouvrir les yeux ? Voilà notre problème en tant qu’êtres humains. » Non, ce n’est pas un discours de Greta Thunberg, une envolée lyrique d’un prix Nobel de la paix, ou encore d’un politicien, mais bien les mots de Pep Guardiola, entraîneur de Manchester City, lors d’une conférence de presse ce mardi avant les demi-finales de League Cup face à Newcastle. Histoire de rappeler qu’au-delà d’être un grand coach, l’Espagnol était aussi capable d’élever les débats en dehors des terrains. Un cri du cœur qui tranche avec un monde du football toujours plus aseptisé et silencieux sur les sujets d’actualité sensibles.
📢 Must watch: an extraordinary speech from Pep Guardiola as he goes far beyond football to speak out against violence and injustice. Guardiola referenced fatal ICE shootings in the US involving Renee Good and Alex Pretti, and spoke about Palestine, Ukraine and Sudan. pic.twitter.com/TsT1C5bAQG
— BeanymanSports (@BeanymanSports) February 3, 2026
Indigné, toujours !
Cette diatribe sur les conflits mondiaux et les bavures d’ICE, la police de l’immigration américaine, n’est évidemment pas la première de l’architecte du grand Barça (2008-2012). Membre d’une association catalane dédiée au sauvetage des vies humaines en mer pendant plusieurs années, l’entraîneur de City, qui a assuré que c’était la première fois en 10 ans qu’un journaliste le questionnait sur ses engagements, est aussi intervenu il y a quelques jours à Barcelone au cours d’un concert caritatif en soutien à la Palestine en portant un keffieh, symbole important pour l’identité palestinienne, où il a répété clairement qu’il y avait « un génocide en cours », là où d’autres prennent encore des pincettes pour définir ce qui se passe dans cette zone de la planète. Conséquence, il a été nommé entraîneur honoraire de l’équipe palestinienne Al-Irada de Gaza, un club qui regroupe des footballeurs amputés à la suite des attaques israéliennes.
Si de nombreuses fédérations sont également montées au créneau et ont mis en place des opérations de soutien pour les Gazaouis, comme la Norvège, qui a reversé ses recettes de la billetterie de sa rencontre face à Israël à Médecins sans frontières lors des qualifications pour la Coupe du monde 2026, l’entraîneur de City parle seul, en son nom, et en assume toutes les conséquences, ce qui renforce le poids de son message. Historiquement, le Catalan n’est pas le premier entraîneur à parler publiquement de sujets qui fâchent ; à l’instar de l’ancien coach de Fribourg Christian Streich, s’opposant à l’extrême droite et militant pour l’accueil des migrants en Allemagne, mais très peu de techniciens de son rang ont osé prendre la parole.
“Salam Aleycoum.” Arborant un keffieh à Barcelone, Pep Guardiola s’est exprimé lors de l’événement caritatif Act x Palestine en soutien aux enfants de Gaza. Les fonds récoltés seront dédiés à des actions humanitaires et de développement en Palestine. 🇵🇸🤍 [via @leylahamed] pic.twitter.com/KIApJivuEW
— Blue Moon (@FRBlueMoon) January 29, 2026
Il apparaît aujourd’hui comme un ovni dans une ère où la moindre citation mal interprétée peut créer une polémique sur les réseaux sociaux. En s’affranchissant des codes de la communication et en prenant son courage à deux mains, Guardiola porte le costume de l’entraîneur révolutionnaire qui ne se contente pas de commenter l’actualité qui le touche directement, comme l’indépendance de la Catalogne : « Des milliers de personnes innocentes tuées, cela m’affecte profondément, ce n’est pas plus compliqué que cela. […] Alors, je suis désolé, je lutterai, je serai toujours là. Toujours. »
Payé par les Émirats, et alors ?
Alors que le président de la FIFA, Gianni Infantino, est devenu le pantin de Donald Trump et qu’il s’est dit favorable à une levée des sanctions contre la Russie, il est important dans ce sport où le capitalisme règne en maître que des voix s’élèvent. Et dans ces heures troubles, l’ancien coach des Blaugrana a un rôle à jouer face au silence assourdissant ou aux hésitations de ses confrères – qui ont le droit, soit dit en passant, de garder leur opinion pour eux, s’ils en ont une. L’une des forces de Guardiola est de s’exprimer librement, alors que son club est détenu par les Émirats arabes unis. Un pays qui finance notamment l’armement des forces paramilitaires au Soudan, accusées de massacre contre la population civile. Après avoir inspiré des générations de coachs en herbe en matière de jeu, il faut espérer que Guardiola puisse aussi donner quelques idées sur des sujets bien plus importants que le tiki taka ou le contre-pressing.
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