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À l’OM, le volcan est l'intérieur

Par Clément Gavard
5 minutes
À l’OM, le volcan est l'intérieur

Roberto De Zerbi n’est plus l’entraîneur de l’OM, et le trio qu’il formait avec Pablo Longoria et Medhi Benatia a fini par exploser. Le fameux contexte marseillais, la pression populaire et le Vélodrome n’y sont pour rien : les trois hommes n’ont cessé d’entretenir ce feu permanent, parfois à l’excès.

Le divorce a été acté en pleine nuit, à l’heure où la cité phocéenne était endormie et quand les supporters marseillais oscillaient entre leurs rêves et leurs cauchemars rythmés par un club qui connaît la recette pour tout gâcher. C’est à 2h35, dans la nuit de mardi à mercredi, que l’OM a communiqué la fin de son histoire avec Roberto De Zerbi « d’un commun accord. Une décision collective, difficile, prise au terme d’une réflexion approfondie dans l’intérêt du club pour répondre aux enjeux sportifs de cette fin de saison. » Une décision surtout entreprise par l’entraîneur italien, selon plusieurs médias, ce dernier ne sentant plus l’adhésion de son groupe à ses idées et ses méthodes après les défaites marquantes à Bruges et à Paris.

Une petite musique bien connue est jouée à chaque crise, mineure ou majeure, ou à chaque échec, d’un joueur ou d’un entraîneur : ce serait de la faute de l’OM, ce que représente le club, son environnement, sa pression populaire et des supporters trop impatients. Le maillot serait trop lourd à porter, l’ambiance trop intimidante et ce serait donc l’extrême passion de ceux qui aiment profondément l’Olympique de Marseille – qui est une force plus qu’une faiblesse – qui serait la cause principale de tous les maux du club olympien. Le contexte marseillais existe, mais il a bon dos.

Les craqueurs d’allumettes

Ces dernières années, ce ne sont en tout cas pas les habitués du Vélodrome qui entretiennent le climat d’instabilité et allument des feux au sein d’un club emmené par des hommes qui n’ont besoin de personne pour craquer des allumettes. Depuis l’histoire chaotique de Marcelino à l’été 2023, à laquelle les supporters avaient contribué à base de coups de pression et de réunions après l’élimination contre le Panathinaïkos, le calme et la patience ont gagné les tribunes toujours très bien garnies et plutôt derrière le projet défendu par un triumvirat qui a fini par exploser au cœur de l’hiver. En dehors des deux ou trois banderoles déployées la semaine dernière avant le match de Coupe de France contre Rennes, le Vél’ avait mis de côté son impatience et n’avait jamais demandé le départ de De Zerbi.

Dans pas longtemps, vous verrez qu’il y aura d’autres personnes à notre place.

Medhi Benatia après le Trophée des champions

Bien sûr, il y a toujours les sifflets après les défaites, les messages sur les réseaux sociaux – quel club de cette dimension peut y échapper ? –, les réunions avec les dirigeants et le coach après l’élimination honteuse contre Bruges en Ligue des champions et tout ce qui fait de Marseille un endroit spécial pour vivre le foot. Le trio Pablo Longoria, Medhi Benatia et Roberto De Zerbi collait à cet environnement passionnel et explosif, mais il aura été autant une chance qu’un frein à un club qui aurait bien besoin de calme après les défaites comme les victoires.

Il y a ces réactions épidermiques qui n’ont fait du bien à personne. Ce ne sont pas les supporters qui ont poussé De Zerbi à bomber le torse et à parler de « passeport français » après la belle victoire de l’OM contre Lens en championnat ; ce n’est pas la pression populaire, même si certains diront que ça y a contribué, qui a provoqué le pétage de câble de Pablo Longoria la saison dernière à Auxerre ; ce n’est pas l’atmosphère du Vélodrome qui a obligé Medhi Benatia, passé de conseiller sportif à directeur du football, à se payer les arbitres (ou Jonathan Clauss, au choix). La passion et les excès de ce trio ont, au fond, quelque chose de sincère dans un milieu où le contrôle et les robots ont pris le dessus sur le reste, mais c’est aussi ce qui conduit aujourd’hui le projet marseillais dans un grand flou en cours de saison.

La stratégie de la machine à laver

Il y a les paradoxes des uns et des autres, et cette drôle de stratégie sportive depuis le début de l’ère Longoria. Ce n’est pas le président marseillais qui tenait à virer De Zerbi, cette semaine, mais De Zerbi qui n’en pouvait plus et qui ne s’y retrouvait plus, comme Jorge Sampaoli, Igor Tudor ou Marcelino avant lui. Une machine à laver qui marche aussi pour les joueurs, qui peuvent passer en l’espace d’une semaine de fils chéris de l’entraîneur à déshérités et contraints à s’exiler à Beşiktaş ou Sassuolo (Amir Murillo en est le dernier exemple). Après la cruelle défaite contre le PSG lors du Trophée des champions, Benatia regrettait qu’il soit « difficile de se projeter » à Marseille, tout en faisant planer le spectre d’un futur départ (« Dans pas longtemps, vous verrez qu’il y aura d’autres personnes à notre place ») : les nombreux joueurs évacués après trois ou quatre mois sans convaincre pourraient lui rendre la pareille.

L’ancien international a raison d’avoir basé son mandat marseillais sur l’exigence et l’ambition pour l’équipe comme le club, mais il faut l’accepter pour soi-même en retour (ce qu’il avait fait, soyons honnêtes, après la débâcle à Bruges). Les supporters ne demandent pas la lune, en tout cas pas à chaque fois : seulement de ne pas vivre une soirée improbable en Ligue des champions, de pouvoir s’attacher à des joueurs qui ne sont pas susceptibles de s’en aller au mercato suivant et de traverser une saison sans avoir à subir de violentes tempêtes tous les deux ou trois mois. Samedi, l’OM retrouvera un Vélodrome acquis à sa cause contre Strasbourg, dans une atmosphère particulière que le club revendique et sans Roberto De Zerbi. Ce n’est pas aux supporters de raisonner leur passion, mais à ceux qui prennent les grandes décisions de l’animer.

Medhi Benatia également prêt à quitter l’OM ?

Par Clément Gavard

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