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Et à la fin, c’est le Stade rennais qui perd

Un peu plus d’un an après son arrivée à Rennes, Habib Beye a vu son aventure prendre fin, ce lundi. Au-delà d’une mauvaise série pour le Stade rennais toujours sixième de Ligue 1, l’entraîneur se trouvait dans une situation intenable, pour diverses raisons. Son successeur pourrait être Franck Haise, mais ce changement ne doit pas masquer les véritables problèmes du club breton.
C’était le mois dernier, à une époque où l’hiver était un peu plus rude dans le nord de la France et où les temps étaient un peu meilleurs au Stade rennais. En tout cas, en apparence. Le 3 janvier, Habib Beye avait décidé de traîner dans les couloirs du stade Pierre-Mauroy, où son équipe venait de bien lancer son année 2026 et de confirmer sa très bonne dynamique en championnat en battant Lille (0-2). Tout allait bien, il avait fallu des coups de klaxons du car des Rouge et Noir pour presser le coach rennais, qui avait causé tactique et s’était lancé dans une anecdote sur ses années au Red Star.
À une quarantaine de kilomètres, ce samedi après la défaite à Lens (3-1), personne n’a eu besoin d’appuyer sur le champignon pour appeler Beye, resté à peine plus de quatre minutes en conférence de presse pour dire qu’il avait toujours « la passion de continuer » au Stade rennais, dans une ambiance crépusculaire au milieu des murmures qui laissaient entendre que la situation était devenue « intenable » en interne. Un communiqué est venu mettre fin au faux suspense, ce lundi à 13h25, dans lequel le SRFC annonçait avoir « engagé une procédure » contre Habib Beye et ses adjoints (comprendre qu’il n’est pas encore officiellement licencié), à quatre jours de la réception du PSG en championnat. Ainsi va la vie de tempêtes au Stade rennais.
Du Beye cool au Beye coule
On ne sait pas si Beye avait vu venir le cyclone, mais il n’avait plus les armes ni les soutiens pour résister, comme il avait pu le faire cet automne après avoir failli faire ses cartons entre une défaite contre Nice et un nul à Toulouse. Que s’est-il passé pour cette équipe et cet entraîneur qui rêvaient de se faire une place dans le top 4 après avoir repris des couleurs en Ligue 1 ? Une série de quatre défaites d’affilée contre Lorient, Monaco, l’OM et Lens (1 but marqué, 12 encaissés), dont la piteuse élimination à Marseille en Coupe de France, dans le jeu et les attitudes, aura fait très mal. Et sans doute précipité la chute de Beye, en délicatesse avec plusieurs joueurs dans le vestiaire, dont Brice Samba, écarté à Lens pour avoir « manqué de respect à l’institution », selon les mots du technicien. La décision n’a pas été comprise par tout le monde.
𝗖𝗼𝗺𝗺𝘂𝗻𝗶𝗾𝘂𝗲́ 𝗼𝗳𝗳𝗶𝗰𝗶𝗲𝗹 ⤵️ Le Stade Rennais F.C. a engagé une procédure à l’endroit de son entraîneur principal Monsieur Habib Beye et de ses adjoints Messieurs Olivier Saragaglia, Sébastien Bichard et Yann Cavezza. Dans l’attente de la décision à venir, les… pic.twitter.com/2ofHq1F4aB
— Stade Rennais F.C. (@staderennais) February 9, 2026
L’ancien international sénégalais, volontairement chambreur et taquin avec ses protégés sur les vidéos officielles du club, notamment pendant la CAN, n’a pas toujours eu que des alliés au sein de l’effectif rennais (Seko Fofana et Ludovic Blas, par exemple, écartés eux aussi lors de la crise automnale). Son management a parfois été remis en question et il semblait avoir perdu le fil tactiquement, mais aussi le soutien d’une partie des supporters, lassés par une approche jugée trop frileuse.
Un autre épisode, très surprenant sur le moment, n’a pas aidé Beye : une conférence de presse, celle avant le déplacement à Monaco, lors de laquelle il avait fortement insisté sur leur rôle, avec son staff, sur la « valorisation » des jeunes du centre de formation. C’était quelques jours avant les grosses ventes de Kader Meïté et de Jérémy Jacquet, et cela avait particulièrement agacé en interne, à la direction comme au centre de formation.
À Rennes, le grand bazar sans la manière
L’aventure aura duré un tout petit peu plus d’un an pour Beye, qui vivait sa première sur un banc en Ligue 1 et qui traverse aujourd’hui ce qu’il faut traverser dans une carrière d’entraîneur : un licenciement. Le coach de 48 ans a eu le mérite d’avoir redressé Rennes qu’il avait récupéré à la 16e place, celle de barragiste, fin janvier 2025, et qu’il laisse à la 6e et donc dans la zone des qualifications européennes début février 2026. Il y a les erreurs d’un entraîneur et le fonctionnement d’un club où règne le bazar plutôt que le calme, les luttes d’influences plutôt que l’unité et les intérêts personnels plutôt qu’une ambition commune. Chacun essaie de gagner du temps, du crédit auprès des propriétaires et de conforter son poste, et à la fin, c’est le Stade rennais et ceux qui aiment vraiment ce club qui sont perdants.
Il serait intéressant, en parallèle des passionnants débats autour de l’identité rennaise lancés par le club à l’occasion des 125 ans, qui seront célébrés le 22 mars prochain au Roazhon Park contre Metz, de se demander pourquoi le club breton n’y arrive pas. Pourquoi il n’a jamais été champion de France dans son histoire, malgré bientôt 70 saisons passées dans l’élite (sur le podium derrière l’OM et Sainté) ; pourquoi il n’a jamais réussi à réaliser une saison hors normes en championnat, comme peut le faire Lens ou même Brest plus récemment (le meilleur classement est une 3e place lors de la saison interrompue par le Covid) et pourquoi la famille Pinault, à la tête du SRFC depuis bientôt 30 ans, n’est pas encore parvenue à corriger ces anomalies, tout en installant un club auparavant moqué pour son amour pour l’ascenseur comme un solide pensionnaire de la Ligue 1 avec plus de moyens (et un centre d’entraînement bientôt totalement rénové et très moderne).

À Haise, breizh ?
« Il faudra poser la question aux historiques du Stade rennais, je ne suis arrivé que depuis un an », avait évacué Beye à cette vaste interrogation ce samedi. Son successeur pourrait s’appeler Franck Haise, dont le nom plane sur les bords de la Vilaine depuis un moment maintenant, déjà à l’époque d’Olivier Cloarec et Florian Maurice, qui s’imaginaient bien le voir prendre la suite de Bruno Genesio, ou encore l’été dernier. L’ancien chouchou de Bollaert connaît bien la maison pour y avoir passé plusieurs années à la formation (2006-2012) et n’a jamais caché son envie d’y revenir un jour pour prendre la tête de l’équipe première. Comme révélé par Ouest-France, des discussions sont engagées entre la direction rennaise et Haise, qui était au Canada ces derniers jours. Ce serait rapide, très rapide, puisqu’il ne s’est même pas écoulé deux mois depuis son départ de Nice, où la fin de son mandat a laissé des traces et des interrogations.
En cas d’accord, il retrouverait alors des têtes connues, comme Laurent Bessière, le directeur de la cellule performance à la forte personnalité qui avait été imposé à Beye, le responsable de la cellule de recrutement Alexandre Pasquini, son ancien adjoint à Nice et Lens, ou encore Arnaud Pouille, un président exécutif dont l’avenir à Rennes n’est pas non plus certain, au moins au-delà de la saison en cours. Le changement d’entraîneur ne va pas tout régler pour un club plombé par les divisions, les clans et une instabilité chronique (9 entraîneurs sur les 10 dernières années, 5 présidents sur la même période), mais aussi à la stratégie sportive trop floue et face au constat que le club vend aussi bien qu’il réinvestit mal (ce qu’il peut réinvestir). Le prochain entraîneur, quel qu’il soit, aura besoin de retrouver un environnement calme, sain et un alignement des hommes pour sortir le Stade rennais d’un cercle vicieux relancé depuis plus de deux ans, avec la désagréable sensation que ce grand bazar dure en fait depuis une éternité.
Des nouvelles de Hatem Ben ArfaPar Clément Gavard
























































