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Pape Thiaw peut-il révolutionner le foot sénégalais ?
Depuis son intronisation à la tête de la sélection sénégalaise il y a un an, Pape Thiaw ne cache pas ses ambitions. Si la priorité de l’ancien international et quart-de-finaliste du Mondial 2002 reste le résultat, il est néanmoins très attaché à ses principes de jeu. Pour l’instant, les résultats lui donnent raison.
C’est avec son calme habituel que Pape Thiaw se présente face aux journalistes, dans la salle de presse du Grand Stade de Tanger, aux alentours de 22h30 ce mardi. « On a dans l’ensemble montré un bon visage dans cette phase de groupes et que nous étions vraiment une bonne équipe dans le jeu. Mais il ne faut pas se reposer sur nos lauriers, une nouvelle compétition commence », soulignait l’ancien attaquant. Les Gaïndé viennent d’assurer l’essentiel avec ce succès 3-0 : une place de leader du groupe B et le plein de confiance, avant d’affronter le Soudan en huitièmes de finale ce samedi (17 heures).
Face au Bénin, tout n’a pas été si simple pour la bande de Sadio Mané, mise en difficulté surtout en première période. Mais, paradoxalement, ce match témoigne de la sérénité et de la maîtrise des événements de Pape Thiaw, qui n’a jamais paniqué. Au coup d’envoi, il opte pour un 4-3-3 classique sans numéro 10, alors que ce rôle est primordial dans son système de jeu. Rectification à la pause, entrée en jeu de Habib Diarra dans ce rôle de meneur, permettant au Sénégal de retrouver de la fluidité offensivement.
La placidité d’un sélectionneur qui dispute pourtant sa première compétition internationale sur le banc de la sélection. « C’est quelqu’un qui ne panique jamais, il est confiant et toujours calme, sûr de ce qu’il fait. Même quand on jouait au foot gamin, il voyait des choses qu’on ne voyait pas, c’était déjà un grand tacticien », témoigne Ousmane Ndiaye. Ami d’enfance du sélectionneur, il connaît bien le personnage. En 2018, il est vice-président de l’ASC Niarry-Tally (poste qu’il occupe toujours) et donne à Pape Thiaw sa première expérience sur un banc, lui qui était tout juste diplômé de la licence CAF : « Dès qu’il est arrivé chez nous, il a apporté cette rigueur et cette sérénité, ce qui a permis au club de progresser, pas seulement au niveau des résultats, mais aussi au niveau de la méthode de travail, de l’état d’esprit. »

Un autre Sénégal après l’ère Aliou Cissé
« Nous voulons être une équipe protagoniste, qui joue peu importe l’adversaire. » Cette phrase prononcée par Thiaw avant le match amical de novembre dernier face au Brésil (0-2) n’est pas une parole en l’air, mais témoigne des ambitions du tacticien. Gagner oui, mais avec la manière. Depuis son arrivée à la tête du Sénégal en décembre 2024, le passeur décisif héroïque pour Henri Camara en 2002 est parvenu à lier la parole aux actes. « Déjà, quand il était à Niarry-Tally, il avait cette fibre tactique, cette volonté de faire progresser les joueurs par l’aspect tactique, souligne Ousmane Ndiaye. Sa volonté est de gagner en étant protagoniste sur le terrain. Ses principes de jeu, il ne les renie pas, il est toujours comme ça aujourd’hui. »
Pour révolutionner le football sénégalais, c’est à la Fédération d’entamer le chantier en se basant sur les idées de Pape.
Le technicien a des idées et il ne veut pas y déroger. Il est vrai que son Sénégal se veut plus ambitieux dans le jeu : les trois premiers matchs de cette CAN l’attestent, mais également les prestations face à l’Angleterre en juin dernier (3-1) ou encore celle de septembre face à la RDC (encore elle). Au stade des Martyrs, les Gaïndés sont menés 2-0 au bout de 33 minutes, mais parviendront à renverser la rencontre, pour s’imposer 3-2. Tout cela, sans paniquer. Une victoire qui est l’œuvre d’un homme : Pape Thiaw. « Ce match a démontré le grand tacticien qu’il est. Malgré le 2-0, il n’a pas paniqué et a gardé la même tactique. Le Sénégal a continué à jouer de la même manière, sans trembler », rappelle Ousmane Ndiaye.
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Mais alors, peut-on parler de révolution ? Sous les ordres du Dakarois, il est vrai que le Sénégal affiche un visage plus conquérant et offensif dans le jeu, avec la volonté d’être protagoniste et de récupérer le ballon plus haut que l’équipe d’Aliou Cissé. Les statistiques parlent d’elles-mêmes : si l’on compare la CAN 2025 et celle de 2023 (sous les ordres de Cissé), le Sénégal a un plus haut pourcentage de possession (61% en moyenne contre 52% en 2023) ; réussi nettement plus de passes/match (87,9% contre 80% en 2023) ; tire beaucoup plus (une moyenne de 16,3 dans cette CAN dont 8,7 de cadrés, contre 11 en 2023 et 3,8 cadrés) ; et possède des xG supérieurs (7,6 contre 5,3 en 2023). Pour le vice-président de l’ASC Niarry-Tally, « ce n’est pas une révolution, mais une évolution, Aliou Cissé a gagné avec sa manière, Pape Thiaw arrive avec ses idées, un jeu plus offensif qui correspond aux profils dont il dispose. Cissé a posé des bases solides pour que Thiaw puisse développer sa vision. »
Gagner pour mieux réussir à laisser son empreinte
Si, pour le moment, les résultats lui donnent raison, Pape Thiaw le sait, « le plus important, c’est de mettre un but de plus que l’adversaire ». L’ancien Messin se veut ambitieux dans le jeu, mais il garde en tête que dans le football de sélection, encore plus qu’en club, le temps est compté et les résultats priment (souvent) sur le contenu, exemple avec l’équipe de France de Didier Deschamps ou même le Sénégal d’Aliou Cissé. Alors, à vouloir trop être exigeant tactiquement, Pape Thiaw joue-t-il à un jeu dangereux ? Pour Ndiaye, il a (pour le moment) trouvé la recette : « La finalité, ça reste de gagner les matchs et le Sénégal a la qualité pour le faire avec la manière. »

Le Sénégal espère en tout cas avoir trouvé en Pape Thiaw son homme providentiel, celui dont la philosophie de jeu et les principes pourraient bien révolutionner le football sénégalais, à l’instar de l’Espagne dans les années 2000. Si le Sénégal a eu d’excellents sélectionneurs dans son histoire (plus ou moins) récente, Thiaw a ce petit quelque chose en plus. Au-delà de sa connaissance accrue du football local de par son expérience, le vainqueur de la CHAN 2023 porte une vision ambitieuse, celle de faire du football sénégalais un football avec une forte identité. Pour Ndiaye, « pour révolutionner le football sénégalais, c’est à la Fédération d’entamer le chantier en se basant sur les idées de Pape. C’est ça le plus dur, réussir à imprégner la philosophie d’un sélectionneur dans l’ensemble de son football, du championnat local, aux équipes de jeunes et académies. » Une révolution qui passera tout d’abord par une première étape cruciale : légitimer ses idées. Autrement dit, gagner. Autrement dit, remporter cette CAN 2025. Sénégal Rek.
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Propos de Ousmane Ndiaye recueillis par TP.




























