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Guillaume Ortis : « Gignac ferait un bon joueur de tennis-ballon »

Sélectionneur de l’équipe de France, Guillaume Ortis fait la lumière sur un sport encore trop dans l'ombre : le tennis-ballon. Véritable tradition dans l'entraînement de chaque équipe de football, le futnet – son nom à l'international – puise ses origines bien plus loin que l'on ne le croit.

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Comment le tennis-ballon est entré dans votre vie ?
Adolescent, je passais mes étés à jouer au tennis-ballon à Sète, sur la plage. Mine de rien, il y a une vraie culture de ce sport dans cette ville. Et en 1998, j’ai su qu’il y avait une équipe de France de la discipline. Donc j’ai pris contact, je me suis rendu aux détections, et je suis parti tout de suite aux championnats du monde, qui avait lieu en Hongrie. Au retour de la compétition, j’ai monté une association sportive à Sète. À partir de là, l’aventure a vraiment commencé, et depuis, ça a pris une grande part dans ma vie. Je mange du tennis-ballon tous les jours. Je suis resté joueur au sein de l’équipe de France jusqu’en 2007.

Aujourd’hui, vous êtes sélectionneur. Mais vu les moyens, vous êtes obligé de jongler avec plusieurs casquettes...
Oui, je me suis consacré à mon club pendant cinq ans, et je suis revenu en EDF en tant que sélectionneur en 2012. Je travaille également au sein de la commission des compétitions, avec trois autres collègues. On gère et on organise toutes les compétitions tout au long de l’année. Je suis toujours président de mon club à Sète. Et puis, dès que je peux, j’essaye de me bouger pour communiquer autour du tennis-ballon dans les médias, trouver des partenaires. On est une grosse quinzaine de personnes à être très impliquées pour le développement de ce sport, et on fait tous plein de choses pour ça.

Comment expliquez-vous que d’autres sports « dérivés » du football comme le beach soccer et le futsal soient plus médiatisés ?
Je n’ai pas d’explications toutes faites, mais je pense qu’il y a plusieurs facteurs. Au tennis-ballon, il n’y a pas de buts, peut-être que les joueurs français sont plus attirés par les sports où il faut marquer des buts. Il y a le côté technique aussi. Au haut niveau, il faut certaines compétences techniques très au-dessus de la moyenne. On s’amuse à renvoyer le ballon par-dessus le filet au début, c’est ludique, mais dès qu’il faut passer le stade au-dessus, ça devient très compliqué. Ça peut freiner. Et puis, concernant le beach soccer, le sport est sorti de l’ombre grâce à Éric Cantona qui a beaucoup aidé au développement du sport. Le futsal a intégré la FIFA, j’imagine que ça a donné pas mal d’engouement autour.


À la manière d’Éric Cantona en beach soccer, avez-vous essayé d’attirer des footballeurs connus pour développer le tennis-ballon ? Sachant que tous les footeux le pratiquent à l’entraînement...
J’ai eu la chance d’en rencontrer au détour de quelques événements, comme Zinédine Zidane, Laurent Blanc, Xavier Gravelaine, Alain Boghossian. Même s’ils ont tous montré de la sympathie envers ce que l’on fait, aucun n’a forcément montré l’envie de s’investir là-dedans. On ne refusera jamais personne, car ça pourrait booster notre communication, mais j’espère qu’on n’a pas forcément besoin de ça pour faire parler d’un sport. Et puis, le tennis-ballon, mine de rien, est très différent du foot, demande d’autres qualités. Certains joueurs, comme notre attaquant Julien Mercier qui a joué en niveau DH, viennent du foot à la base. Mais beaucoup d’autres viennent d’autres sports comme la gymnastique ou les sports de combat.

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Vous voyez dans le monde du foot des joueurs qui pourraient faire de bons joueurs de tennis-ballon ?
Oui, des joueurs comme André-Pierre Gignac, Andy Delort ou Djibril Cissé. Ils sont plutôt souples et aiment bien claquer la balle dans toutes les positions. Par connaissance, photos ou vidéos des entraînements, j’ai vu que c’était des très bons joueurs de tennis-ballon. Andy Delort, je le connais un peu, car il vient de Sète également, et il a les qualités.

Récemment, vous avez pu vous rapprocher de la FFF ?
Quelqu’un de notre Fédération siège à la FFF au comité du développement des pratiques. Ça concerne les sports périphériques au football comme le foot à cinq, le beach soccer... Le but, c’est de prochainement intégrer la FFF, au même titre que le futsal par exemple. En attendant, il y a un partenariat en cours. Par exemple, pendant l’Euro, on a participé au FFF Tour pour organiser quelques animations. La Fédération a mis Clairefontaine à notre disposition pendant trois jours pour préparer les championnats du monde, c’est déjà énorme pour nous.

D’ailleurs, en novembre dernier, l’équipe de France a décroché une médaille de bronze en triple à ces championnats du monde. C’est la meilleure performance de la sélection ?
En triple, c’est la meilleure performance depuis qu’on joue à l’international. Jusqu’à présent, on avait décroché des médailles seulement en simple, grâce à Jimmy Libert. Il a été vice-champion du monde en 2008, et troisième aux championnats d’Europe en 2011. L’année dernière, il a dû arrêter à cause de problèmes au niveau de la hanche, et c’est devenu mon adjoint depuis. Ça s’est fait naturellement. Sinon, on a eu quelques médailles en 2002 en junior, dont notre capitaine actuel, Vincent Voisinot.


Comment la pratique est-elle arrivée jusqu’en France ?

C’est Albert Batteux qui l’a en quelque sorte importée. Il l’a découverte à l’occasion d’un voyage en Europe de l’Est. Et il l’a réutilisée à l’entraînement avec le Stade de Reims pour développer les qualités techniques de ses joueurs. On pourrait croire que c’est un dérivé du football, que ce sont les footballeurs qui l’ont inventé, mais pas du tout. Le tennis-ballon s’est développé tout seul, indépendamment du football dans les années 20 en Europe.

Y a-t-il des différences de styles de jeu entre les nations au tennis-ballon ?
Les Tchèques et Slovaques privilégient la taille des joueurs, notamment celle des attaquants. Actuellement, le meilleur joueur du monde, Jan Vanke, mesure 1m97. On pourrait croire qu’il ne sait pas quoi faire de ses pieds, mais en fait, il en fait ce qu’il veut. Il a des mains à la place des pieds. Et nous en France au contraire, on n’a jamais trouvé de joueur de ce type-là, alors on privilégie le jeu aérien. On utilise beaucoup les retournés acrobatiques pour aller chercher le ballon le plus haut possible. Notre jeu est assez similaire à celui des Sud-Coréens, qui sont très aériens également.

On a du mal à imaginer qu’il y a un vrai travail tactique au tennis-ballon...
En fonction des adversaires, on peut adopter une attitude offensive ou défensive. On ne se contente pas de renvoyer le ballon par-dessus le filet, il y a des vrais postes. Des contreurs, qui ont pour consignes de bloquer une zone particulière, des passeurs, des réceptionneurs. Ça s’apparente pas mal au volley-ball.

Quels sont les prochains rendez-vous pour le tennis-ballon français ?
Il y a des championnats du monde tous les années paires et des championnats d’Europe toutes les années impaires. Mais malheureusement cette année, les championnats d’Europe ont été annulés, car nous n’avons pas trouvé d’organisateur. On est de plus en plus nombreux, c’est bon signe, mais ça devient compliqué de loger tout le monde. Plus on grandit, plus c’est compliqué dans l’organisation. Donc on pense à espacer un peu plus ces grands rendez-vous. Mais du coup, cette année, on a réussi à s’organiser pour ne pas se retrouver sans rien. Il y aura un tournoi en Roumanie au mois de novembre entre les six meilleures nations pour préparer les championnats du monde, car ce sont les Roumains qui seront organisateurs en 2018.

La finale du championnat de France de Tennis-ballon 2016
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Propos recueillis par Kevin Charnay
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