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De Zerbi-Greenwood : la grande hypocrisie

L’arrivée de Roberto De Zerbi à la tête des Spurs suscite une vive opposition chez les fans de Tottenham. En cause, non pas son niveau d’entraîneur, mais sa défense de Mason Greenwood lors de son passage à l’OM. Et l’hypocrisie de sa défense.
Roberto De Zerbi a finalement pris la parole sur les médias et réseaux officiels de son nouveau club, Tottenham : « Je n’ai jamais voulu minimiser le problème des violences faites aux femmes, ni les violences faites à qui que ce soit en général. Dans ma vie, j’ai toujours défendu les plus vulnérables, les plus fragiles. Je me suis toujours battu et j’ai pris position pour être du côté de ceux qui sont les plus exposés. […] Je suis désolé si j’ai heurté la sensibilité de qui que ce soit. » Quel que soit son avenir en tant que coach, l’Italien a clairement les compétences pour entrer en politique et même donner des leçons en matière de mauvaise foi assumée à Rachida Dati.
Pour mémoire, alors qu’il dirigeait le destin des Phocéens, l’ancien héros de Brighton & Hove Albion avait clairement défendu l’arrivée de Mason Greenwood, présenté comme « un bon gars » qui « avait payé cher ». Il était au moins sur ce point fidèle à son célèbre précepte : « Quand un joueur devient mon joueur… je le défendrai toujours comme je défendrais mon fils. » Cela éclaire cruellement, à sa juste mesure, sa récente prise de conscience féministe : « J’ai une fille, je suis très sensible à ces questions, et je l’ai toujours été. » Sauf quand il ne fallait pas l’être, en gros, pour se mettre son joueur et une partie du public dans sa poche. Le bon équilibre n’est pas toujours simple à trouver dans ce genre de situation, mais rien ne l’obligeait à oublier une question de société essentielle pour défendre son joueur.
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Autre point qui passe mal de l’autre côté du Channel, sa déclaration très classique en matière de VSS dès qu’il s’agit d’un proche : « Je connais une autre personne que celle décrite en Angleterre. » Une petite phrase qui laisse entendre que les Britanniques avaient été quelque peu injustes envers son protégé. Greenwood avait été accusé par sa compagne de violences, agression sexuelle et tentative de viol, photos rendues publiques à l’appui. D’abord arrêté et poursuivi par la justice, il avait vu toutes les charges abandonnées par le parquet à la suite du retrait de la victime en février 2023. Néanmoins, le 21 août 2023, Manchester United, après une enquête interne, préférait se séparer de sa pépite, une décision accueillie avec soulagement, notamment par les supporters et les associations de défense des femmes.
Se positionner selon son intérêt et le contexte
Roberto De Zerbi ne pouvait donc ignorer l’écho qu’avait eu cet épisode, qui ne se limita pas outre-Manche à un banal fait divers (à l’instar du traitement médiatique de Wissam Ben Yedder chez nous). En débarquant dans le nord de Londres, aux commandes d’une équipe pourtant en grande difficulté, menacée par la relégation, il devait s’attendre à un accueil hostile. Proud Lilywhites, Women of the Lane, Spurs Reach, le Tottenham Hotspur Supporters’ Trust : tous ces groupes de supporters ont fait part de leurs préoccupations, avec la peur que le choix de ce coach participe à normaliser des attitudes problématiques.
J’espère qu’avec le temps, les gens apprendront à mieux me connaître et comprendront qu’à ce moment-là, je n’avais pas l’intention de prendre position.
La prise de parole de Roberto De Zerbi a peiné à les convaincre. « Ceux d’entre vous qui me connaissent bien savent que je ne suis pas du genre à faire des compromis pour gagner plus de matchs. » Justement, le cas de Greenwood mais aussi, dans un registre totalement différent, la gestion du cas Rabiot prouvent le contraire. Il ne s’est toujours positionné que selon son intérêt et le contexte. Aujourd’hui, De Zerbi tente d’éteindre l’incendie en choisissant les mots appropriés, en opportuniste, pour faire oublier le passé. Ce qui rappelle l’avant-gardisme du football anglais à ce sujet et l’importance de l’environnement pour pousser le microcosme à ne pas chercher à excuser le pire pour séduire.
La principale leçon reste que les violences faites aux femmes ne constituent toujours pas un critère d’appréciation dans le recrutement. Impossible d’ailleurs d’exonérer son nouvel employeur. Le Guardian a révélé que Tottenham savait pertinemment qu’il devrait affronter des réticences, y compris de sa fan base. Cela n’a guère pesé au moment de la décision finale. Les dirigeants des Spurs partageaient sûrement la conviction que la vérité du terrain effacerait toutes les pudeurs dans les travées du stade. « J’espère qu’avec le temps, les gens apprendront à mieux me connaître et comprendront qu’à ce moment-là, je n’avais pas l’intention de prendre position », concluait, pour une fois avec sincérité, Roberto De Zerbi. Bref, quand j’aurai sauvé votre place en Premier League, vous oublierez… En tout cas, en France, cela a fort bien fonctionné ainsi, notamment à Marseille.
Roberto De Zerbi retourne sa veste au sujet de la polémique GreenwoodPar Nicolas Kssis-Martov






















































