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  • Disparition d’Éric Roy

Éric Roy est mort, vive The King

Par Clément Gavard
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Éric Roy est mort, vive The King

Éric Roy est mort ce mercredi à l’âge de 58 ans, alors qu’il était toujours l’entraîneur du Stade brestois. Sa famille le dira bien mieux que n’importe qui d’autre : « Nous savons l’immense vide qu’il va laisser, mais nous savons aussi l’empreinte magnifique qu’il laisse derrière lui. »

La nouvelle est arrivée comme un coup de poignard, ce mercredi soir, et les matchs de Coupe du monde avaient soudain beaucoup moins d’importance. « Nous avons la très grande tristesse de vous annoncer le décès de notre papa et mari, Éric Roy, a écrit la famille de l’entraîneur de 58 ans dans un message qui mérite d’être partagé dans son intégralité tant il a dû être difficile de l’écrire. Depuis trois ans et demi, papa se battait contre un cancer du pancréas. Pendant tout ce temps, il a continué à vivre avec une force qui nous impressionne encore, porté par l’amour de sa famille, par le football, par son travail et par cette passion qui ne l’a jamais quitté. Ce qu’il a accompli ces dernières années restera pour nous exceptionnel. traverser cette épreuve tout en accompagnant un club, une équipe, une histoire aussi forte, dit beaucoup de l’homme qu’il était. Papa était profondément bienveillant, tendre, droit et honnête. Il savait encourager, transmettre, pousser les autres à se dépasser, à devenir la meilleure version d’eux-mêmes. Il avait cette exigence, cette justesse et cette humanité. »

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Il n’était pas possible de s’arrêter là, il n’était pas possible de ne pas parler de son amour fou pour le ballon rond : « Il aimait le football d’une manière absolue. Son aventure au Stade brestois a été l’un des plus beaux moments de sa vie. Elle lui a donné une énergie, une joie, une raison de continuer, y compris dans les moments les plus difficiles. Avec ses joueurs, il avait construit un lien rare et magnifique. Il les aimait très fort et il était fier, profondément fier, d’être leur coach. Aux supporters brestois, nous voulons dire merci. Votre accueil, votre soutien, votre ferveur et votre amour l’ont profondément touché. Cette force l’a accompagné bien plus que vous ne pouvez l’imaginer. Nous savons l’immense vide qu’il va laisser, mais nous savons aussi l’empreinte magnifique qu’il laisse derrière lui. Une empreinte faite de passion, de loyauté, de courage, d’exigence, de respect et d’amour du jeu. Il restera pour nous, sa famille, ses amis et tous ceux qui l’ont aimé, une source d’inspiration profonde. » Éric Roy est mort à 58 ans et le football français est dévasté.

Porteur d’eau, grands moments et cicatrice

Sous ses casquettes fétiches, on avait vu le coach brestois pâlir, s’affaiblir et il se murmurait ces dernières années qu’il était malade. Il voulait garder cette partie de sa vie pour lui et ses proches et il n’a jamais quitté le navire brestois, c’est peut-être le meilleur moyen de résumer l’homme qu’était Éric Serge Armand Roy. Serge comme son père, doyen des internationaux français décédé au lendemain de Noël l’hiver dernier et qui lui avait montré la voie du sport et du foot, lui l’attaquant des années 1950-1960 qui avait eu le privilège de fêter son unique sélection avec l’équipe de France en 1961, contre l’Espagne, sous les ordres d’Albert Batteux. Éric n’aura jamais connu pareil honneur, mais il en aura vu d’autres lors de sa longue carrière de milieu de terrain, de 1988 à 2004.

C’était un beau joueur dans la gestuelle, élégant, grand, élancé, efficace. Pour moi, c’était plus du style d’un Thiago Motta.

Reynald Pedros

Les plus jeunes n’ont pas gardé l’image du Roy joueur que Jocelyn Gourvennec nous décrivait comme un « équilibreur d’équipe ». Pascal Olmeta, son coéquipier à l’OL, nous avait dit peu ou prou la même chose, avec ses mots : « C’était un porteur d’eau, comme Bernard Pardo, Marcel Dib ou Didier Deschamps. On savait qu’ils faisaient le travail, ils ne rechignaient pas. Il fallait gagner sa confiance, mais on faisait tellement de conneries dans le vestiaire… Je pense que je lui en ai fait… » Reynald Pedros l’a connu six mois sur le Vieux-Port : « C’était un beau joueur dans la gestuelle, élégant, grand, élancé, efficace. Pour moi, c’était plus du style d’un Thiago Motta. »

Le Thiago Motta de la Côte d’Azur, où il avait lancé ses frissons professionnels à Nice, dont les galères financières l’avaient poussé à filer à Toulon dès 1992. Puis il y aura eu Lyon (1993-1996), Marseille (1996-1999), Sunderland (1999-2001), Troyes (2001), le Rayo Vallecano (2001-2002) et évidemment Nice pour finir (2002-2004). Il aura manqué à Éric Roy une couronne, au milieu de tous ces grands moments, dont le fameux 5-4 entre l’OM et Montpellier, un match entré dans la légende de la Ligue 1 lors duquel il avait égalisé à 4-4. Il n’avait pas pu finir cette saison en raison d’une blessure, voyant la finale de Coupe de l’UEFA contre Parme (0-3) et le titre de champion de France lui filer sous le nez.

Comme il avait vu trois ans plus tôt un autre trophée lui échapper, la Coupe de la Ligue. Le 6 avril 1996, il marque au bout de la prolongation lors de la finale entre l’OL et Metz… Un but refusé pour un pied haut (Olmeta : « Il n’était pas si haut que ça… ») et un titre qui s’envole aux tirs au but pour Roy resté sans couronne. « Quand tu es joueur, il y a un truc fantastique : tu ne penses qu’à toi toute la journée. C’est collectif, mais ça reste égocentré, confiait-il à So Foot en mars 2024. Entraîneur, c’est autre chose. Tu penses à tout le monde sauf à toi, tu t’oublies un peu. Il faut savoir prendre de la hauteur. C’est important. Je le fais dès que je peux. » C’est peut-être pour découvrir cette autre casquette, entre toutes celles qu’il a connues (consultant, directeur sportif et manager à Nice, Lens ou Watford) qu’il avait passé ses diplômes en juin 2015, partageant la même promo que Zinédine Zidane ou Claude Makélélé, « une promotion un peu test avec laquelle on a fait plein de stages. On a été au Real, voir Bielsa à Marseille, Guardiola au Bayern, Gourcuff à Lorient, Gillot à Bordeaux, Montanier à Rennes, Preud’homme à Bruges. Ça a été très riche. J’ai rencontré Carlo Ancelotti aussi. »

« Le vestiaire, c’est là que tu apprends tout  »

Éric Roy avait toujours envie d’apprendre, de découvrir, de s’inspirer et sa disponibilité n’était jamais calculée : il pouvait répondre à un jeune étudiant en journalisme pour un simple exercice sur les différences entre le 4-4-2 et le 4-3-3, comme il avait pu le faire ce jour d’octobre 2017, comme à d’autres acteurs du foot. « Je vois des collègues qui lisent des philosophes, mais moi je suis plutôt attentif aux interviews des grands entraîneurs ou aux séries sur Tottenham et Arsenal avec Mourinho et Arteta, nous racontait Roy. J’ai aussi vu des choses sur Phil Jackson (légende des bancs de NBA, NDLR). Je pioche, je note des réflexions sur mon iPad. Après, tu peux passer des heures à t’interroger, l’important, c’est ce qui se passe dans le vestiaire. C’est là que tu apprends tout. »

Un jour, Jürgen Klopp a dit que l’important n’est pas ce que les gens pensent quand vous arrivez dans un club, mais ce qu’ils pensent quand vous en partez.

Éric Roy à So Foot

Il aura tout appris et nous aura tant appris au Stade brestois, où il avait retrouvé son costume d’entraîneur, face aux moqueries et au scepticisme général, en janvier 2023, plus de dix ans après sa première et seule expérience, à Nice (encore et toujours le Gym). Il n’avait pas pu refuser la main tendue de son ami Grégory Lorenzi, directeur sportif en quête d’un homme pour maintenir des Pirates à la lutte pour le maintien. Il voulait une équipe qui « transmet des émotions aux gens » et c’est ce qu’il aura eu dans une saison 2023-2024 mémorable et historique pour le Stade brestois, passé du candidat à la descente au podium et à la Ligue des champions. Pour ce miracle, il avait reçu les lauriers de ses pairs et un trophée de meilleur entraîneur de Ligue 1. Enfin, Éric Roy avait bien mérité sa couronne.

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Son Brest lui ressemblait : il était simple, courageux, humain. Il avait construit une équipe pouvant réciter un foot basique et c’est ce qui la rendait pure. Il avait bâti un groupe de potes, où les bières et les pizzas n’étaient pas interdites entre les victoires. Ses Ty-Zef avaient encore réussi l’impossible en sortant de la grande poule de Ligue des champions, jusqu’à la double claque contre le PSG qui n’était pas bien grave. Il avait eu son surnom (« King Eric »), son tifo et son chant sur un air de Dany Brillant dans les tribunes de Francis-Le Blé. C’est tout un club, tout le football français qui pleure la disparition d’Éric Roy. Il était encore l’entraîneur de Brest, où les sondés ne croyant pas en lui à son arrivée avaient tous fini par adopter et adorer ce type formidable. « Un jour, Jürgen Klopp a dit que l’important n’est pas ce que les gens pensent quand vous arrivez dans un club, répétait-il, mais ce qu’ils pensent quand vous en partez. Il faudra peut-être faire un sondage à ce moment-là. » Il ne faut jamais croire les sondages, mais il faudra toujours se souvenir d’Éric Roy.

Par Clément Gavard

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