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Rosenior quitte Strasbourg : un jour normal au labo de BlueCo

Par Clément Gavard
5 minutes

Plus rien ne doit nous surprendre avec la multipropriété : Liam Rosenior a quitté Strasbourg en plein milieu de la saison pour s’engager à Chelsea, le grand frère qui n’en est pas un. C’est la fin des illusions, pour ceux qui voulaient encore y croire, et la suite d’un combat louable mené par les supporters alsaciens depuis 2023.

Rosenior quitte Strasbourg : un jour normal au labo de BlueCo

C’est au stade de la Meinau, le cœur du Racing Club de Strasbourg, sa maison rénovée, reconstruite puis encore rénovée, où ses amoureux font vivre leur passion depuis plus d’un siècle, que Liam Rosenior a mis fin à son aventure alsacienne et aux illusions. Entre deux vols, le technicien de 41 ans s’est présenté devant la presse à 9h32 pour confirmer le secret de Polichinelle officialisé par Chelsea quelques minutes plus tard : « Il y a des moments dans la vie où vous avez des décisions à prendre auxquelles vous ne pouvez pas dire non. Strasbourg est un club que j’aimerai toute ma vie, mais je ne pouvais pas refuser cette proposition, ça me donne l’opportunité de retourner chez moi, proche de ma famille, mes enfants me manquent. Personne ne peut remettre en cause mon attachement et mon intégrité. »

Dix-huit mois après son arrivée, Rosenior (re)traverse la Manche, où il a signé un contrat très longue durée jusqu’en 2032 et, espérons-le, ouvert les yeux de ceux qui s’évertuent à ne pas voir le problème de la multipropriété dans le foot, au nom de la naïveté, du cynisme ou du fatalisme. « Cela montre un énorme respect, au contraire, insistait Rosenior ce mardi matin. Chelsea est l’un des plus grands clubs du monde et peut choisir n’importe quel entraîneur. Je trouve ça formidable qu’un entraîneur de Strasbourg aille sur le banc de Chelsea, cela doit être perçu comme une fierté. » Parfois, il est préférable de se taire.

Je trouve ça formidable qu’un entraîneur de Strasbourg aille sur le banc de Chelsea, cela doit être perçu comme une fierté.

Liam Rosenior, sans gêne

C’est le même Rosenior, en septembre, qui poussait un coup de gueule et donnait des leçons de respect aux ultras strasbourgeois après leur traitement réservé à Emmanuel Emegha, qui venait fièrement de poser avec le maillot de Chelsea neuf mois avant son transfert définitif à Londres. « Ils ne respectent pas mes joueurs comme ils le devraient, s’était emporté le coach dans la langue de Shakespeare. On va en Coupe d’Europe pour la première fois depuis longtemps, donc respectez ce qu’on fait, les gens qui ont investi dans ce club et qui aiment ce club. » Il aurait peut-être fallu lui retourner cette même phrase, ce matin, quand il a osé demander à ces mêmes supporters d’être fiers de son départ pour un grand club anglais, en plein milieu d’une saison où Strasbourg est 7e de Ligue 1 et qualifié pour les huitièmes de finale de la Ligue Conférence.

Les défaites de la multipropriété

Strasbourg n’est pas « le petit frère » de Chelsea, c’est un laboratoire, une équipe réserve pour tester la classe biberon et multiplier les échanges de joueurs comme s’ils étaient de simples marchandises. On ne peut pas tomber des nues ni parler de surprise après un été 2025 marqué par 45 mouvements, dont six « renforts » gentiment venus des Blues (Mathis Amougou, Ben Chilwell, Mike Penders, Kendry Paez, etc.), dont Ishé Samuels-Smith, acheté 7,5 millions d’euros et reparti 34 jours plus tard à Chelsea, avant d’être prêté à Swansea. Le symbole d’une multipropriété qui ne peut pas être vertueuse – c’est antinomique – pour un club comme Strasbourg, mais aussi pour Chelsea, où de nombreux supporters n’en peuvent plus du cirque de BlueCo, qui ne peut pas être sauvé par un titre de champion du monde des clubs.

Ce n’est pas parce que le foot français traverse une crise qu’il a cherchée, et que la multipropriété apparaît comme une solution inéluctable, une assistance respiratoire et le modèle d’aujourd’hui comme de demain qu’il faut l’accepter sans broncher. Rosenior n’est pas le premier coach, ni le dernier, à quitter le navire en cours de saison (demandez à Sébastien Pocognoli), mais ce « transfert » s’inscrit dans un contexte, celui d’un club qui se trouve face à un dilemme depuis le rachat en 2023.

C’est une étape supplémentaire, humiliante, dans l’asservissement du Racing à Chelsea.

La Fédération des supporters du Racing Club de Strasbourg

Il est assez admirable d’avoir vu, pendant tout ce temps déjà, une grande partie des ultras strasbourgeois rester fidèles à leur vision de la chose, malgré la contestation d’une autre partie du public et les leçons, données ici et là, qui veulent qu’un bon supporter doit se contenter de supporter et de la fermer. Cela ne peut pas marcher comme ça et cela ne doit pas marcher comme ça, encore plus quand le foot ne cesse de se perdre dans ses enjeux économiques et qu’il oublie ce qu’il est à la base. Dans la foulée et sans attendre le nom du successeur, qui pourrait être Gary O’Neil, un autre quadra anglais, la Fédération des supporters de Strasbourg a parlé « d’une étape supplémentaire, humiliante, dans l’asservissement du Racing à Chelsea », tout en demandant le départ de Marc Keller, sauveur du club au début des années 2010 et aujourd’hui à la fois pantin et complice de cette transformation.

Keller n’avait peut-être pas le choix, face à la crise des droits TV et à l’avenir de Strasbourg. Rosenior a peut-être raison de faire ce choix de carrière, les joueurs ont raison de penser à la leur et les supporters ont raison de défendre leur club, ce qu’il est, ce qu’il a été et ce qu’il doit devenir. « J’ai autant participé à notre succès que les joueurs, écrit Nick Hornby au sujet de la victoire d’Arsenal en finale de la Coupe de la Ligue 1987 dans Carton jaune (Fever Pitch pour les puristes). La seule différence entre eux (les joueurs, NDLR) et moi, c’est que j’y ai consacré plus d’heures, plus de temps et plus d’une dizaine d’années, et que j’ai donc une vision plus complète de cet après-midi. » Ce week-end, Strasbourg sera à Avranches en Coupe de France, puis à la Meinau pour le derby contre Metz le dimanche suivant. Les supporters, ceux qui aiment profondément ce club et qui le font vivre, seront là. Pas Liam Rosenior.

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