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Algérie : les coulisses d’une liste électrique

Par Hugo Geraldo, avec Adel Bentaha
5' 5 minutes
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Algérie : les coulisses d’une liste électrique

Parmi les premières nations qualifiées, l’Algérie a été l’une des dernières à dévoiler sa liste de 26 joueurs pour la Coupe du monde nord-américaine. L'attente a donné lieu à de la confusion chez les supporters et alimenté maintes théories autour des noms présents ou non. Retour sur quelques jours bien animés autour d’Alger.

En cette dernière semaine de mai, plus que d’habitude, l’aéroport Houari-Boumédiène a eu droit à un ballet de supporters et journalistes, venus capter les premiers mouvements de préparation algérienne pour la Coupe du monde. À peine la saison 2025-2026 des clubs achevée, plusieurs joueurs ont en effet choisi d’enchaîner, plutôt que de prendre un week-end de repos. Vladimir Petković avait pourtant fixé l’annonce de sa liste au 31 mai, 16 heures. Les joueurs, certainement mis au courant de leur sélection à l’avance, avaient de leur côté rendez-vous au Centre technique de Sidi-Moussa, le Clairefontaine local, à deux dates butoirs : le 25 et le 27 mai. Un délai qui doit permettre de terminer leurs saisons en club, parfois avec des barrages en cours. Sauf qu’à la surprise générale, la fédération algérienne a décidé d’agir en catimini, convoquant une bonne partie de ses joueurs sans communication aucune. Trente éléments d’une liste élargie sont ainsi arrivés au compte-goutte, poussant les journalistes à se poster devant les portiques de l’aéroport pour en surveiller les allées et venues.

Cette discrétion relative peut être étonnante pour beaucoup, mais est en réalité compréhensible au vu de l’agitation médiatique et populaire suscitée par cette liste de mondialistes. En interne, on s’est ainsi voulus sereins. Vladimir Petković avait déjà choisi ses 26, et s’était laissé quatre jokers, susceptibles de remplacer les éventuels blessés. De quoi expliquer la convocation par précaution de cinq gardiens : Luca Zidane, Oussama Benbot, Melvin Mastil, Kilian Belazzoug et Abdelatif Ramdane (et donc pas d’Alex Oukidja…). Les Verts ont récemment fait face à une vague de blessures parmi les portiers – dont Zidane, victime d’une fracture de la mâchoire et forcé de jouer casqué – obligeant dès lors le staff à prévenir tout nouveau pépin.

Dans ce contexte, aussi, le sélectionneur bosnien a exigé une batterie de tests physiques que l’on dit « poussés » en guise de garantie. Il est important de rappeler que l’Algérie, placée dans le groupe J, sera la deuxième sélection (derrière la Bosnie) à parcourir le plus grand nombre de kilomètres durant cette Coupe du monde : 4 780 kilomètres, étalés entre Kansas City (contre l’Argentine et l’Autriche) et Santa Clara (face à la Jordanie). Un groupe J surnommé « Coast-to-coast chaos » par les Américains, en raison de ces trajets et des chaleurs suffocantes de l’ouest US.

Une histoire de rancœur

Source de confusion sans vraiment en être une, la liste algérienne a donc, comme bien souvent, fait réagir. La résultante d’une attente longue de douze ans, couplée à la frustration d’une génération sacrifiée en 2022. Car sur le terrain, les survivants du Mondial manqué par la « faute » du Cameroun rêvaient de se rattraper, à mesure que de nouveaux visages bousculaient la hiérarchie.

Quand tu te sens bien physiquement, que tu travailles, que tu reviens à un bon niveau et que tu as ce rêve de Coupe du monde avec ton pays depuis des années, c’est forcément difficile à accepter.

Ismaël Bennacer

Durant ce rassemblement, le peuple a pu découvrir la non-convocation des anciens Ismaël Bennacer et Baghdad Bounedjah. Le premier cité n’a d’ailleurs pas tardé à exprimer son mécontentement à La Gazette du Fennec : « Je ne vais pas mentir, je suis dans l’incompréhension. Quand tu te sens bien physiquement, que tu travailles, que tu reviens à un bon niveau et que tu as ce rêve de Coupe du monde avec ton pays depuis des années, c’est forcément difficile à accepter. » Cette décision forte prise par Petković aurait fortement chagriné le milieu de terrain, lui qui avait rejoint le Dinamo Zagreb l’été dernier afin de retrouver la forme et du temps de jeu. Une blessure à la cuisse droite, subie face à la RDC en huitièmes de CAN, a cependant freiné la dynamique et l’avait poussé à filer au centre Aspetar de Doha pour accélérer sa convalescence. Insuffisant, mais clivant. Car si pour certains, cette exclusion de la liste se justifie par l’état physique de Bennacer, pour d’autres, il aurait été logique de récompenser celui qui a choisi de représenter l’Algérie à 17 ans à peine, malgré les sollicitations possibles de la France et du Maroc.

De son côté, Bounedjah a lui aussi fait les frais de l’intransigeance de son sélectionneur. Des proches du staff évoquent ainsi l’attitude jugée inacceptable de l’attaquant, entre plaintes et sautes d’humeur (visibles depuis le stade Moulay-Hassan de Rabat durant la CAN notamment) peu compatibles avec une vie de groupe à envisager un mois durant. Cette sanction disciplinaire, là aussi incomprise par une partie de l’opinion, paraît cependant logique, au vu de l’homogénéité souhaitée par le staff algérien.

Un groupe doit naître

Enfin vient le débat générationnel. En transition depuis l’ère Belmadi, l’Algérie cherche à faire naître un groupe 2026, comme le pays l’avait connu en 2014 puis 2019. Si Maza, Hadj Moussa ou Boulbina sont parvenus à intégrer la rotation, force est de constater que la tâche s’est avérée plus ardue pour d’autres. Parmi eux, Adil Aouchiche. Convoqué pour la première fois en mars et placé dans les petits papiers pour la Coupe du monde, l’ancien titi parisien, auteur d’une bonne saison avec Schalke 04, n’a finalement pas passé le cut. Comme le symbole d’une sélection devenue exigeante, loin des années « portes ouvertes », où l’on distribuait les convocations comme des chocolats.

À ce titre, le cas Yacine Adli a joliment confirmé la tendance. Après avoir affirmé ne pas souhaiter rejoindre l’équipe d’Algérie (en 2024, lorsqu’il évoluait à la Fiorentina), l’actuel joueur d’Al-Shabab est revenu sur ses propos en se fendant d’un « porter le maillot algérien est ce qu’il y a de plus beau pour moi ». La fédération lui a transmis sa fin de non-recevoir. Il faut dire que les Verts ont les yeux rivés sur des choses plus importantes. Partie à Rotterdam pour y défier les Pays-Bas le 3 juin, la bande fera son retour à Alger dès le lendemain pour achever ses préparatifs. La suite ? Un départ pour Kansas City via le vol Air Algérie Airbus A330 Neo le 7 juin, un dernier match le 10 contre la Bolivie, puis le début des hostilités face à l’Argentine de Lionel Messi une semaine plus tard. Tout cela valait bien un petit feuilleton.

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