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Alexandre Oukidja : « Si je suis sélectionné avec l’Algérie, c’est un miracle »

Propos recueillis par Adel Bentaha et Mathieu Rollinger
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Oukidja : « Si je suis sélectionné avec l’Algérie, c’est un miracle »

Dans l’attente de retrouver un club après une rupture des ligaments croisés survenue l’été dernier, Alexandre Oukidja rêve surtout de disputer la Coupe du monde avec l’Algérie. Un objectif sérieux pour le gardien de 37 ans, alors que les Verts enchaînent les forfaits à ce poste. Entretien avec un convaincu.

Peux-tu nous résumer ta saison ?

À la fin de mon aventure au FC Metz, j’étais parti pour signer un an à l’IMT Belgrade, afin de participer à la CAN et à la Coupe du monde. Malheureusement, je me suis blessé dès l’entame de la préparation, début juillet. C’est la première grosse blessure de ma carrière, à 37 ans. Il y a ensuite eu des complications liées à cette blessure, ce qui a retardé mon retour. En sélection, j’avais une bonne place, ça faisait que huit ans que j’étais constamment appelé. Cette blessure m’a mis un coup d’arrêt dans cette fin de carrière. Beaucoup de gens pensaient que j’allais arrêter comme ça, mais ce n’est pas dans mon tempérament.

Dans quel contexte est arrivée cette blessure ? Que s’est-il passé ?

Avec Metz, on fait une longue saison qui se termine avec le barrage contre Reims. Je n’ai eu que dix jours de vacances, puis comme j’étais libre et sans club, j’ai enchaîné avec le stage UNFP. Quand Belgrade me contacte, je pars en voiture, un trajet de deux jours et demi et dès que j’arrive, le président me demande de jouer le match prévu le lendemain (contre Mladost Lucani, NDLR). J’avais une accumulation de fatigue, je sentais mon genou assez faible. Pendant le match, je le sens encore instable. Je joue quand même le match en entier et on fait 1-1. Dans la foulée, on nous donne trois jours de repos et je rentre à Metz voir les enfants. En jouant avec eux dans le jardin, je sens un craquement. Arrivé à Belgrade pour les examens, on m’annonce une rupture du ligament croisé…

 

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Dans quel état d’esprit es-tu à ce moment-là ?

J’ai très mal vécu cette blessure, d’autant que je n’en avais jamais eu d’aussi importante et qu’elle arrive au moment le plus important de ma carrière. Au départ, je me dis que la CAN est foutue et qu’il fallait vite se faire opérer pour revenir rapidement. Mais j’ai eu des complications (phlébites) et l’opération n’a cessé d’être repoussée. C’était très dur mentalement. Surtout qu’en 2022, je rate déjà le Mondial à dix secondes près. Merci Toko-Ekambi…

Participer à la Coupe du monde, il faut être compétitif, être sous contrat, chose que je ne suis pas. Mais bon, Roger Milla avait bien disputé la Coupe du monde à 42 ans et sans contrat…

Alexandre Oukidja

Depuis, tu travailles d’arrache-pied pour revenir.

Mon opération s’était bien passée, et j’ai eu la chance de partir à Clairefontaine trois semaines pour accélérer ma rééducation. Depuis février, je m’entraîne avec la réserve de Metz, ça me fait beaucoup de bien. Mais pour être appelé en sélection et participer à la Coupe du monde, il faut être compétitif, être sous contrat, chose que je ne suis pas. Mais bon, Roger Milla avait bien disputé la Coupe du monde à 42 ans et sans contrat… Donc j’essaye, via les réseaux sociaux – même si ce n’est pas trop mon truc – de montrer que je suis là, que je bosse tous les jours et que je suis opérationnel.

 

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Tu as pu discuter avec le staff de la sélection algérienne pendant tout ce temps ?

En début d’année, j’ai discuté avec le sélectionneur (Vladimir Petković), pour lui dire que je me préparais au cas où. Pour apporter un peu plus d’expérience, puisqu’avec Riyad Mahrez et Aïssa Mandi, je fais partie des plus anciens. Pourquoi pas aussi accompagner les jeunes gardiens, parce qu’en sélection, on cherche encore le successeur de Raïs M’Bolhi, ce qui est compliqué. Si je n’arrive pas à participer à cette Coupe du monde, au moins j’aurais tout mis en œuvre pour y arriver. Et puis ça m’aura permis de préparer la saison d’après.

Penses-tu être prêt pour disputer une Coupe du monde ?

Ce n’est que mon avis, mais je suis persuadé d’avoir ma place en sélection. C’est peut-être un sentiment égoïste, mais je le dis parce que depuis janvier, je bosse constamment. Tous les jours, sauf le dimanche. Sur les terrains et en salle de muscu pour me préparer en vue de la Coupe du monde. De mon côté, je dirais donc que je suis prêt. Mais les gens qui ne voient pas ça de l’extérieur se diront toujours : « Ok, il fait quelques entraînements, mais est-il prêt ? » Ce que j’aimerais, c’est être dans la liste élargie du sélectionneur, s’il en fait une. Qu’il m’observe dans le groupe pendant une semaine, et qu’il fasse son choix.

C’est malheureux pour eux, mais les blessures successives de Luca Zidane, Anthony Mandrea et Melvin Mastil te font-elles prétendre à une place ?

Mandrea m’a appelé pour me prévenir de son opération (de l’épaule). Il a préféré ça, plutôt que de risquer la suite de sa carrière. Ensuite, Luca s’est fracturé la mâchoire, puis Mastil a été victime d’une hernie. Mon agent m’a donc conseillé d’appeler la sélection pour préciser que j’étais prêt, mais je ne l’ai pas encore fait. Ce serait peut-être mal vu. Même si ça fait des années que je suis en équipe nationale, j’ai peur que ce soit perçu comme un manque de respect envers les gardiens qui ont joué toute la saison. Je ne sais pas… En tout cas, je dirais que je suis là. Si je suis sélectionné, c’est un miracle, si je ne le suis pas, ce n’est pas un scandale.

Pourquoi avoir résilié ton contrat à Belgrade ? Ça t’aurait peut-être permis de faire quelques matchs en fin de saison…

Je ne voulais pas rester à Belgrade pour l’opération, je voulais rentrer à Metz pour être en famille. On a donc trouvé un accord avec le club pour résilier. Avec le recul, je pense que c’était une erreur, parce qu’en restant en Serbie, j’aurais peut-être rejoué à mon retour. Aujourd’hui, je me retrouve sans club à bientôt 38 ans, donc ça peut faire peur à certaines équipes.

Je ne veux pas finir sur une blessure, je veux choisir moi-même quand arrêter.

Alexandre Oukidja

Le FC Metz t’a accueilli pour t’entraîner, mais a-t-il été question d’un retour définitif ?

Non, je n’ai pas vraiment eu de discussions avec Metz pour un retour. Frédéric Arpinon, le directeur sportif, m’a simplement permis de m’entraîner avec la réserve. Après sept ans là-bas, ils ne se voyaient pas me refuser ça et je leur en suis hyper reconnaissant. Pour le reste, j’imagine qu’ils pensent que j’ai fait mon temps et ils sont plutôt dans l’optique de trouver celui qui pourra s’installer à long terme dans les buts du FC Metz. Pour ma part, je ne ferme aucune porte. Beaucoup pensent que je suis fini, mais moi, je veux continuer et prouver le contraire. Je ne veux pas finir sur une blessure, je veux choisir moi-même quand arrêter. S’il n’y a pas de Coupe du monde, je ferai le stage UNFP, puis je chercherai un dernier challenge d’un ou deux ans avant d’arrêter.

Tu as fait six ans en sélection pour sept capes, un titre de champion d’Afrique. Quelle est ta fierté ?

D’être resté moi-même. En sélection, même quand je ne jouais pas, j’avais un rôle à tenir. J’ai essayé d’apporter au groupe, de protéger les joueurs, de maintenir une bonne ambiance et de dire les choses quand il le fallait. À la CAN en 2019, je me souviens qu’un joueur avait mis une pichenette à Adam Ounas, je suis venu le protéger. Pareil quand je cours chercher un short pour Benlamri en finale. Même quand tu ne joues pas, tu as un devoir sur le banc. Tu as une responsabilité. J’ai apporté ma pierre à l’édifice. Comme je ne pouvais pas le faire sur le terrain, je le faisais à l’extérieur.

 

Avec Raïs M’Bolhi et Azzedine Doukha, vous formiez un trio solide durant ces années.

C’est une question d’équilibre de groupe : ne pas s’enflammer quand tout va bien, rester soudé quand ça va moins. J’ai l’image de Raïs M’Bolhi, qui ne parlait pas beaucoup dans un vestiaire. J’ai bossé six ans avec lui et j’ai dû l’entendre parler deux fois seulement. Et ces deux fois, il a scotché tout le monde : on n’écoutait que lui. On se disait : « Il ne parle pas beaucoup, mais quand il le fait, c’est pour des choses importantes. » Il faut se servir de ces expériences-là.

Ce sera une équipe d’Algérie décomplexée, fière et ambitieuse. Je la vois passer les poules, voire aller en quarts si tout se passe bien.

Alexandre Oukidja

C’est ce rôle de grand frère que tu pourrais occuper dans cette sélection ?

Aujourd’hui, on a un effectif très jeune. Hadj Moussa, Kebbal, Maza : ce sont les visages d’une nouvelle génération, très talentueuse qu’il faut pousser par de l’expérience.

À quoi peut prétendre cette équipe d’Algérie à la Coupe du monde ?

Je pense que ce sera une équipe décomplexée, fière et ambitieuse. L’équipe jouera son jeu, que ce soit contre l’Argentine, l’Autriche ou la Jordanie. Je la vois passer les poules, voire aller en quarts si tout se passe bien. Mais il faudra déjà bien négocier ces premiers matchs et aussi faire avec les événements : les blessures, les suspensions, les faits de match. Mais je reste confiant pour cette Coupe du monde.

Tu te vois serrer la main de Lionel Messi en juin prochain ?

Personnellement, je m’en fiche de serrer la main de Messi. Ce que je veux, c’est être dans le groupe. Participer à une Coupe du monde, ce serait l’apothéose de ma carrière.

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