- C1
- Finale
- PSG-Arsenal
« À son départ, j’ai pleuré » : la saison où Luis Enrique s’est planté à la Roma

C’était bien avant de devenir l’homme fort du PSG ou le coach champion d’Europe avec le Barça : en 2011, Luis Enrique pose ses fesses sur le banc de la Roma. Un échec qui aura duré une saison, mais une première expérience d’entraîneur d’une équipe pro qui raconte en partie quel technicien allait devenir l’Espagnol.
On dit souvent que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Une phrase qui décrit parfaitement la pige romaine de Luis Enrique. Car, avant de devenir le Boss 2 Panam, l’ancien milieu de terrain s’est cassé les dents, plusieurs fois, et notamment dans la capitale transalpine. À Rome, le tacticien espagnol va connaître sa première véritable expérience sur un banc pro, après trois saisons aux commandes du Barça B. C’était il y a maintenant quinze ans. Un temps révolu penseront certains, mais qui annonçait les prémices de ce que sera Luis Enrique. Un tacticien prêt à mourir pour ses idées. « J’ai connu Gasperini, Ranieri ou encore Spalletti mais le meilleur que j’ai connu c’est Luis Enrique, sans discussion, témoigne Leandro Greco, ancien milieu de la Roma. Il a changé ma manière de voir le jeu, un visionnaire, un vrai. »
Faire de la Roma le Barça italien
Le 20 juin 2011, c’est plein de confiance que Luis Enrique débarque à Rome. Visage fermé, le néo-tacticien se présente à la presse italienne : « Mon style de jeu ne sera pas négociable, on m’a fait venir pour ça et je ne changerai pas. » Il faut dire que le Mister sort du laboratoire référence de l’époque, la Masia, où il a entraîné pendant trois ans l’équipe réserve barcelonaise, remplaçant un certain Pep Guardiola. Justement, le Barça de Pep est alors la référence, considéré comme la meilleure équipe de l’histoire (encore aujourd’hui), qui séduit par ses stars, mais aussi et surtout par son style, le tiki-taka.
Luis Enrique a changé ma manière de voir le jeu, un visionnaire, un vrai.
Quoi de mieux alors que de miser sur un artisan convaincu du style catalan ? « Il est arrivé avec ses idées et ses principes, il s’y tenait et se montrait intransigeant. Il y avait un plan à respecter », se remémore Leandro Greco, qui tombe d’emblée amoureux du tacticien espagnol. À l’été 2011, la Roma est alors en pleine reconstruction et passe sous pavillon états-unien. Walter Sabatini, fraîchement nouveau directeur sportif, voit les choses en grand : faire de l’AS Roma le Barça d’Italie. « J’ai appelé un ami journaliste pour qu’il m’aide à retrouver toutes les déclarations de Luis sur sa philosophie de jeu. Une de ses phrases m’a marqué : “L’important, ce n’est pas la destination, mais le voyage pour y arriver.” Cette façon de penser a éveillé ma curiosité, rembobine Walter Sabatini dans la Gazzetta dello Sport. Je me suis donc rendu à Barcelone, nous avons rencontré Luis chez lui et j’ai tout de suite été convaincu. Personne ne l’avait jamais envisagé comme entraîneur de Serie A. C’était un personnage unique dans le football italien. »

Pour préparer au mieux cette révolution, les dirigeants giallorossi ramènent des profils Enrique-compatibles : Miralem Pjanić, Bojan Kric, Erik Lamela ou encore Fabio Borini. Justement, ce dernier a alors 20 ans, est un grand talent du football italien et tombe rapidement sous le charme du Mister : « Avant d’être un grand tacticien, c’est surtout une superbe personne. J’étais jeune, un peu fougueux et il m’a appris ce qu’était l’humilité. Et surtout, il a ramené ce plaisir de jouer au football, de se prendre moins la tête, de faire redescendre la pression. »
Malgré son maigre CV et dans un vestiaire composé de légendes comme Francesco Totti ou encore Daniele De Rossi, Lucho garde la même boussole : le jeu, rien que le jeu. Lors de la préparation, l’ancien international espagnol dénote avec les traditions italiennes : la préparation se déroulera avec un ballon dans les pieds. « C’était tout nouveau pour nous et ça témoignait de ses ambitions, de sa volonté de mettre le jeu au cœur du projet. Il voulait qu’on prenne plaisir avant tout », se rappelle Fabio Borini. Alors que l’Espagne devient la référence footballistique, l’Italie – elle – est sur le déclin. En débarquant avec ses idées basées sur la possession à outrance, la volonté de ressortir court, de défendre en bloc haut avec un pressing haut, Luis Enrique va se prendre un mur.
Cartons, regrets et larmes
« Entraîner Rome est un job à part », disait Mourinho. Intransigeant et déterminé à faire de la Roma une équipe à la sauce catalane, Lucho va oublier une règle élémentaire en Italie, surtout à cette époque : seul le résultat compte. La saison débute de la pire des manières : une élimination en barrage de Ligue Europa face au Slovan Bratislava en août. La colère des supporters se fait déjà ressentir, certains venant manifester devant le centre d’entraînement. Des chants et des banderoles « Luis Enrique vattene » (va-t-en) apparaissent à l’Olimpico. Ambiance. « C’était dur, car on le soutenait, on croyait en ses idées, mais à un moment la pression était trop forte », se souvient Greco.
Luis Enrique aurait mérité de rester plus longtemps, c’était un génie. Quand il a annoncé son départ, j’ai pleuré.
Si la Roma s’imprègne du style Luis Enrique, celui-ci tourne à la caricature. L’AS Roma a la possession (équipe qui terminera la saison avec le plus haut pourcentage) mais celle-ci est stérile, ronronnante, inoffensive. En bref, une pâle copie du Barça, dans un championnat où la grande majorité des équipes ne voient aucun problème à faire le dos rond pendant 90 minutes. Critiqué, l’intéressé reste fidèle à ses idées : « Si vous voulez un entraîneur qui change d’avis chaque semaine, vous n’avez pas choisi la bonne personne. Je suis très clair dans mes idées et je continuerai à les appliquer tant que je serai ici », lâchera-t-il en conférence de presse après une défaite dans le derby face à la Lazio (2-1).
Pour Greco, Luis Enrique est arrivé dans un contexte pas adapté à sa vision du football : « C’était déjà un génie, un visionnaire dans sa manière de concevoir le jeu. Mais malheureusement, il n’a pas été compris, pas forcément par l’équipe, mais par la presse et les supporters. Les résultats n’étaient pas flamboyants donc forcément derrière, c’est compliqué pour un entraîneur de rendre légitimes ses idées. »
<iframe loading="lazy" title="Roma 4-0 Inter | CLASSIC MATCH HIGHLIGHTS 2011-12" width="500" height="281" src="https://www.youtube.com/embed/nBy1gaDNVv8?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe>
En Serie A, si les Romains parviennent à obtenir quelques résultats probants comme ce succès face à l’Inter (4-0), une victoire à Naples (3-1) ou encore un 5-1 face à Cesena, ils se retrouvent très vite largués dans la course à l’Europe. Luis Enrique comprend alors que Rome n’est pas pour lui. Il déposera sa démission le 10 mai 2012 aux dirigeants : « C’est de ma faute, je n’ai pas réussi à valoriser cette équipe. C’est une défaite, un regret, mais je n’en veux à personne. » Si les supporters de la Roma estiment que le départ de Luis Enrique est alors une bonne chose, certains en interne nourriront quelques regrets. Dont Daniele De Rossi, qui estimera que Luis Enrique aurait dû rester. Un avis partagé par Fabio Borini, qui s’envolera pour Liverpool à la fin de l’exercice 2011-2012 : « Luis Enrique aurait mérité de rester plus longtemps, car c’était un génie, déjà à l’époque. J’étais vraiment triste de son départ. Quand il l’a annoncé, j’ai pleuré. »
Des regrets, mais pas de quoi renoncer à ses principes de jeu que le tacticien espagnol a emportés dans sa valise à Vigo, puis à Barcelone, en Espagne, et enfin à Paris, pour la réussite que l’on connaît : « Quand je regarde aujourd’hui le PSG, je suis fier de me dire que j’ai joué sous les ordres d’un grand entraîneur comme Enrique, conclut Leandro Greco. Ce n’est pas une surprise, car déjà à l’époque, il avait cette manière de voir le jeu. Si on l’avait mieux traité, peut-être que l’histoire aurait été différente. »
Milan s’écroule, la Roma et Côme voient l’Europe en grand, la Juve en petitPar Tristan Pubert
Propos de Leandro Greco et Fabio Borini recueillis par TP.























































