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Adil Aouchiche : « Je me suis mis dans la peau d’un combattant »

Propos recueillis par Hugo Geraldo
11' 11 minutes
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Connu pour avoir été le chouchou des supporters parisiens, Adil Aouchiche, du haut de ses 23 ans, performe aujourd’hui du côté de Schalke 04, leader de D2 allemande. Ses prestations lui ont permis d’obtenir sa première sélection avec l’Algérie. Lui qui était destiné à un avenir doré a dû composer avec les doutes.

Qu’est-ce que cela te fait de jouer la montée en Bundesliga avec un club mythique comme Schalke 04 ?

C’est spécial, car c’est un club historique. C’est un honneur de pouvoir porter ce maillot, surtout dans ce contexte. Ce stade, même quand il est vide, il donne des frissons.

Tu as évolué dans plusieurs championnats européens. Comment t’es-tu acclimaté à l’Allemagne ?

Je pense être quelqu’un aujourd’hui qui a compris les codes. Pour s’adapter rapidement à un nouveau vestiaire et à une nouvelle culture, il faut faire preuve d’humilité : tendre l’oreille et communiquer. Après, ce qu’il y a de différent ici, c’est la rigueur allemande : leur façon de préparer un match, que ce soit tactiquement ou physiquement. Tout est fait avec une grosse intensité.

On dit que les joueurs offensifs ont plus de facilités dans les championnats allemands. Tu es d’accord avec ça ?

Oui, dans le sens où c’est un championnat assez ouvert et qu’il y a beaucoup de transitions défensives/offensives. Mais c’est aussi faux, car en vérité, ça reste compliqué. Ce n’est pas si simple qu’on le dit en France, même en 2. Bundesliga. Lorsque je suis arrivé, tous les joueurs qui avaient un peu d’expérience dans ces championnats m’ont dit : « Tu es arrivé dans un championnat plus rude que la Bundesliga. » Même si le niveau de foot est bien sûr plus élevé en Buli, là, tu as toutes les équipes qui se battent pour la montée ou pour le maintien. Tu ajoutes à cela la ferveur des stades, qui apporte encore plus d’intensité, donc tu dois tout le temps être à 100 %.

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Comment s’était passé ton premier jour à Gelsenkirchen, en février dernier ?

Figure-toi que quand j’arrive, je suis d’abord à l’hôtel et je croise Edin Džeko qui, lui, venait de signer une ou deux semaines plus tôt. On a discuté, le feeling est bien passé, sans savoir à ce moment-là qu’on allait créer une bonne paire sur le terrain.

Malgré nos différences d’expérience, il y a une forme de respect entre Džeko et moi.

Adil Aouchiche

Ça fait quoi d’avoir des éloges de sa part ?

Franchement, c’est plus que gratifiant. Tu sens que ton travail est respecté. Et venant d’un joueur comme lui, très posé, tranquille, humble et capable de dire cela publiquement, c’est incroyable. Il le fait en interne, mais là, ça donne encore plus de motivation. Malgré nos différences d’expérience, il y a une forme de respect entre nous.

Tu as connu une belle hype à tes débuts au PSG, mais la suite a été plus laborieuse. Comment as-tu géré ça ?

La grosse perte de hype, si on dit les termes. Ce que les gens ne savent pas, c’est que ces hauts et bas m’ont forgé et m’ont permis d’être performant en tant que footballeur, et heureux en tant qu’homme. En vrai, il fallait que cela m’arrive. Sans ces déceptions, je n’aurais pas eu le bagage, le recul et la maturité que j’ai aujourd’hui. Sur le moment, ce n’est pas facile : ne pas jouer, ne pas ressentir la confiance des gens. Grâce à ce passage à vide, j’ai ancré le fait que la vie est un combat, le football est un combat. Je me suis mis dans la peau d’un combattant, ce qui va bien avec mes origines algériennes. Aujourd’hui, j’ai atteint un certain niveau d’exigence dans ce que je fais, qui ne peut plus baisser.

 

As-tu des regrets ou des moments que tu aimerais changer ?

Non car cela fait partie de qui je suis et ça m’a servi à voir le football sous différents angles. Je mentirais si je disais que je n’ai pas eu de moments de doute. Il y a eu des remises en question dues au manque de temps de jeu, au manque de confiance, mais jamais sur mes qualités. J’ai effectué un travail dans l’ombre afin de revenir de manière « revancharde » et de montrer mon vrai visage.

Le soutien de ta famille a-t-il fait la différence ?

Bien sûr. Il faut savoir que j’ai un cercle très restreint. Je n’aurais pas pu me relever tout seul. Malgré le fait que j’ai une très bonne autocritique et une bonne mentalité, je ne m’effondre pas au premier échec. Mais là, c’était vraiment compliqué. Ils n’étaient pas juste avec moi, il y a eu des actes : la discussion, le travail sur plusieurs aspects à l’aide des compétences de chacun afin de changer les choses.

Les conseils de Kylian Mbappé m’ont permis de jouer de manière relâchée. Il inspire une confiance incroyable.

Double A

On parle de Lamine Yamal ou bien Max Dowman, mais tu as aussi fait ta première saison pro très jeune. Cette exposition complique-t-elle l’apprentissage ?

Oui, à 17 ans avec le PSG, lors de la saison 2019-2020. Tu es rapidement exposé par ce que tu es capable de faire en équipe jeune puis en pro. Pour certains comme Lamine Yamal ou Kylian Mbappé, cela va plus vite que pour d’autres. Pour mon cas, ce n’est pas allé aussi vite, loin de là. Au départ, tu es dans l’insouciance, tu profites des moments, et très vite la pression arrive sur tes épaules. Après, ce qu’il ne faut surtout pas oublier, c’est le contexte. Je commence au PSG (trois matchs et un but, NDLR) et je pars ensuite à l’ASSE, qui se battait pour ne pas descendre. C’est beaucoup plus compliqué que de jouer le titre avec un collectif qui tourne bien. Chacun a son histoire. J’ai percé très tôt, j’en ai tiré les bénéfices, je ne l’ai pas volé, je suis allé le chercher. Mais tu dois garder la tête sur les épaules. Je pense avoir été assez humble. Et au-delà de ça, même quand tu y arrives, tu peux être amené à avoir les clés d’un club très tôt. On oublie parfois que tu es encore en post-formation. Par exemple, au PSG, il n’y avait pas d’équipe réserve : tu passais des U19 aux professionnels directement. Donc, dans certains cas, tu atterris d’un coup dans le monde adulte. Pour certains, ça décolle et ça ne s’arrête plus. Pour moi, cela a pris plus de temps, mais c’est mon histoire et j’en suis fier.

Avais-tu un mentor pour t’accompagner lors de tes débuts ?

Il y en avait plusieurs. Presnel Kimpembe, dans le rôle du grand frère, nous a pris sous son aile, moi et les joueurs de ma génération. Il est très proche des jeunes, ce qui explique le respect des titis pour lui. Il nous accompagnait dans tout notre cursus et savait nous remettre à notre place quand il le fallait. On avait 16 ans, il nous ramenait chez nous, il nous invitait chez lui pour nous donner des conseils. Ensuite, Kylian Mbappé : ses conseils m’ont permis de jouer de manière relâchée. Il inspire une confiance incroyable. Avec le temps, je ne suis pas surpris de ce qu’il réalise aujourd’hui. C’était beaucoup de : « Lâche-toi et fais ce que tu as envie de faire ». Donc lui, c’était plus axé sur l’aspect terrain. Après, il y a « tonton » Idrissa Gueye : avec lui, il ne fallait pas rigoler avec le travail en salle. (Rires.) Et puis Neymar : pas besoin de parler, tu le regardais et il te faisait tout comprendre.

Tu as joué 77 matchs avec l’ASSE. On peut considérer que c’est le club qui t’a permis de te développer en tant que joueur pro ?

Exactement. À ce moment-là, j’étais vraiment un joueur professionnel, qui ressentait son importance dans le vestiaire, parfois même trop. On place les ambitions du club sur toi. J’arrive du PSG libre, il y a des rumeurs sur des chiffres, tu as la réputation, on te qualifie de « talentueux »… On s’attend à un joueur qui va porter le club, marquer énormément de buts. J’ai fait quelques passes décisives, mais on attendait surtout des buts et des victoires. Je peux le comprendre avec tous les espoirs placés en moi. Mais cela fait partie du jeu. J’ai joué et engrangé beaucoup d’expérience grâce à mes matchs en Ligue 1. Je me rappelle qu’au moment où Wesley Fofana part à Leicester, on jouait les premières places. On avait battu l’OM au Vélodrome, on était sur une bonne dynamique. J’aurais aimé faire une saison complète comme ça. C’était difficile de jouer le bas de tableau pendant deux saisons avec un club aussi grand. Malgré tout, j’ai passé de très bons moments à Saint-Étienne, même si on retiendra la descente en Ligue 2.

 

Comment se passe ta relation avec Claude Puel ?

Avec Claude Puel, c’était compliqué, pas pour des raisons relationnelles, mais surtout à cause du contexte. Tu ne gagnes pas, tu joues le maintien, il quitte le club avant la descente. Pascal Dupraz reprend, mais c’est pareil. Le vrai problème, c’est que je n’ai pas évolué à mon poste de prédilection (il était surtout utilisé comme ailier alors qu’il est plutôt milieu central, NDLR). C’est dommage, mais j’ai pris ce qu’on m’a donné. À 23 ans, avec l’expérience, c’est plus simple. Mais à 18 ans, quand tu penses jouer régulièrement 8 ou 10 et que tu te retrouves sur les ailes dans une équipe qui n’a pas la possession, c’est plus compliqué. Je me rappelle avoir envoyé un message à Puel après son départ : « Je me rappellerai que pour se forger, il a fallu tomber. »

En tant qu’Algérien, l’objectif est très clair : aller le plus loin possible et remporter ce trophée. Je n’ai aucune crainte à le dire, et je ne me sens pas fou de le dire.

Adil Aouchiche

Tu as évolué avec les équipes de France jeunes. Comment s’est fait ton choix pour la sélection algérienne ?

Mon choix était dans ma tête depuis un moment. Pour être honnête avec toi, même lors de mes dernières années en équipe de France jeunes, j’y pensais déjà. Au-delà de ça, je suis algérien, c’est dans mon cœur. Je suivais l’équipe d’Algérie durant ma jeunesse. Maintenant, il faut comprendre que j’ai deux pays, deux sélections qui s’ouvrent à moi. C’était donc logique d’évoluer avec les équipes de France jeunes, car c’est la seule sélection qui m’a approché dans un premier temps. Certaines personnes en parlent, mais tu y es intégré très tôt : tu fais des ligues, des interligues, des inter-France… il y a plein d’étapes avant d’arriver en U16. Depuis le début, je suis là-bas, j’ai fait toutes les catégories sauf les Espoirs. Le moment où la fédération algérienne me convoque en équipe nationale, j’accepte. Cela faisait un moment que ça mûrissait dans ma tête. Mais ce n’est pas toi qui appelles une sélection, c’est elle qui vient à toi. Je n’ai pas joué la montre. Il y a eu des discussions pour le changement de nationalité sportive en 2024, lorsque j’étais à Sunderland. Pour conclure, cela s’est fait naturellement, et le cœur y est.

 

Lors de son passage dans le podcast The Bridge, Mbappé disait que les binationaux devaient choisir rapidement leur sélection. Qu’en penses-tu ? 

D’un côté, je suis d’accord, mais d’un autre côté, non. Lui, par rapport à son parcours, il est allé en équipe de France A à 10 ans (rires), donc on ne sait pas s’il a vraiment eu le temps de choisir. Son discours est compréhensible. Mais pour ma part, je n’avais pas de choix qui s’offrait à moi. Quand tu es… comment on dit déjà ? Available, disponible pour une sélection, c’est vers 15 ans. À ce moment-là, il n’y a que l’équipe de France qui m’appelle. Pour l’Algérie, il y avait des rumeurs jusqu’à la demande officielle. Je le rejoins sur un point : il ne faut pas faire attendre les sélections, car il y a d’autres joueurs derrière qui n’ont parfois qu’une seule option qui s’offre à eux. Moi, j’ai fait toutes les catégories en équipe de France jeunes. Et le jour où j’ai vraiment la convocation de la fédération algérienne, je dis oui directement. Je ne me suis pas posé mille questions, je n’ai pas temporisé. Je me concentrais sur mon club. Et dès que j’ai eu l’opportunité de faire les démarches pour changer de nationalité sportive, je l’ai fait en 2024, quand j’étais encore à Sunderland.

Si tu es amené à jouer la Coupe du monde, quels seraient tes objectifs ?

Je vais reprendre ce que disait Kylian : « Quand tu disputes une Coupe du monde, tu y vas pour la gagner. » En tant qu’Algérien, l’objectif est très clair : aller le plus loin possible et remporter ce trophée. Je n’ai aucune crainte à le dire, et je ne me sens pas fou de le dire. Il faut travailler dur, il faut de la qualité pour gagner une Coupe du monde, et nous, on en a. On y va pour montrer le vrai visage des Algériens, se donner à fond, laisser notre cœur sur le terrain et aller le plus loin possible.

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