S’abonner au mag
  • Angleterre
  • Newcastle

Newcastle se casse-t-il la gueule ?

Arsène Belgodère Soria
5' 5 minutes
6 Réactions
Newcastle se casse-t-il la gueule ?

Débarquée en trombe en 2021, l'Arabie Saoudite connaît d'importants remous à la tête de Newcastle. Après un début de mercato catastrophique, marqué par les départs de Anthony Gordon, Bruno Guimarães, Sandro Tonali et de Eddie Howe, la compétitivité du club anglais inquiète. Simple coup de mou ou début de la fin ?

À Paris, le Qatar a mis du temps, beaucoup de temps, avant d’arriver à son objectif numéro un : conquérir l’Europe. C’était long, c’était dur, mais ça pouvait servir de modèle àd’autres pétro-monarchies au moment de se lancer à la conquête du Vieux continent. C’est d’ailleurs ce chemin que souhaiterait suivre l’Arabie saoudite, arrivée en grande pompe en Angleterre par la voie de son propre fonds public d’investissement (PIF) du côté de Newcastle en 2021.

Les débuts furent d’ailleurs plutôt encourageants avec une progression continue au classement au point de devenir un prétendant au podium, ou du moins des sommets que les fans pensait encore inatteignables il y a une dizaine d’années, quand le club piquait une tête en D2. Le point d’orgue : deux participations à la Ligue des champions et un titre national. Et puis patatras : une saison 2025-2026 ratée et conclue à une insignifiante douzième place en Premier League. Se pose alors la question : où veut vraiment aller l’Arabie saoudite ? Et jusqu’à où le pays et Yasir Al-Rumayyan (le président golfeur du club) peuvent vraiment emmener Newcastle ?

Un projet sportif qui interroge

La Premier League est un championnat cruel, où des équipes qui brillaient en Coupe d’Europe il y a encore quelques années peuvent se retrouver, du jour au lendemain, reléguées en Championship. Parlez-en à Leicester ou encore à West Ham. Newcastle pourrait bien être le prochain sur la liste, si on se fie à la dynamique mais aussi un début de mercato estival qui vire à la débandade. Le club du Tyne and Wear a perdu successivement Anthony Gordon, Sandro Tonali et Bruno Guimarães (en attente d’officialisation). Soit trois cadres perdus, plus de 250 millions d’euros à encaisser, et remplacés par quatre jeunes de 20 ans ou moins, et pour déjà une enveloppe de 130 millions d’euros. L’ailier ivoirien Bazoumana Touré, le milieu venu de Monaco Aladji Bamba, le gardien français Ewen Jaouen ne sont pas des mauvaises pioches mais un Sean Steur, recruté pour 25 millions à l’Ajax et fort de seulement 19 matchs disputés en Eredivisie, pourra-t-il, du haut de ses 18 ans, pallier le départ du milieu et capitaine brésilien ?

La saison à venir ne sera pas aussi plaisante à suivre que les précédentes.

Jamie Smith

Une baisse de la qualité de l’effectif visible à l’œil nu qui a mené à la récente démission d’Eddie Howe, homme de confiance du PIF depuis son arrivée à la tête du club, à trois semaines du début de la saison. Un réel coup dur pour les Magpies, qui perdent donc un entraîneur qui avait su les mener vers l’Europe et, surtout, vers un titre en Coupe de la Ligue anglaise. Un départ entériné après la récente défaite 4-1 de Newcastle contre Bristol, le 29 juillet dernier en amical. Jamie Smith, journaliste à The Mag, média spécialisé dans le suivi de Newcastle United, ne cache pas « son inquiétude au vu des investissements réalisés lors de ce mercato  ». Selon lui, les supporters du club, orphelins d’un coach qui « est parti du club en total désaccord avec la direction et marqué par transfert de Bruno Guimarães à Arsenal », « ont bien compris que la saison à venir ne sera pas aussi plaisante à suivre que les précédentes ». En gros, Newcastle pourrait jouer le maintien cette année.

Le fair-play financier et la guerre : deux chantiers pour le PIF

L’Arabie saoudite a beau avoir de l’argent qui coule à flot, l’instauration du Squad Cost Ratio (SCR) à partir de la saison prochaine a chamboulé tous les plans de la monarchie à Newcastle. Christophe Lepetit, spécialiste de l’économie du sport, résume le SCR comme « l’obligation d’avoir une masse salariale totale de l’effectif, staff compris, qui n’excède pas 85 % de l’ensemble des revenus du club sur une saison ». Pour l’économiste, ce SCR « oblige les clubs anglais à développer leur succès sur le long terme et à travailler leur image de marque afin de multiplier leurs sources de revenus. Un club anglais ne peut plus claquer 500 millions lors d’un mercato tout en ayant, dans le même temps, une capacité de revenus minimale ». Dès lors, un club comme Newcastle, qui génère beaucoup moins de revenus que des mastodontes comme Chelsea, Arsenal ou Manchester City, ne peut pas dépenser sans compter, et ce malgré la puissance financière du PIF, qui peut paraître sans limites.

À travers ça, la Premier League tente de limiter la puissance d’investisseurs qui voudraient tout rafler tout dès leur arrivée. Pour Christophe Lepetit, le football anglais « veut que le succès sportif se construise plus solidement : monter progressivement en puissance sur le plan de l’image de marque, des revenus les jours de match, etc ». On comprend également que la non-qualification de Newcastle en Coupe d’Europe cette saison va créer des trous dans les revenus, qui ne pourront donc pas bénéficier des primes de l’UEFA.

Le plan Vision 2030 s’est recentré sur l’organisation de la Coupe du monde 2034 mais l’Arabie Saoudite ne peut plus se permettre d’avoir une politique d’investissement massif dans le foot et dans tous les domaines sportifs.

Christophe Lepetit, économiste

Une réalité économique qui intervient également dans un contexte géopolitique complexe pour l’Arabie Saoudite, directement menacée par les différents conflits qui ravagent actuellement le Moyen-Orient et les pays du golfe. Clairement, le prince héritier Mohammed Ben Salmane a resserré les vis quant aux politiques expansionnistes saoudiennes dans le sport. Les investissements en Saudi Pro League sont en chute libre lors de ce mercato et l’Arabie saoudite a récemment annulé la venue sur son territoire des championnats du monde d’e-sport et des futurs jeux d’hiver d’Asie, en 2030. Christophe Lepetit explique cette tendance par « un pays qui est obligé de multiplier les investissements dans ses infrastructures de défense et de guerre. Le plan Vision 2030 s’est recentré sur l’organisation de la Coupe du monde 2034 mais l’Arabie Saoudite ne peut plus se permettre d’avoir une politique d’investissement massif dans le foot et dans tous les domaines sportifs ».

De quoi voir prochainement le PIF quitter Newcastle ? « On n’en est pas encore là », rassure l’économiste. Mais récemment, Reuters partageait que l’investisseur saoudien avait ouvert, pour la première fois, des discussion pour revendre quelques parts du club. Certes dans un contexte de reconstruction de St James’ Park, mais ça n’est jamais anodin. Le Qatar avait bien fini par revendre des parts du Paris SG au bout de quelques années. Reste que Newcastle n’est pas Paris, avec une toute autre réalité en termes de renommée internationale et de potentiel de manne financière. En bref : ça sent le fioul pour le PIF.

Après Ewen Jaouen, un autre gardien arrive à Newcastle pour 30 millions d'euros

Arsène Belgodère Soria

Commentaires

Les membres ont posté 6 commentaires sur cet article. Participez à la discussion en vous connectant .


À lire aussi
Articles en tendances
Logo de l'équipe France
Zinedine Zidane of France during the Soccer World Cup Final between Brazil and France on July 12 1998 in Paris Saint Denis, France. Photo : Eric Renard / Onze / Icon Sport  - Photo by Icon Sport
Zinedine Zidane of France during the Soccer World Cup Final between Brazil and France on July 12 1998 in Paris Saint Denis, France. Photo : Eric Renard / Onze / Icon Sport - Photo by Icon Sport
  • International
  • France
Zidane : « Moi, je voulais être chauffeur-livreur »

Zidane : « Moi, je voulais être chauffeur-livreur »

Zidane : « Moi, je voulais être chauffeur-livreur »




Nos partenaires

  • #Trashtalk: les vrais coulisses de la NBA.
  • Maillots, équipement, lifestyle - Degaine.
  • Magazine trimestriel de Mode, Culture et Société pour les vrais parents sur les vrais enfants.