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Newcastle se casse-t-il la gueule ?

Arsène Belgodère Soria
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Newcastle se casse-t-il la gueule ?

Débarquée en trombe en 2021, l’Arabie saoudite connaît d’importants remous à la tête de Newcastle. Après un début de mercato catastrophique, marqué par les départs de Anthony Gordon, Bruno Guimarães, Sandro Tonali et Eddie Howe, la compétitivité du club anglais inquiète. Alors, simple coup de mou ou début de la fin ?

À Paris, le Qatar a mis du temps, beaucoup de temps, avant d’accomplir son objectif numéro un : conquérir l’Europe. C’était long, c’était dur, mais ça pouvait servir de modèle à d’autres pétro-monarchies au moment de se lancer à la conquête du Vieux Continent. C’est d’ailleurs ce chemin que souhaiterait suivre l’Arabie saoudite, arrivée en grande pompe en Angleterre par la voie de son propre fonds public d’investissement (PIF) du côté de Newcastle en 2021.

Les débuts furent d’ailleurs plutôt encourageants avec une progression continue au classement au point de devenir un prétendant au podium, ou du moins des sommets que les fans pensait encore inatteignables il y a une dizaine d’années, alors que le club piquait une tête en D2. Le point d’orgue ? Deux participations à la Ligue des champions et un titre national. Et puis patatras : une saison de Premier League 2025-2026 ratée et conclue à une insignifiante douzième place. Se pose alors la question : où veut vraiment aller l’Arabie saoudite ? Et jusqu’où le pays et Yasir Al-Rumayyan (le président-golfeur du club) peuvent vraiment emmener Newcastle ?

Un projet sportif qui interroge

La Premier League est un championnat cruel, où des équipes qui brillaient en Coupe d’Europe il y a encore quelques années peuvent se retrouver reléguées en Championship du jour au lendemain. Leicester en sait quelque chose, West Ham aussi. Newcastle pourrait bien être le prochain sur la liste, du moins si l’on se fie à sa dynamique sportive, couplée à un début de mercato estival qui vire à la débandade. Le club du Tyne and Wear a perdu successivement Anthony Gordon, Sandro Tonali et Bruno Guimarães (en attente d’officialisation). Soit trois cadres perdus et plus de 250 millions d’euros encaissé, certes, mais vite réinvestis dans quatre jeunes de 20 ans ou moins qui ont coûté la bagatelle de 130 millions d’euros. L’ailier ivoirien Bazoumana Touré, le milieu venu de Monaco Aladji Bamba, le gardien français Ewen Jaouen ne sont pas des mauvaises pioches, certes, mais un Sean Steur, recruté pour 25 millions à l’Ajax et fort de seulement 19 matchs disputés en Eredivisie, pourra-t-il, du haut de ses 18 ans, pallier le départ du milieu et capitaine brésilien ?

La saison à venir ne sera pas aussi plaisante à suivre que les précédentes.

Jamie Smith

Cette baisse de la qualité de l’effectif a mené à la démission d’Eddie Howe, pourtant homme de confiance du PIF depuis son arrivée à la tête du club, après une défaite (4-1) contre Bristol, le 29 juillet dernier en amical et à trois semaines du début de la saison. Un réel coup dur pour les Magpies qui perdent l’entraîneur qui avait su les mener vers l’Europe et, surtout, vers un titre, celui de la Coupe de la Ligue anglaise. Jamie Smith, journaliste pour le média spécialisé dans le suivi de Newcastle United The Mag, ne cache pas son « inquiétude au vu des investissements réalisés lors de ce mercato  ». Orphelins d’un coach « qui est parti du club en total désaccord avec la direction et marqué par transfert de Bruno Guimarães à Arsenal », les supporters du club « ont bien compris que la saison à venir ne sera pas aussi plaisante à suivre que les précédentes ». Dit autrement : sur place, on se prépare déjà à voir Newcastle jouer le maintien cette année.

Le fair-play financier et la guerre : deux chantiers pour le PIF

L’Arabie saoudite a beau avoir de l’argent qui coule à flot, l’instauration du Squad Cost Ratio (SCR) à partir de la saison prochaine a chamboulé tous les plans de la monarchie à Newcastle. Christophe Lepetit, spécialiste de l’économie du sport, définit ce projet comme « l’obligation d’avoir une masse salariale totale de l’effectif, staff compris, qui n’excède pas 85 % de l’ensemble des revenus du club sur une saison ». Selon lui, le SCR « obligera les clubs anglais à développer leur succès sur le long terme et à travailler leur image de marque afin de multiplier leurs sources de revenus. Un club anglais ne peut plus claquer 500 millions lors d’un mercato tout en ayant, dans le même temps, une capacité de revenus minimale ». Dès lors, un club comme Newcastle, qui génère beaucoup moins de revenus que des mastodontes comme Chelsea, Arsenal ou Manchester City, ne peut pas dépenser sans compter et ce, malgré la puissance financière du PIF.

À travers ce nouveau mécanisme, la Premier League tente ainsi de limiter la puissance d’investisseurs qui voudraient tout rafler tout dès leur arrivée. Pour Christophe Lepetit, le football anglais « veut que le succès sportif se construise plus solidement : monter progressivement en puissance sur le plan de l’image de marque, des revenus les jours de match, etc ». On comprend également que la non-qualification de Newcastle en Coupe d’Europe va forcément créer des trous dans les caisses, lesquelles ne pourront pas bénéficier des juteuses primes de l’UEFA cette saison.

Le plan Vision 2030 s’est recentré sur l’organisation de la Coupe du monde 2034 mais l’Arabie saoudite ne peut plus se permettre d’avoir une politique d’investissement massif dans le foot et dans tous les domaines sportifs.

Christophe Lepetit, économiste

La réalité économique intervient également dans un contexte géopolitique complexe pour l’Arabie saoudite, directement menacée par les différents conflits qui ravagent actuellement le Moyen-Orient et les pays du Golfe. Le prince héritier Mohamed Ben Salmane a ainsi resserré les vis du soft power saoudien à travers le sport. Les investissements en Saudi Pro League sont en chute libre depuis le début de ce mercato et l’Arabie saoudite a récemment annulé la venue sur son territoire des championnats du monde d’e-sport (délocalisés à Paris) et des futurs jeux d’hiver d’Asie, en 2030. Christophe Lepetit explique cette tendance par « un pays qui est obligé de multiplier les investissements dans ses infrastructures de défense et de guerre. Le plan Vision 2030 s’est recentré sur l’organisation de la Coupe du monde 2034 mais l’Arabie saoudite ne peut plus se permettre d’avoir en plus une politique d’investissement massif dans le foot et dans tous les domaines sportifs ».

De quoi imaginer le PIF quitter prochainement Newcastle ? « On n’en est pas encore là », temporise l’économiste. Cela dit, Reuters rapporte que l’investisseur saoudien avait récemment ouvert, pour la première fois, des discussion pour revendre quelques parts du club. Certes, l’opération s’inscrit dans le contexte de la rénovation de St James’ Park, mais une telle démarche n’est jamais complètement anodine. Le Qatar avait bien fini par revendre des parts du Paris Saint-Germain au bout de quelques années, sauf que Newcastle n’est pas Paris et sa réalité en matière de renommée internationale et de manne financière associée est toute autre. En bref : ça sent le fioul pour le PIF.

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Arsène Belgodère Soria

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